Elysis entend développer un procédé d’électrolyse carboneutre, grâce à des investissements majeurs de partenaires et des gouvernements.

Elysis: l’électrolyse sans GES

Elysis, la coentreprise créée par Rio Tinto (RT) et Alcoa pour développer un procédé d’électrolyse qui n’émet pas de gaz à effet de serre (GES), implantera son centre de recherche à Saguenay au début de 2019, embauchant au passage 25 spécialistes.

« Nous sommes en train de préparer l’établissement de notre centre de recherche à Saguenay, a remarqué Vincent Christ, le chef de la direction d’Elysis. La construction devrait commencer l’an prochain. On voudrait être opérationnels en 2020. »

Toutefois, l’emplacement du centre de recherche n’a pas encore été déterminé. « On essaie de trouver des locaux existants, parce que construire un nouveau bâtiment allongerait les délais », note ce dernier.

Elysis entend développer un procédé d’électrolyse carboneutre, grâce à des investissements majeurs de partenaires et des gouvernements.

Pour l’instant, la coentreprise a ciblé des locaux existants pour établir son futur centre de recherche, lequel permettra de porter la technologie à l’échelle commerciale d’ici 2024. Une fois qu’Elysis aura atteint la phase de commercialisation en 2024, l’entreprise aura besoin d’une centaine de travailleurs pour la commercialisation internationale de la technologie. Quelques employés travailleront également au siège social de Montréal.

C’est donc à Saguenay qu’Elysis veut mettre à l’échelle un procédé d’électrolyse carboneutre, grâce à des investissements de 188 millions $, provenant des gouvernements du Québec et du Canada, de RT, d’Alcoa et d’Apple, annoncés en mai. « Avec le procédé traditionnel, on utilise le carbone pour séparer l’aluminium de l’oxygène, et ce procédé produit du CO2, explique Vincent Christ. Lorsqu’on enlève le carbone du procédé [en utilisant un matériau inerte qui demeure secret], on produit de l’aluminium et de l’oxygène, et on élimine les GES. »

Selon le chef de la direction d’Elysis, cette innovation représente une technologie de rupture, car elle permettra non seulement de réduire l’empreinte carbone du procédé, mais aussi de réduire les coûts et d’augmenter la productivité. « Au lieu de changer les anodes de carbone tous les 25 jours, on utilisera des anodes inertes qui pourront durer plusieurs années, ce qui réduira les coûts de production, dit-il. De plus, avec un arrangement différent des électrodes, on estime qu’il y aura une augmentation de la productivité. »

Depuis quelques mois, Elysis travaille également au développement de la chaîne d’approvisionnement des différents matériaux, qui permettra de faire de l’électrolyse sans produire de GES. Vincent Christ assure toutefois que la technologie n’utilise pas de métaux rares, misant plutôt sur des matériaux que l’on retrouve en abondance. « On n’est plus dans l’industrie traditionnelle du carbone où il y a des chaînes d’approvisionnement établies depuis des décennies, mentionne-t-il. De plus, de nouveaux équipements pour préchauffer les anodes et même les cuves doivent être conçus. »

Lorsqu’elle sera disponible sur le marché en 2024, cette technologie pourra être installée dans de nouvelles constructions et dans les usines existantes partout sur la planète, car elle ne sera pas exclusive à Alcoa et à RT. Rien qu’au Canada, le nouveau procédé d’électrolyse pourrait permettre de réduire le bilan carbone de 6,5 millions de tonnes de GES si toutes les usines d’aluminium faisaient la conversion.

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UNE COLLABORATION SIGNÉE APPLE

C’est Apple qui a favorisé les rapprochements entre Rio Tinto et Alcoa, avant d’investir 13 millions $ dans Elysis. Le but : utiliser de l’aluminium avec une plus faible empreinte carbone dans ses produits. 

« Apple est déterminée à faire avancer des technologies qui sont bonnes pour la planète et qui contribuent à la protéger pour les générations à venir, avait soutenu Tim Cook, lors de l’annonce de la création d’Elysis en mai dernier. Nous sommes fiers de faire partie de ce nouveau projet ambitieux et attendons avec impatience le jour où nous pourrons utiliser de l’aluminium produit sans émissions directes de gaz à effet de serre dans la fabrication de nos produits. »

Quand on lui demande quelle est l’importance de s’associer à un grand joueur comme Apple, Vincent Christ se met à rigoler. « Après avoir converti tous leurs bureaux à l’utilisation d’énergie renouvelable, ils veulent maintenant réduire l’empreinte de leurs matériaux », remarque-t-il. 

« La participation d’Apple a amené une couverture médiatique extraordinaire », ajoute Vincent Christ, qui se réjouit également de l’expertise que le géant informatique offre, notamment dans la mise au point de la chaîne d’approvisionnement