Les espaces de travail partagés, comme le Moulin à Cie de Chicoutimi, sont de bons exemples d’économie collaborative.

Économie collaborative: une urgence d’agir

Imaginez avoir la possibilité de vous rendre à la bibliothèque d’outils de votre ville et emprunter le nécessaire pour réaliser vos travaux, louer du matériel de pêche ou de camping ou même mettre la main sur une camionnette appartenant à la municipalité pour faciliter votre déménagement. Les exemples d’économie collaborative sont nombreux et ne concernent pas que le tourisme et le transport. Pour Guillaume Lavoie, coauteur originaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean d’un rapport tout juste déposé au gouvernement du Québec, les possibilités sont infinies, et les régions doivent à tout prix emboîter le pas.

Le rapport du Groupe de travail sur l’économie collaborative (GTEC) a été produit rapidement, en quatre mois, à la demande du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation. Il contient quatre principes généraux et douze recommandations formulées au gouvernement afin que les Québécois puissent, ensemble, relever les défis de l’économie collaborative et de ses nombreux modèles. À partir du document, le prochain gouvernement pourra donc mettre en place des mesures et un cadre légal visant à régir les différents types d’économie collaborative.

Le Saguenéen Guillaume Lavoie est le coauteur d’une étude commandée par le gouvernement du Québec au sujet de l’économie collaborative.

« On est très en retard au Québec. C’est quelque chose qui se fait partout dans le monde. On n’a qu’à penser à Airbnb, Uber ou Eat With. Mais l’avantage d’être aussi en retard, c’est qu’on peut s’inspirer de ce que font les autres et les rattraper », note Guillaume Lavoie, président du GTEC et chargé de cours à l’École nationale d’administration publique (ENAP).

Il explique que l’économie collaborative est, en fait, la capacité de maximiser ce qui existe déjà. Qu’il s’agisse de faire profiter de son logis à des touristes, de louer sa voiture ou de donner la chance aux gens de venir vivre une expérience culinaire particulière à la maison, le principe équivaut tout simplement à la capacité, pour Monsieur ou Madame Tout-le-Monde, d’offrir ses actifs ou son temps. L’économie s’en voit ainsi stimulée, et les ressources sont utilisées à leur plein potentiel.

Le rapport du Groupe de travail sur l’économie collaborative a été déposé à la mi-juin. Le document contient plusieurs propositions pour moderniser et renforcer les politiques publiques du gouvernement du Québec.

La tourtière de Mme Tremblay
Des plateformes comme Eat With (Manger Avec) sont en plein essor ailleurs dans le monde, notamment en Europe. Guillaume Lavoie prend l’exemple des mets régionaux pour illustrer à quel point une interface du genre s’implanterait aisément au Royaume.

« En plus de dire aux gens ‘‘Venez dans la région, il y a plein de voitures disponibles au Saguenay–Lac-Saint-Jean’’, on pourrait aussi leur proposer de venir vivre une expérience culinaire formidable au pays des Bleuets. Chez Mme Tremblay, ils pourraient déguster de la soupe aux gourganes, de la tourtière et de la tarte aux bleuets », explique Guillaume Lavoie, qui s’apprête à vivre une expérience particulière en naviguant à bord d’un bateau de conteneurs depuis Liverpool, en Angleterre.

Le tourisme est évidemment un terreau fertile en matière d’économie collaborative, particulièrement en ce qui a trait à l’hébergement. À ce sujet, Guillaume Lavoie cite une initiative régionale, Mon adresse à louer, laquelle émane de l’Hôtel Chicoutimi.

« Disons qu’il y a 100 chambres dans l’hôtel et que 108 personnes en ont besoin d’une. Grâce à des partenariats, il est possible pour des gens de séjourner dans des résidences privées. Ça procure une expérience d’hébergement différente. Des initiatives comme ça permettent de partager nos actifs au bénéfice de l’économie régionale et, pour certains particuliers, de faire quelques dollars de plus dans l’année », poursuit Guillaume Lavoie.

Du même souffle, il rappelle qu’il a été démontré que les Airbnb de ce monde ne nuisent pas aux hôteliers. En fait, pointe le coauteur de l’étude du GTEC, les différents modèles d’économie collaborative contribuent à rendre les régions plus productives, florissantes, durables et profitables. Les espaces de travail partagés (coworking), comme le Moulin à Cie, à Chicoutimi, en sont un bon exemple.

Les espaces de travail partagés, comme le Moulin à Cie de Chicoutimi, sont de bons exemples d’économie collaborative.

PME
Guillaume Lavoie pousse la réflexion plus loin et signale que des PME pourraient aussi profiter de partenariats collaboratifs. Par exemple, si une entreprise a besoin, pendant une courte période de pointe, d’un peu plus d’espace d’entreposage, elle pourrait très bien se tourner vers une autre compagnie qui pourrait, selon un cadre préétabli, lui en procurer. Le principe de collaboration devient aussi de l’entraide.

Quant aux plateformes de transport collectif, en émergence selon Guillaume Lavoie, la région en aurait bien besoin, puisqu’il est de notoriété publique que les automobilistes du Saguenay–Lac-Saint-Jean conduisent, quotidiennement, aux côtés d’environ deux millions de sièges vides (25 millions au Québec).

« L’économie collaborative pose des défis qui dépassent largement ceux d’ordre technologique, en bousculant nombre de pratiques établies et de repères socioculturels. Je souhaite que le rapport du GTEC constitue un socle à partir duquel tous pourront analyser les pratiques collaboratives et orienter l’action des autorités publiques. Les défis sont gigantesques, mais j’ai la conviction profonde que le Québec possède tous les éléments pour réussir, et qu’il comptera bientôt parmi les chefs de file en économie collaborative », conclut le coauteur, qui a travaillé aux côtés de Nolywé Delannon et de Christine Fréchette.

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LES 12 RECOMMANDATIONS DU GTEC

1.  Documenter l’économie collaborative de façon systématique

2.  Créer le Chantier de l’économie collaborative

3.  Explorer le potentiel de la finance collaborative

4.  Observer de près les systèmes de revue par les pairs

5.  Créer le Pacte Québec relatif aux plateformes collaboratives

6.  Moderniser le droit du travail et le droit social

7.  Mieux encadrer l’hébergement de courte durée

8.  Faire de l’économie collaborative un vecteur de mobilité

9.  Lancer quatre mandats spéciaux de révision réglementaire et de simplification administrative

10. Reconnaître l’assurance collective de dommages

11. Créer le Secrétariat de l’économie collaborative

12. Appuyer et engager le monde municipal

Les espaces de travail partagés, comme le Moulin à Cie de Chicoutimi, sont de bons exemples d’économie collaborative.

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LE NOUVEAU PARVIS DE L'ÉGLISE

Pour rédiger leur rapport, les experts formant le Groupe de travail sur l’économie collaborative (GTEC) se sont appuyés sur des approches développées au Québec, mais aussi en Ontario, en France, en Angleterre et aux Pays-Bas. 

« Le Québec est aussi exposé que le reste du monde aux bouleversements qui accompagnent la croissance fulgurante de l’économie collaborative. Il est donc urgent d’agir. Il y a 40 ans, l’économie collaborative se faisait sur le perron de l’église. Aujourd’hui, la plateforme en ligne et l’application sont devenues le parvis de l’église d’il y a 40 ans. Les villes vont devoir s’avancer très rapidement. J’espère que bientôt, on pourra faire le palmarès des meilleures villes du Québec en matière d’économie collaborative. Pour être une ville moderne, il faut être au-devant, et toutes les municipalités du Saguenay-Lac-Saint-Jean doivent se lancer dans l’économie collaborative. En fait, elles devaient le faire hier tellement ça presse », martèle Guillaume Lavoie, qui ne craint pas que son rapport soit tabletté après les élections de l’automne.

Selon lui, les quatre principes généraux suggérés par le groupe comme balises, soit l’ouverture, l’intérêt général, l’équité et l’efficacité, pourront alimenter la réflexion des prochains décideurs et lancer le chantier de l’économie collaborative.