Pour concocter le gin Radoune, Michael Briand redistille de l’alcool additionné de genièvre et de coriandre. La vapeur d’alcool passe ensuite dans un mélange de champignons gaspésiens.

Distiller l’essence de la Gaspésie

Ils sont jeunes, ils vivent en région, ils ont des idées et ils affichent de l’ambition. Le Soleil est allé à la rencontre de ces «changeurs de monde». 1er de 5

GASPÉ — Enfant, Michael Briand rêvait de finir ses jours en Gaspésie, où sa famille a ses racines. Il est arrivé à son but plus tôt que prévu. À 30 ans, il est cofondateur de la première distillerie de la région et élève deux enfants sur la rue Briand, dans le village de ses ancêtres. 

Michael Briand a grandi à Sudbury, Ontario et à Brisbane, Australie, où son père ingénieur développait des projets miniers. Il visitait à l’occasion la parenté du paternel, à Douglastown, en Gaspésie. «Depuis que j’ai six ans, je dis à ma grand-mère que j’aimerais finir mes jours à Douglastown», dit-il.

À 19 ans, il fait un premier pas : il s’inscrit en Électronique industrielle au cégep de la Gaspésie, au campus de Gaspé. «Tu as la montagne, la mer, les rivières, pas de trafic. Et avec Internet, plus rien ne t’empêche de rester ici.»

Michael Briand part ensuite vers Montréal pour entamer des études d’ingénieur. Il revient parce que sa femme et sa fille lui manquent. Il passe l’année 2015 plongé dans son plan d’affaires pour la distillerie O’Dwyer, puis rencontre Frédéric Jacques, un docteur en chimie qui projette lui aussi une distillerie. Le duo fonctionne. Michael est le rêveur, doué pour le marketing. Frédéric s’occupe du contrôle de la qualité et joue l’avocat du diable.

Michael Briand veut concocter un gin aux champignons, une première : «J’ai fait mes premiers tests en macération. Fred a goûté et m’a dit : il y a une raison pour laquelle ça n’existe pas. C’est parce que c’est pas bon!»

Les associés peaufinent la recette. Ils y arrivent si bien que leur gin Radoune s’est classé deuxième cet automne parmi 16 gins, dont 13 québécois, dans une dégustation à l’aveugle organisée par le magazine Protégez-vous. O’Dwyer utilise un alcool de maïs qu’il distille une seconde fois avec des champignons sauvages de la forêt gaspésienne.

Michael n’avait pas encore distillé une seule goutte de gin qu’il faisait monter la soif sur les médias sociaux. «Des gens écrivaient à la SAQ pour demander : “Où est la Radoune? Quand allez-vous l’avoir?”» rapporte-t-il.

Tellement que la société d’État a commandé 1200 bouteilles sans avoir goûté. «Ensuite, on a envoyé l’échantillon et la commande est passée à 4800 bouteilles», dit Michael. L’objectif maximal de 20 000 bouteilles la première année a été atteint en six mois. 

Un «chien blanc»

Michael Briand pourrait surfer sur la vague Radoune. C’est compter sans son prochain rêve. «On a labouré un terrain de quatre acres à Douglastown. On va planter notre orge et notre seigle au printemps, pour faire du whisky, un single malt et un canadien.»

Le whisky doit vieillir en barriques pendant trois ans. O’Dwyer en gardera une partie pour boire tout de suite, un produit appelé «chien blanc» ou «moonshine». «Dans les années 1920, les bootleggers transportaient du moonshine de Saint-Pierre-et-Miquelon en Gaspésie. Ils mettaient ça dans des canisses d’aluminium cachées dans des caisses de morue», raconte Michael. L’alcool non vieilli d’O’Dwyer s’appellera St-Pierre, en mémoire de cette époque. 

Quand il regarde où il en est, à 30 ans, comme se sent-il? «Je n’en reviens pas. Je me sens comme si j’avais gagné à la loto. Mais ce n’est pas de la chance, ce sont des choix.»

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DE PÈRE EN FILS, EN FILLE...

O’Dwyer veut dire «fils de Dwyer», du nom du père de Michael Briand. Le nom de la distillerie a d’abord été une boutade face à son père, toujours résident de Sudbury, qui craignait pour l’avenir de son petit dernier. 

«Il ne voulait pas que je parte une compagnie. Mais là, il est embarqué. Quand ses amis vont à Gatineau, il leur demande de lui ramener de la Radoune!» La terre sur laquelle Michael plantera l’orge et le seigle pour son whisky appartient à Dwyer Briand. 

Le O’ est aussi un rappel du nom de sa femme, Jessica O’Connor, qui l’incitait à foncer quand d’autres le mettaient en garde. Y aura-il une compagnie O’Michael? Sa fille de quatre ans lui a annoncé qu’elle voulait «inventer «dans la vie. «On a un petit jeu. On se demande : quelle sorte de compagnie tu veux avoir?»