Une FabRégion est une région qui s’engage à atteindre 50% d’autonomie d’ici 2054 dans les secteurs de l’agroalimentaire, de l’énergie et de la production manufacturière.
Une FabRégion est une région qui s’engage à atteindre 50% d’autonomie d’ici 2054 dans les secteurs de l’agroalimentaire, de l’énergie et de la production manufacturière.

Devenir la deuxième FabRégion du Québec

Myriam Gauthier
Myriam Gauthier
Le Quotidien
Accroître l’autonomie agroalimentaire, énergétique et en produits manufacturés du Saguenay–Lac-Saint-Jean. C’est le projet dont la coopérative Système T souhaite être le fer de lance en unissant la classe politique derrière l’idée de faire de la région la deuxième FabRégion du Québec.

Le concept a attiré l’attention de Jean Duplain, directeur général de la jeune coopérative fondée cet automne à Chicoutimi, lorsque le Bas-Saint-Laurent a décroché à la mi-octobre le titre de première FabRégion de la province et du pays.

Le Bas-Saint-Laurent est en fait la quatrième FabRégion au monde, après deux régions françaises et une région mexicaine. Mais qu’est-ce qu’une FabRégion ? Une région qui s’engage à atteindre 50 % d’autonomie d’ici 2054 dans les secteurs de l’agroalimentaire, de l’énergie et de la production manufacturière.

Jean Duplain a été séduit par le concept qui permettrait, à ses yeux, d’apporter une réponse aux enjeux de développement régional que connaît le Saguenay–Lac-Saint-Jean. « C’est un concept qui fédère tout le monde autour d’une vision commune », expose-t-il.

Le projet permettrait aussi de rassembler des initiatives déjà existantes dans différents secteurs. « La FabRégion, c’est vraiment une démarche de devenir adulte comme région en prenant sa destinée en main », explique le directeur général de la coopérative dédiée au soutien de projets qui s’inscrivent dans l’accélération de la transition socioécologique.

Parrainage

Pour la soutenir dans ses démarches, la coopérative pourra compter sur le parrainage du Bas-Saint-Laurent. Rachel Berthiaume, co-coordonnatrice au Living Lab en innovation ouverte au Cégep de Rivière-du-Loup, s’est montrée enthousiaste à l’idée.

La coopérative Système T souhaite porter le projet de faire du Saguenay–Lac-Saint-Jean la seconde FabRégion de la province. Sur la photo apparaissent des membres fondateurs de la coopérative : Jean Duplain, directeur général, Alexis Lebas, vice-président, Jean-Philippe Monfet, président, et Lydia Gaudreault, trésorière.

Celle qui a été impliquée dans la reconnaissance du Bas-Saint-Laurent comme FabRégion préfère en fait se donner le titre de « contamineuse en chef ». Car le partage est au coeur du concept de FabRégion. Il s’inscrit dans l’initiative FabCity, un réseau mondial d’innovation ouverte qui rassemble, depuis 2014, une trentaine de villes qui souhaitent augmenter leur autonomie en misant sur les échanges numériques. « Profitons du fait que la société s’est numérisée et profitons du fait qu’on est capables d’échanger de la connaissance pour pouvoir mieux produire localement », résume la chercheuse.

La FabRégion du Bas-Saint-Laurent est elle-même parrainée dans son développement par la FabCity de Paris.

Rencontre avec des élus régionaux

Système T souhaite organiser une rencontre avec des élus du Saguenay–Lac-Saint-Jean après les Fêtes pour leur présenter le concept de FabRégion. Le soutien des élus, qui doivent signer une lettre d’appui, et la fédération de la communauté autour du projet sont essentiels pour intégrer le réseau.

Si la mobilisation s’orchestre rapidement, le dossier de candidature de la région, appelé « déclaration », pourrait être présenté lors du prochain Sommet FabCity, sommet mondial du réseau qui doit avoir lieu en août 2021, à Montréal.

Cet objectif semble réaliste aux yeux de Rachel Berthiaume. La région devra cependant faire vite si elle souhaite devenir la deuxième FabRégion du Québec et du pays, car le concept suscite aussi de l’intérêt dans d’autres régions depuis que le Bas-Saint-Laurent a décroché le titre.

Le Québec pourrait même devenir la première « FabProvince » en devenant le « premier territoire interconnecté dans le monde », lance la contamineuse en chef, qui estime que l’intérêt envers le concept n’est pas étranger à la réflexion sur l’autosuffisance suscitée par la pandémie.

Faire un état des lieux

Le projet de FabRégion demande également de dresser un état des lieux sur le niveau d’autonomie du territoire. Un chantier important attend le Saguenay–Lac-Saint-Jean sur ce plan. « C’est fou, on n’a pas la réponse, à savoir on en est où au niveau de l’autonomie présentement ; là, c’est très difficile », constate Jean Duplain, qui a effectué de premières démarches en ce sens.

Les constats tirés peuvent parfois être surprenants, partage Rachel Berthiaume, en donnant l’exemple de la production de viande bovine pour le Bas-Saint-Laurent.

« On sait qu’on produit ce qu’on mange. Mais 80 % de ce qu’on produit est parti, s’en va ailleurs et ce qu’on consomme en boeuf arrive d’ailleurs. On s’entend qu’il y a un petit décalage ? », soulève-t-elle.

Le concept de FabRégion s’inscrit dans l’initiative FabCity, un réseau mondial d’innovation ouverte qui rassemble une trentaine de villes depuis 2014.

Une fois l’état des lieux connu, la réflexion pour repenser la production agroalimentaire, énergétique et manufacturière peut être lancée.

« Devenir une FabRégion et être autonome à 50 %, ça ne veut pas dire produire plus, résume la chercheuse. Ça veut dire produire différemment, avec ce qu’il y a déjà aussi, sur notre territoire. »

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UNE OPPORTUNITÉ POUR RÉUNIR DES INITIATIVES EXISTANTES

Le projet de faire reconnaître le Saguenay–Lac-Saint-Jean comme une FabRégion permettrait de réunir des initiatives déjà existantes qui visent à augmenter l’autonomie régionale, estime la directrice d’AgroBoréal.

Le collectif Borée regroupe, par exemple, une dizaine d’acteurs qui mènent des projets liés à l’autonomie alimentaire, souligne en ce sens Isabelle T. Rivard, directrice du créneau d’excellence. Elle accueille favorablement l’idée que la région entre dans le réseau FabCity en devenant une FabRégion.

« Nous, on n’aime pas quand on dédouble des choses. Essayer de regrouper ce qu’on fait déjà de bien, et le valoriser davantage, c’est un bon réflexe », estime-t-elle.

Le collectif Borée a été lancé dans la région au début de l’année, lors du Sommet pour une alimentation durable. Saguenay, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la région, la Fédération régionale de l’Union des producteurs agricoles, l’Université du Québec à Chicoutimi et le Cégep de Saint-Félicien en font partie, entre autres.

AgroBoréal, au nombre des membres du collectif, offre des « facilités administratives » pour soutenir l’initiative. Le projet a d’ailleurs reçu des fonds publics pour assurer sa coordination.

Les partenaires devront identifier les actions et stratégies à soutenir. « Ce sont tous des chantiers qui sont en montage ou en développement pour la plupart », explique la responsable du créneau, dont la mission est de soutenir l’innovation et le réseautage dans le domaine agroalimentaire régional.

L’amélioration des systèmes de production en serre et l’accès à la commercialisation de la viande grâce aux abattoirs de proximité font partie des chantiers de réflexion et projets sur la table.