La version 3 de la Végébox est construite en collaboration avec l’entreprise Coolbox, située à Saint-Prime.
La version 3 de la Végébox est construite en collaboration avec l’entreprise Coolbox, située à Saint-Prime.

Développer l’autonomie alimentaire, le rêve de Yannick Tremblay

« Ensemble, mettons fin à la faim. » Tel est le souhait de Yannick Tremblay, initiateur du Projet Lumélice et concepteur du Végébox, une structure qui permet selon lui de nourrir facilement les familles à longueur d’année en fruits, petits fruits, légumes et légumineuses.

Son rêve ultime ? « Que les gens s’unissent autour d’un chantier social pour définir leur autonomie alimentaire à la grandeur de la planète. »

En pleine pandémie de la COVID-19, il espère que son rêve se réalise plus tôt que prévu. D’ailleurs, l’enjeu de la souveraineté alimentaire étant à la mode ces jours-ci, il croit que son message pourrait en intéresser plus d’un prochainement.

Comme tout bon inventeur, Yannick Tremblay a développé son concept en partant de ses propres besoins. « Ceux d’approvisionner annuellement ma famille en savoureux légumes à un prix presque nul, tout en tentant d’éliminer le plus possible les facteurs de risque reliés à la production, l’approvisionnement et les corvées physiques intenses. »

Tout un défi pour cet entrepreneur qui est programmeur et concepteur de boutiques en ligne . « J’ai un gros dossier de recherches, au moins 450 heures là-dedans, juste pour me faire une idée à la base. Je ne connaissais absolument rien dans les plantes, car je suis programmeur, pas jardinier ! »

Basé sur un modèle coopératif, voici un exemple d’une toile de Végébox branchées ensemble pour répondre à la demande maraîchère régionale.

Première version en 2017

C’est en 2017 qu’a vu le jour son premier prototype, construit dans son sous-sol ! « Pendant plus de 50 jours, je me suis mis à essayer de planter quelques variétés de légumes. Cette étape m’a donné comme résultat les meilleures salades, radis et betteraves que j’avais mangés jusqu’ici. Tendres et savoureux, mes légumes ont été testés par des maraîchers et le verdict était unanime. En plus, je n’avais qu’à envoyer ma fille récolter les salades au sous-sol. »

Appelé « cube de base », ce premier concept était ni plus ni moins constitué d’un système de production en « permaculture volumique » et était destiné à maximiser la croissance des plantes dans la terre enrichie d’un compost fabriqué à même l’appareil. Le tout pouvant s’installer dans n’importe quel espace de 8 pieds cubes d’arête.

Confiant après ses premiers bons résultats et plus motivé que jamais, il décide alors de pousser son idée à un autre niveau.

« À force de réaliser que ce projet était plus qu’un simple souhait, je comprenais graduellement que le projet et son potentiel ne devaient pas appartenir à un seul individu. Pour sécuriser la chose, il devait appartenir à un collectif déterminé à l’utiliser pour le meilleur de la population en général. Des légumes biologiques modiques pour tous, c’est carrément mettre fin à la faim et c’est un défi de taille ! »

V2 2019

Malgré quelques embûches rencontrées en cours de route, il affirme s’être entouré de quelques partenaires et collaborateurs pour mettre au point un deuxième prototype, plus complet cette fois.

La première série d’expériences, qui se sont déroulées dans le sous-sol de sa résidence, ont laissé entrevoir à Yannick Tremblay un énorme potentiel.

« Nous nous sommes retroussé les manches et avons finalement réussi à construire notre première coquille complète et fonctionnelle. »

Maintenant appelé Végébox, ce deuxième prototype pouvait aussi être installé à l’extérieur, « peu importe le climat ou l’accessibilité aux ressources d’eau et d’énergie. »

V3 2020

Yannick Tremblay raconte que la récente crise de la COVID-19 a accéléré le processus de mise en marché. « On est prêt à bouger, mais il faut savoir aussi que l’on fait ça bénévolement. »

Ces jours-ci, convaincu qu’il détient la clé de l’autonomie alimentaire, il avoue ne pas trop compter les heures qu’il investit dans son projet, tout en continuant à gérer son entreprise Web.

« Nos solutions sont parfaitement adaptées et capables de fournir au Québécois 100 % de couverture en légumes, nonobstant le portefeuille. Nous nous lançons donc dans une aventure incroyable, celle d’inspirer un chantier d’autonomie alimentaire à la grandeur de notre beau Québec ! »

La version 2 du Végébox a permis à son concepteur de mener une série d’expériences.

Cette urgence d’agir l’a même encouragé à faire construire une Végébox mobile, avec laquelle il devrait faire la tournée de plusieurs municipalités de la province.

« Afin de répondre efficacement à l’urgence de lancer les travaux immédiatement, nous entamons une grande campagne de recrutement avec l’assistance du Vébébox 3 mobile . Une grande tournée provinciale est à planifier et nous irons partout où nous serons demandés. »

Pour qui et combien

Déterminé, il assure que son projet est accessible à tous. « On peut faire pousser des légumes, des fruits, des arachides, des fèves, des germinations, des fleurs, des plantes médicinales, des variétés sauvages de n’importe quelle espèce de thé des bois. Bref, c’est le cube ultime de production. »

Comme la majorité de la population est concentrée dans les grands centres urbains, il affirme aussi que son concept répondra à tous, citadins compris.

« Pour les villes, ils s’organiseront en quartier d’autonomie, comme nous en campagne, ce sera des villages. Ce qui est important, c’est que les activités soient à échelle locale et que le surplus soit échangé entre les cellules en utilisant déjà le réseau qui sera déployé, sans rien dépenser de plus. »

La Végébox mobile, qui sera monté sur une remorque, devrait prendre part bientôt à une tournée provinciale.

Il estime qu’une Végébox de base se vendra autour de 6500 $, mais pourrait facilement coûter plus de 100 000 $ en ce qui concerne une installation qui permettrait la production d’un plus gros volume.

« Ça va dépendre de ce que le client va vouloir comme fonctionnalités. (...) Avec une roulotte de culture, on parle d’une possibilité de générer des revenus entre 40 000 $ à 50 000 $ par année. »

Rêveur ou réaliste

Près de 3 ans se sont écoulés depuis le début de cette aventure. Il affirme même y avoir investi environ 163 000 $. Croit-il être capable d’amener à terme ce beau grand rêve, qu’il avoue chérir depuis plus longtemps encore ?

« C’est plus qu’un rêve (...). J’avais déposé une thèse autodidacte à l’âge de 19 ans de 462 pages et c’était exactement le projet que j’ai là. Maintenant, j’ai 46 ans, alors imagine le nombre de professionnels que j’ai rencontrés et de recherches que j’ai faites depuis tout ce temps-là. On est prêt à vivre mieux et à être aux commandes de notre collectivité. C’est un rêve qui va se réaliser brique par brique. »