Cynthia Pinel est la propriétaire de l’entreprise Lunatik Création.

Des vêtements... connectés!

Shawinigan — Imaginez un instant un vêtement de scène lumineux, étincelant, doté de nanopuces électroniques et de fibre optique intégrées, qui changerait de couleur en fonction du rythme cardiaque de l’artiste ou selon les réactions de la foule regardant son spectacle et qui peut même changer à lui seul l’aspect de toute la scène sans l’intervention d’une régie, à l’arrière.

Il ne s’agit pas d’un extrait du film Hunger Games, mais plutôt d’une véritable révolution du vêtement de scène qui est en train de se jouer dans un simple local du Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins, à Shawinigan.

La fée qui concocte ce mystérieux projet, c’est Cynthia Pinel, une jeune femme de 33 ans originaire d’un petit village d’à peine 300 habitants en Gaspésie.

Malgré son jeune âge, elle cumule déjà 20 ans d’expérience dans le monde de la couture et sa passion lui a déjà valu de travailler pour le Cirque du Soleil pendant un an, en 2008.

Depuis un an, elle possède sa propre entreprise, Lunatik Création, où elle crée des vêtements spécialisés pour les arts de la scène, mais aussi pour les spectacles de patinage artistique, gymnastique, pole dancing et chorégraphies de fitness.

Tout a commencé alors qu’elle n’avait que 13 ans. Dans son petit village, elle avait «vite fait le tour des activités qu’il y avait à faire», raconte-t-elle. C’est à ce moment que la couturière de la place lui offre une formation. «J’ai tout de suite développé le feu sacré, une véritable passion pour la couture», dit-elle.

Artiste dans l’âme, elle décide d’aller chercher un diplôme en design professionnel au Collège LaSalle de Montréal où elle se spécialise dans la mode féminine et surtout, dans la création et la confection de costumes.

Au terme de ses études, le Cirque du Soleil lui offrait un stage. En un an dans le département des costumes, «j’ai appris plus qu’en trois ans au Collège», dit-elle.

Elle fera, par la suite, un baccalauréat en arts visuels et médiatiques à l’UQAM.

Par amour, elle s’installe en 2012 dans le secteur Grand-Mère de Shawinigan avec son conjoint. Pendant trois ans, elle gagne sa vie non pas avec la couture, mais en travaillant au Carrefour jeunesse emploi où elle encourage les jeunes à démarrer leur propre emploi. «À un moment donné, je me suis sentie comme un imposteur», confie-t-elle. «Je les incitais à se lancer, mais moi-même, je ne réalisais pas mon propre rêve de démarrer ma propre entreprise», dit-elle.

Elle suit donc une formation en démarrage d’entreprise et décide de mettre son talent à profit. Un de ses premiers clients fut le Duché de Bicolline dont les membres s’habillent de vêtements d’inspiration médiévale et fantastique.

Une étude de marché lui démontre qu’il y a amplement de place dans le créneau qui l’intéresse le plus, c’est-à-dire la mode sportive.

Après avoir longtemps travaillé seule, Cynthia Pinel déniche un endroit rêvé pour poursuivre ses ambitions, le Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins de Shawinigan. «Ça m’a donné un regain d’énergie de travailler là parce qu’il y a une ambiance de travail. Je n’étais plus seule et il y a une vie sociale aussi», dit-elle.

C’est que la talentueuse créatrice est devenue mère célibataire et toute sa famille est bien loin d’elle, en Gaspésie. Il est clair que cette première année de démarrage a été difficile pour elle. Les amis qu’elle a su se faire ici et son nouvel environnement de travail la soutiennent, fort heureusement, dans l’accomplissement de ses rêves, raconte cette entrepreneure qui a dû souvent travailler la nuit pour arriver à ses fins.

Ses rêves sont grands, mais son imagination l’est bien plus, car il ne semble pas y avoir de limite à son esprit inventif. «Je suis en train de travailler sur la fabrication de vêtements connectés», dit-elle, c’est-à-dire inspirés des capteurs intégrés qu’on trouve dans certains vêtements de cyclistes professionnels et qui donnent, par exemple, leurs battements cardiaques. Grâce au WiFi intégré dans les tissus et l’utilisation de la fibre optique, les vêtements artistiques qu’elle veut fabriquer changeront de couleur selon les battements cardiaques de l’artiste qui le porte où affecteront l’environnement de la scène dans laquelle il évoluera.

«Mon problème, c’est la source d’énergie», dit-elle, car porter des piles sur soi, ce n’est pas vraiment esthétique ou pratique pour des sportifs de haut niveau.

La créatrice croit avoir trouvé. «Quelqu’un a inventé un enduit qu’on peut mettre sur les tissus et dans lequel on branche les fils et ça sert de source d’énergie», raconte-t-elle. Bref, ses créations pourraient bientôt ne devenir rien de moins que révolutionnaires dans le monde de la mode artistique et sportive.

En attendant, elle continue à fabriquer des vêtements sportifs alliant le monde de la lingerie à celui du sport artistique puisque les sous-vêtements sont intégrés dans chaque costume féminin tandis que les tissus qu’elle emploie, qui s’étirent dans quatre sens, sont adaptés à chaque discipline des athlètes.