Hélène Monette et Stéphane Poirier ont fondé les Jardins Terra Terre et produisent deux sauces biologiques de piments forts.

Des sauces biologiques à base de piments forts

En nommant leur entreprise maraîchère Jardins Terra Terre, les Arvidiens Hélène Monette et Stéphane Poirier voulaient être certains de garder les pieds sur terre. N’empêche, c’est avec beaucoup d’enthousiasme que le couple vient de commercialiser deux sauces biologiques de piments forts, les premières du genre sur le marché local provincial.

« Il y a beaucoup de sauces, mais elles n’ont pas la certification, car ça demande beaucoup de travail », expliquent ceux qui détiennent le label de l’organisme Québec Vrai. Aussi, il y a une différence majeure pour les produits à base de piments forts par rapport aux autres sauces piquantes, qui utilisent principalement divers ingrédients. Le légume qui donne le goût si particulier est aussi la matière première la plus dispendieuse.

Hélène Monette et Stéphane Poirier n’ont pas ce problème, puisqu’ils cultivent eux-mêmes une douzaine de variétés de piments sur leur terre à Jonquière. « On pourrait croire que ça pousse juste dans les pays chauds, mais non ! » Isolés dans le fond d’un rang, ils se trouvent comme dans leur jardin secret. Ils y passent tous leurs temps libres.

« Ça part de loin, explique celui qui a déjà un emploi régulier. En septembre 2013, on a acheté la terre de mon père qui ne pouvait plus s’en occuper. Le déclencheur a été la lecture du livre Le jardinier-maraîcher de Jean-Martin Fortier. On a même suivi un cours par la suite. Nous avons lancé nos premiers paniers de légumes biologiques en 2014. »

Les Jardins Terra Terre ont profité de l’engouement des consommateurs pour ce type de distribution qui suit les récoltes. Le couple s’est laissé prendre au jeu et y a mis beaucoup d’efforts.

« En 2016, on a commencé à trouver ça moins plaisant, plus stressant. On a toujours aimé la culture des piments, ça pousse bien sur notre terre, et on a décidé de se concentrer là-dessus », poursuit Stéphane Poirier.

Même s’il y a beaucoup de producteurs de sauces piquantes, il y avait cependant peu d’acheteurs pour les piments. Il aurait fallu offrir le même prix que les produits du Mexique…

Commercialisation

« Je disais que j’avais un mont Valin de piments, plaisante Hélène Monette. Je ne voulais vraiment pas les perdre. Nos amis nous encourageaient beaucoup. Pourquoi ne pas les commercialiser ? »

La transformation en sauce était une belle solution. « Ça fait une valeur ajoutée et ça garde la noblesse de nos piments », souligne Stéphane Poirier.

L’an dernier, ils ont produit environ 200 bouteilles des sauces RetardaTerre et Grand Brûlé. Elles ont été distribuées à leurs connaissances. Avec leurs commentaires, la recette a été ajustée et 2000 flacons de cinq onces ont été embouteillés à Chicoutimi. Il existe déjà neuf points de vente au Saguenay-Lac-Saint-Jean, et le couple aimerait bien prendre de l’expansion à l’extérieur de la région.

« Ici, les gens sont bien éduqués avec le festival Saguenay en feu. Si les sauces piquantes étaient aussi populaires dans le reste du Québec que dans la région, le marché serait incroyable ! », rêve le passionné.

D’autres sauces pourraient être commercialisées, puisque de nouvelles recettes sont déjà expérimentées.

Le défi du bio

Juste pour mettre le label Produit biologique certifié Québec Vrai sur l’étiquette, il a fallu beaucoup de paperasse. « On est audité chaque année par l’organisme. C’est un cahier de charges assez épais. Il ne faut pas juste que les piments soient biologiques, tous les autres ingrédients le sont. Ça prend un minimum de 95 % et on a 100 % », assure Stéphane Poirier.

En fait, sur la liste qu’on peut lire sur l’étiquette, il n’y a que le sel et l’eau de source utilisés qui ne sont pas certifiés.

Les procédés sont aussi stricts. Il est impossible d’utiliser des pesticides, il faut installer des filets et désherber à la main. « La première chose que je fais en arrivant, c’est de vérifier s’il n’y a pas d’insectes sous les feuilles », donne en exemple Hélène Monette, qui s’occupe des jardins à temps plein.

Par-dessus tout, la qualité est le principal souci du couple. « C’est notre marque de commerce ! »

Les sauces des Jardins Terra Terre sont certifiées biologiques par l’organisme Québec Vrai, un processus qui demande beaucoup de travail.

Une recette collective

Les sauces RetardaTerre et Grand Brûlé ont été créées en équipe, dans le cadre d’un concours amateur.

« Ce n’est pas juste la sauce à Hélène ou celle à Stéphane. On a fait ça entre amis, c’est collectif. On était huit, tous des épicuriens », indique le couple des Jardins Terra Terre.

Le festival de sauces piquantes Saguenay en feu organise un concours pour les amateurs depuis quelques éditions. Hélène Monette et Stéphane Poirier ont eu le goût de participer avec leurs amis. Ils se sont divisés en deux équipes.

La RetardaTerre est plus fruitée, tandis que la Grand Brûlé a un goût fumé grâce à l’ajout de paprika fumé. Ce piment est aussi cultivé par l’entreprise jonquiéroise et séché pour être conservé. « Ç’a beaucoup plus de goût que celui qu’on retrouve en épicerie, qui est souvent vieux de plusieurs années », mentionne Stéphane Poirier. Ce produit pourrait d’ailleurs être commercialisé.

Le couple s’est amusé à trouver des noms qui font référence à la région ou aux Jardins Terra Terre, membre de la coopérative Nord-Bio.

Ainsi, la RetardaTerre fait connaître son côté piquant un peu après son entrée en bouche, et la Grand Brûlé rappelle le Grand feu de 1870 au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Elles sont recommandées avec des huîtres, des œufs, du couscous, du riz… ou de la tourtière !

« On a essayé pendant les Fêtes et c’était très bon. J’aime bien tremper mon fromage en grains dans la sauce, les produits laitiers équilibrent le côté piquant », conseille Hélène Monette.

Les sauces sont cotées avec une force de 6/10 par leurs créateurs. « Il faut être brave, mais pas tant que ça », nuance Stéphane Poirier.

Déjà, les maraîchers préparent la prochaine saison en choisissant les graines qui seront utilisées. Des semis sont commencés à leurs serres à la maison, puis transplantés aux champs à dix minutes en automobile. En été, ça devient vite « une jungle », avec de belles couleurs de vert et de rouge.

« On fait tout de la semence à la sauce », se plaît à dire Hélène Monette.

Relève

Le couple fait aussi « pousser » trois garçons de 10 à 20 ans. « Ça coûte plus cher et c’est plus long, mais on espère que ça va rapporter plus », rigole Stéphane Poirier. Les enfants trouvent le loisir de leurs parents plutôt dur.

« Peut-être qu’ils vont vouloir prendre la relève un jour. Moi, ça m’a pris du temps », réfléchit celui qui a racheté la terre à son père agronome de profession. Maintenant, ce dernier est bien fier de voir l’entreprise de son fils, et il s’implique même dans certaines tâches. Stéphane Poirier, qui aimait faire des conserves avec sa mère, est passé à une tout autre étape.

« Le défi, ça va être de rendre ça profitable », conclut-il.