Après une carrière de technicien ambulancier, Jean-Paul Gagnon rentre fidèlement au boulot pour préparer les aliments et la mise en place en vue du repas du midi.

Des retraités à la rescousse des restos

(Denis Villeneuve) – Pour contrer la pénurie de main-d’œuvre qui touche leur secteur, de plus en plus de restaurateurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean font appel aux retraités pour venir à leur rescousse et combler leurs besoins.

Line Turcotte, copropriétaire de trois concessions St-Hubert au Saguenay, qui embauchent 200 employés à temps complet et partiel, constate qu’il devient de plus en plus difficile de combler des emplois à temps complet et de recruter des travailleurs qui décident de faire carrière dans le secteur.

Des difficultés de recrutement sont rencontrées également parmi les étudiants qui, selon elle, en plus d’avoir à assumer leurs travaux scolaires, sont de plus en plus occupés avec d’autres activités. « Notre politique est de combler les heures qu’ils désirent travailler. On ne veut pas qu’ils ratent leurs études, mais pour combler nos besoins, il faut en recruter deux pour en faire un. »

L’une des difficultés du secteur, selon elle, réside dans le recrutement de personnel intéressé à œuvrer pendant les quarts de travail de jour puisqu’en soirée, la main-d’œuvre étudiante est disponible.

Pour combler les besoins, elle ne cache pas qu’en tant qu’employeur, elle cherche de plus en plus de gens à la retraite désireux de revenir sur le marché du travail. Leur champ de compétence n’est pas très important, puisque la chaîne s’assure de bien former ses nouveaux employés en fonction de ses propres normes. « Ces gens ont encore de bonnes années à donner et font preuve souvent d’une bonne confiance. Les gens à la retraite de retour sur le marché du travail possèdent du vécu. À 50 ans, ils ont plus de facilité à savoir retourner une situation et savent souvent comment aborder le public », affirme-t-elle. 

L’une des craintes exprimées pour le futur est de voir ses employés de la vieille garde ayant accumulé de 25 à 30 années d’ancienneté prendre leur retraite.

Table

Pierre-Luc Gaudreault, copropriétaire du restaurant La Cuisine, confirme les difficultés de recrutement chez le personnel des cuisines. « Chez nous, ça va bien, parce qu’on a une belle stabilité. En septembre dernier, un membre de la cuisine nous a quittés et on a dû se résigner à rencontrer et embaucher la personne ayant la meilleure attitude et la former. C’est une personne qui avait travaillé pour une chaîne et qui avait de l’expérience, mais après trois ou quatre mois, on la forme encore. On a de la misère à avoir des candidats de qualité », affirme M. Gaudreault.

Trop de restaurants

Avec l’ouverture récente et future d’une dizaine de restaurants à Chicoutimi, M. Gaudreault croit que le Saguenay fera face bientôt à un surplus d’établissements par rapport à ce que peut absorber le marché de consommateurs.

Guy Belley a oeuvré pendant une trentaine d’années dans un poste de gestionnaire dans le réseau de la santé, en alimentation et ressources humaines. Aujourd’hui, on le retrouve à l’accueil d’un restaurant.

Au resto à 65 et 75 ans

(Denis Villeneuve) – Ils ont été respectivement technicien ambulancier et haut cadre dans le secteur de la santé, mais Jean-Paul Gagnon, 75 ans, et Guy Belley, 65 ans, ont décidé de poursuivre une seconde carrière dans le secteur de la restauration.

Rencontré sur son lieu de travail, M. Gagnon est considéré par ses patrons comme une personne fiable puisque très tôt le matin, il rentre fidèlement au boulot pour préparer les aliments et la mise en place en vue du repas du midi. Chaque semaine, il effectue entre 25 et 30 heures de travail « J’ai été technicien ambulancier pendant 23 ans à Montréal et Laval et j’ai pris ma retraite à 61 avec des enfants qui étaient encore à la maison. Mon épouse n’était pas à la retraite quand j’ai pris la mienne et je ne voulais pas rester seul à la maison à ne rien faire. Ayant été ambulancier, je suis habitué à travailler sous la pression. La restauration pendant l’heure du dîner ou du souper fait bouger puisqu’il faut donner un bon service », témoigne-t-il. Il avoue qu’il aimerait bien continuer derrière les chaudrons trois ou quatre ans puisqu’il éprouve du plaisir à travailler dans un groupe formé d’un mélange de jeunes et moins jeunes.

Dans le cas de Guy Belley, ce dernier a œuvré pendant une trentaine d’années dans un poste de gestionnaire dans le réseau de la santé, en alimentation et ressources humaines. Aujourd’hui, on le retrouve à l’accueil d’un restaurant. Il avoue que financièrement, il est à l’aise et n’aurait pas besoin de travailler. « J’ai arrêté six mois et j’ai recommencé. J’aime le monde, la bonne humeur. Ce n’est pas la même ambiance ici que dans le secteur de la santé. »

Outre le fait qu’il travaille principalement à l’accueil des clients, les compétences de M. Gagnon font en sorte que ses patrons le sollicitent parfois pour des remplacements à des postes de gestionnaires. « Je pense que ça fait très bien leur affaire », commente-t-il.

Même si parfois des membres de son entourage lui demandent quand il prévoit arrêter de travailler, M. Belley est bien conscient que les employeurs connaissent une forme de pénurie de main-d’œuvre.

« L’un des avantages qu’on a à notre âge, c’est que lorsqu’on appelle notre employeur pour se déclarer malade, c’est parce qu’on l’est vraiment », conclut-il.

Une guerre de cuisiniers se prépare

(Denis Villeneuve) – Avec l’ouverture récente et à venir d’une dizaine de restaurants au Saguenay, Carl Dumas, directeur adjoint au Centre de formation professionnelle Jonquière, croit qu’une petite guerre se prépare pour le recrutement de personnel de cuisine.

Citant un à un les noms des nouveaux restaurants qui auront pignon sur rue, M. Dumas affirme qu’il est évident que le nombre d’élèves en formation ne suffira pas à combler les besoins de main-d’œuvre à court terme. « Dans l’ensemble des CFP du Québec, il se forme 1800 élèves annuellement. Présentement, nous avons une cohorte de 26 élèves en cuisine à laquelle s’ajoutera une nouvelle cohorte de 18 étudiants en cuisine actualisée en février. »

Présentement, 70 % des finissants en cuisine du CFP dénichent des emplois stables dans des lieux institutionnels comme des résidences pour personnes âgées, CHSLD, centres de la petite enfance, etc. 

Le directeur adjoint ajoute que beaucoup de chaînes de restauration rapide ont besoin de monteurs d’assiettes nécessitant peu de connaissances en cuisine. Au cours de la prochaine année, le CFP Jonquière développera des efforts particuliers pour reconnaître les acquis de ces travailleurs et leur offrir des activités de perfectionnement au besoin. Des démarches en ce sens ont été entreprises auprès de certains restaurateurs.

M. Dumas croit que la reconnaissance des acquis et l’offre de perfectionnement des travailleurs en emploi seront de nature à fidéliser les travailleurs, d’autant plus que certains pourront être éligibles au crédit d’impôt de 10 000 $ offert par le gouvernement du Québec.

Autres secteurs

En ce qui a trait aux autres options de cours reliés à l’alimentation, M. Dumas affirme que le recrutement d’étudiants est un peu plus difficile. Cependant, avec les besoins de main-d’œuvre reliés aux investissements de 110 M$ réalisés par Olymel dans la région de Yamachiche, pour un centre de découpe, des étudiants potentiels trouveront sûrement des débouchés.

Pas plus rose au Lac-Saint-Jean

(Meghann Dionne) – La pénurie de main-d’œuvre se fait ressentir jusqu’à La Doré au Lac-Saint-Jean. Le propriétaire du restaurant Du Chef, Guy Pigeon, tente en vain de trouver un aide-cuisinier depuis maintenant un an. Il a affiché une offre sur Emploi Québec qu’il doit republier régulièrement. En 12 mois, il n’a reçu aucun curriculum vitae. 

Pour le poste de serveur qu’il cherche à pourvoir, M. Pigeon a reçu entre trois et cinq candidatures en un an. 

« Cet été, on était quatre, dont une étudiante, mais ce n’était pas suffisant. Ça nous aurait pris au moins cinq ou six personnes pour assurer le bon fonctionnement de mon commerce et pouvoir donner congé à mes employés quand ils en avaient besoin », avance celui qui est propriétaire de ce restaurant depuis cinq ans. 

Des conditions difficiles

Le restaurateur ajoute que l’été, près des fourneaux, il fait excessivement chaud et c’est dans la cuisine qu’il a le plus besoin d’un coup de main. « Quand tu fais 35 heures durant une semaine, c’est pas mal le maximum parce que mes employés viennent qu’ils se fatiguent », précise-t-il. 

Pour sa part, Guy Pigeon peut travailler jusqu’à 80 heures par semaine l’été « pour boucher les trous ». Son restaurant est situé à quelques kilomètres avant l’entrée du parc de Chibougamau et il sert des mets canadiens. 

Durant la saison froide, il accueille en moyenne une centaine de personnes par jour. L’achalandage est normalement moins important qu’en été, ce qui fait qu’avec quatre employés, le propriétaire réussit à tirer son épingle du jeu.

« En ce moment, nous sommes cinq. Je préfère donner quelques heures à mon étudiante les fins de semaine afin de pouvoir compter sur elle cet été. C’est tellement difficile de trouver de la main-d’œuvre que je fais travailler mes étudiants pour ne pas les perdre », avance M. Pigeon. 

Des solutions difficiles à trouver

Mis à part offrir quelques dollars au-dessus du salaire minimum à ses employés, Guy Pigeon a peu de moyens pour attirer la main-d’œuvre. « Quand tu montes à 15 $ l’heure, tu dois monter tes prix. En fin de compte, ce sont les clients qui en paient le prix et ils s’en plaignent », exprime l’homme d’affaires. 

« Est-ce que les gens sur l’assurance-emploi et l’aide sociale reçoivent un montant trop important ? Je ne sais pas, mais ça pourrait régler une partie du problème s’ils venaient travailler », avance Guy Pigeon.

Le village de La Doré compte deux restaurants sur son territoire.