Des dettes de 24,4M$

Les fournisseurs de Mamu Construction devront finalement faire leur deuil de plusieurs millions de dollars. L’entreprise, dont le siège social était situé à Mashteuiatsh, n’a pas été en mesure de présenter à ses créanciers une proposition pour régler des dettes de 24,4 millions $ dans ce qui serait la plus importante faillite dans ce domaine au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Les créanciers n’avaient pas espoir d’obtenir une partie des montants en souffrance. L’un d’eux a indiqué au Quotidien qu’ils étaient à peine une dizaine, sur les 250 qui devront assumer des pertes, à l’assemblée des créanciers, qui avait lieu au Château Roberval, vendredi dernier. Cette entreprise de construction, qui appartient à quatre actionnaires, a accumulé des créances de 24,4 millions $ alors que son actif, au moment de se placer sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, se chiffrait à un million $.

Le Groupe Riverin a enregistré la plus importante créance avec un montant de 7,3 M $. Il avait vendu sa participation dans Mamu Construction en 2017. L’entreprise 9360-0096 Québec inc., société de gestion appartenant à Éric Larouche, de Chicoutimi, arrive au second rang pour l’importance des pertes avec une créance de 1,6 M $. Elle est suivie de l’entreprise Barrette & fils d’Alma pour des travaux d’électricité se chiffrant à 744 869 $.

Le patron du deuxième plus important créancier de la région dans cette faillite, Éric Larouche, agit également à titre d’administrateur de Construction Mamu, en compagnie de Frédéric Dubois, un joueur important dans cette entreprise, Annie Allen, de Québec, Jean-François Côté, de Cotico, une entreprise œuvrant dans l’hôtellerie à Québec, et Richard Houde, de Saint-Honoré.

Selon les informations relevées par Le Quotidien, Éric Larouche est devenu actionnaire de Construction Mamu de Mashteuiatsh quelques semaines seulement avant que l’entreprise confirme son intention de se placer sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, le 25 septembre 2018.

« Les choses ne se sont pas déroulées comme le plan d’affaires qui a été présenté. Il y a eu en plus un problème de confiance entre les actionnaires », a expliqué, au Quotidien, Éric Larouche, qui précise que tout a été fait dans les règles.

Tata Steel

D’après l’historique présenté dans le rapport du syndic de la Firme Raymond Chabot inc., les problèmes financiers de l’entreprise autochtones ont débuté en mars 2018 dans un litige avec l’entreprise minière Tata Steel. L’entreprise minière a refusé de payer des travaux, et Mamu Construction a alors connu une importante crise de liquidités.

Des problèmes additionnels sont survenus au sein de la division bâtiment et qui ont causé des pertes financières importantes, découlant d’un problème de financement majeur. Le syndic explique que ce deuxième problème a empêché les administrateurs de l’entreprise de concrétiser un plan de restructuration financière. Le projet de l’hôtel Pikogan, en Abitibi, sur le territoire d’une communauté amérindienne, a aussi tourné au drame puisque la communauté n’avait pas les liquidités pour payer l’immeuble.

Construction Mamu a tenté sans succès d’obtenir du financement auprès de la Société de crédit commercial autochtone (SOCCA).

Le Quotidien a fait des appels auprès de Frédéric Dubois, de Mashteuiatsh, sans succès.

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PLACE À CONSTRUCTION MAHIKAN INC.

Les hommes d’affaires Frédéric Dubois, de Mashteuiatsh, et Richard Houde, de Saint-Honoré, qui ont dirigé Mamu Construction, n’ont pas attendu que cette société soit mise en faillite définitivement pour repartir une entreprise sous le nom de Construction Mahikan inc.

Le Quotidien a contacté plusieurs créanciers dans l’affaire de la faillite de Mamu Construction. Certains d’entre eux ont indiqué que Richard Houde et Frédéric Dubois avaient repris les affaires, nonobstant les 24 millions $ de créances que les fournisseurs ont de fortes chances de perdre. Les actifs ou comptes à recevoir de Construction Mamu sont loin de pouvoir permettre au syndic de récupérer les sommes nécessaires pour payer tous les créanciers.

Les documents du Registraire des entreprises confirment que Construction Mahikan a été immatriculée auprès du gouvernement du Québec le 8 novembre 2018. À ce moment, les dirigeants de Mamu Construction devaient travailler à la restructuration financière de l’entreprise, selon la décision du tribunal qui avait accordé des délais aux administrateurs.

Malgré l’ampleur de la faillite de Mamu Construction, rien n’empêche ses administrateurs ou actionnaires de créer une nouvelle entreprise qui va œuvrer dans le même domaine. La société Construction Mahikan a également son siège social à Mashteuiatsh. Louis Tremblay

Le Groupe Mamu a notamment construit la Maison des aînés de Pikogan, une communauté enclavée dans la ville d’Amos.

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HISTORIQUE DE MAMU CONSTRUCTION

2008
Le Groupe Riverin de Chicoutimi fonde avec des associés de Mashteuiatsh Mamu Construction pour réaliser des contrats en territoire amérindien. Les investisseurs de Mashteuiatsh détiennent 51 % des actions

2017
Le Groupe Riverin de Chicoutimi vend sa participation dans l’entreprise. Annie Allen, de Québec (Allen entrepreneur général), entre dans l’actionnariat de l’entreprise et perd une grosse somme d’argent dans cette faillite

2018 (août)
Les inscriptions du Registraire des entreprises du Québec confirment l’arrivée d’Éric Larouche et de l’entreprise 93 060-0096 dans l’actionnariat de Mamu Construction

2018 (septembre) 

Mamu Construction se place sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité en raison de son incapacité de s’acquitter de ses obligations (24 M $)

2018 (décembre) 

Mamu Construction est réputée avoir fait une cession le 10 décembre 2018 pour ne pas avoir déposé sa proposition à l’expiration du délai accordé par le tribunal