La réglementation entourant le transport en forêt se serait grandement intensifiée, au cours des dernières années.

Des conditions peu alléchantes

Les conditions de travail des transporteurs de copeaux se seraient détériorées au cours des dernières années. Leur salaire serait en chute constante et leurs journées de travail interminables. C’est ce qui expliquerait en partie pourquoi peu de jeunes s’intéressent à la profession, d’après cinq travailleurs forestiers à qui Le Quotidien a parlé et qui ont préféré garder l’anonymat par peur de représailles.

La semaine dernière, Produits forestiers Résolu (PFR) blâmait la pénurie de main-d’oeuvre pour justifier ses problèmes d’approvisionnement en copeaux de bois à ses papetières de la région. Ce point de vue n’est cependant pas partagé par tous les travailleurs de l’industrie forestière.

« Des fois, en comptant tout, ça donne 10 $ de l’heure. [Les transporteurs de copeaux] finissent par travailler entre 60 et 70 heures par semaine donc ils s’en sortent avec un bon salaire, mais souvent, ils ont des temps d’attente et ne sont pas payés pour ça », déplore un camionneur dans le milieu depuis de nombreuses années.

Sécurité des conducteurs renforcée

Un autre travailleur forestier a fait remarquer que la réglementation entourant le transport en forêt s’était grandement intensifiée, au cours des dernières années. « On est toujours à risque d’avoir des infractions. Ça crée beaucoup de stress. En plus d’avoir un salaire bas, tu t’exposes à des amendes du ministère des Transports qui te punit parfois pour pas grand chose », critique-t-il. 

Autour de lui, ses collègues sont plus nombreux à retourner sur les bancs d’école pour se perfectionner ou encore pour changer carrément de profession. 

Négociation au coude-à-coude

Les camionneurs ne négocient pas directement leurs contrats avec Produits forestiers Résolu. Ce sont les compagnies de transport qui soumissionnent lorsque PFR émet un appel d’offres. Tous les travailleurs à qui nous avons parlé s’entendent pour dire que la compétition est féroce, même pour la main-d’oeuvre spécialisée. 

« Tout le monde a peur de parler, mais on se sent tous coincés. Les taux baissent et les salaires aussi. Pour la main-d’oeuvre qualifiée, c’est moins pire. Il reste que lorsqu’on négocie, Résolu nous donne notre contrat et tout se passe très vite. Soit ça fait, soit ça fait pas », indique un opérateur de machinerie lourde. 

Le point de vue de Résolu

Pour sa part, la multinationale assure que sa « façon d’octroyer les contrats n’a pas changé » récemment et qu’elle se doit d’être « compétitive pour continuer à offrir des tarifs avantageux sur le marché mondial ».

Son directeur principal des affaires publiques et relations gouvernementales, Karl Blackburn, précise par ailleurs que les conditions de travail des camionneurs ne dépendent pas de Résolu. 

« Les gens que nous engageons sont bien traités. Oui, on est exigeants avec nos travailleurs et nos fournisseurs, mais le marché est tellement compétitif qu’on doit faire des efforts pour garder nos prix compétitifs », souligne M. Blackburn. 

Le porte-parole de la compagnie rappelle que Résolu embauche plus de 2000 personnes dans la région, en plus des emplois indirects, et que « les conventions collectives ont été renouvelées l’an dernier ».