Des commerçants et employés de Place du Royaume s’inquiètent de la fermeture de magasins et de la menace de fermeture qui plane sur d’autres depuis la réouverture du centre commercial.
Des commerçants et employés de Place du Royaume s’inquiètent de la fermeture de magasins et de la menace de fermeture qui plane sur d’autres depuis la réouverture du centre commercial.

Des commerçants et des employés de Place du Royaume sont inquiets 

Myriam Gauthier, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Myriam Gauthier, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Des commerçants et employés de Place du Royaume s’inquiètent de la fermeture de magasins et de la menace de fermeture qui pèse sur d’autres depuis la réouverture du centre commercial il y a deux mois. L’incertitude des prochains mois en amène certains à se questionner sur leur avenir au sein du centre commercial situé à Chicoutimi.

La crise sanitaire et économique a frappé de plein fouet d’importants joueurs du commerce de détail à travers le pays. Plusieurs ont été contraints de se placer sous la protection de leurs créanciers, sont en restructuration ou ont déjà fermé certains de leurs points de vente.

Plus grand centre commercial du Saguenay–Lac-Saint-Jean, avec ses quelque 130 places d’affaires, le complexe commercial situé sur le boulevard Talbot accueille plusieurs de ces grandes bannières du secteur de la mode qui se trouvent en difficulté.

Depuis la réouverture des centres commerciaux en région le 1er juin, les locaux fermés, commerces annonçant leur fermeture ou encore l’incertitude entourant la survie de certaines boutiques préoccupe plusieurs commerçants et employés de Place du Royaume qui ont accepté de parler au Progrès de façon anonyme plus tôt cette semaine.

Photo Le Progrès, Rocket Lavoie

Plusieurs en difficulté

« Qu’est-ce qu’on va faire, si on se retrouve les seuls dans le coin ? C’est déjà dur de se remettre de trois mois de fermeture. Il n’y aura plus personne. Ça va être désert », se désole une des responsables rencontrées, disant être en plein questionnement quant à l’avenir.

La section qui comprend les magasins Best Buy, Pharmaprix et Renaud-Bray rassemble plusieurs détaillants durement touchés par la crise. Le grand local de la boutique The Children’s Place, qui a accéléré son plan de transformation, est aujourd’hui vide. Non loin de là, les grillages de la boutique DavidsTea sont fermés. L’entreprise a annoncé jeudi qu’elle ne rouvrira que sept de ses magasins au Québec d’ici la fin août.

Des ventes fermeture

Dans le même secteur du centre commercial, les boutiques Slims et Addition Elle, qui appartient à Reitmans, sont en vente de fermeture. Toujours à proximité, les détaillants Tristan, Jack & Jones et Aldo, qui possède également Spring, se sont placés à l’abri de leurs créanciers.

Ailleurs dans le centre commercial, Thyme Maternité a fermé boutique, après que Reitmans, qui détient également RW & CO, se soit aussi placé à l’abri de ses créanciers.

Photo Le Progrès, Rocket Lavoie

« Est-ce que c’est encore une bonne chose pour nous d’être dans un centre commercial ? Est-ce que ça va encore être rentable ? », se questionne une autre responsable, qui dit constater comme plusieurs une baisse d’achalandage.

Car les coûts de location du plus grand centre commercial de la région sont aussi les plus élevés. Les coûts des baux, signés parfois pour plusieurs années, varient selon l’emplacement et l’achalandage des différentes portes de l’édifice.

« Les grandes bannières attirent les gens, et s’ils sont en difficultés, tout le monde autour va en souffrir », a-t-elle ajouté.

D’autres tirent leur épingle du jeu

D’autres commerces, entreprises de services ou de biens, parviennent néanmoins à tirer leur épingle du jeu.

Photo Le Progrès, Rocket Lavoie

« Les gens n’ont pas dépensé dans les voyages, alors ils ont plus d’argent », souligne un propriétaire, qui se réjouit de voir ses affaires tourner rondement malgré la crise.


« Qu’est-ce qu’on va faire, si on se retrouve les seuls dans le coin ? C’est déjà dur de se remettre de trois mois de fermeture. Il n’y aura plus personne. Ça va être désert. »
Un commerçant

Pour plusieurs, les affaires n’ont pas repris comme avant, mais ils affirment avoir espoir que la rentrée et la période des Fêtes feront mousser leurs ventes.

Le défi de trouver de la main-d’oeuvre

La difficulté de trouver des employés demeure une situation évoquée par plusieurs boutiques. Devant le manque de main-d’oeuvre ou de relève, la fermeture est envisagée par certains dans les prochains mois.

Photo Le Progrès, Rocket Lavoie

« Si je tombe malade ou que je pars, ma boss n’a personne pour me remplacer », donne en exemple une employée d’une boutique.

« Je ne reçois tout simplement pas de CV », laisse tomber pour sa part une patronne, qui pointe du doigt la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

Pour d’autres employés, les réponses vagues obtenues quant à l’avenir représentent un lot d’inquiétudes quotidiennes. « J’ai beau demander à mon patron, je ne sais pas ce qui va se passer, s’inquiète une employée. Est-ce qu’on va fermer, déménager, réduire l’espace ? J’ai une famille à faire vivre. »

+

«UNE AUGMENTATION CONSTANTE DE L'ACHALANDAGE»

Place du Royaume dit constater une augmentation constante de l’achalandage du centre commercial depuis sa réouverture.

L’achalandage s’améliore quotidiennement, selon l’entreprise propriétaire du centre commercial, qui a bon espoir que la tendance se poursuivra.

« Nous sommes heureux que près de 100 % de nos locataires soient ouverts à ce stade-ci. Nous sommes également ravis que notre clientèle se sente de plus en plus à l’aise pour visiter le centre commercial et faire des achats à nouveau », a commenté la direction de Primaris, entreprise qui possède et gère Place du Royaume.

Questionnée par Le Progrès sur le nombre d’avis de fin de bail reçus en raison des difficultés de plusieurs entreprises de commerce de détail, Primaris a répondu qu’elle ne révélait pas les détails confidentiels entourant les baux et leur négociation.

« Outre le programme Aide d’urgence du Canada pour le loyer commercial (AUCLC), nous travaillons en étroite collaboration avec chacun de nos locataires pour traverser cette période difficile », a affirmé l’entreprise, dans la déclaration transmise par écrit.

Trop tôt pour évaluer

La situation se passe généralement bien jusqu’à maintenant du côté des centres commerciaux propriété de Sandalwood au Saguenay–Lac-Saint-Jean, a indiqué pour sa part la directrice régionale Josée Décoste.

L’entreprise possède les centres commerciaux de Place du Saguenay, à Chicoutimi, du Centre Jonquière, du Centre Alma et du Carrefour Jeannois, à Roberval, qui accueillent de 25 à 40 boutiques chacun.

Il est cependant trop tôt, estime-t-elle, pour évaluer l’impact de la pandémie de COVID-19 sur les boutiques des centres commerciaux. « On a les chiffres de juin, pas encore de juillet. Ce n’est pas assez pour savoir si les commerçants vont passer au travers », a-t-elle souligné.