Les frères Alexandre, Jérémy et Francis Leblanc, ce dernier étant absent de la photo, ont fondé il y a huit mois la Coopérative Leblanchignon. Ils tiennent ici des sacs de culture de champignons qui permettent de faire pousser des pleurotes blancs à la maison.

Des champignons à la maison

Faire pousser ses propres champignons à la maison, à portée de main pour cuisiner, grâce à la récupération de résidus de bistrots et de microbrasseries. C’est ce que propose la Coopérative Leblanchignon, une jeune entreprise d’agriculture urbaine fondée par trois frères au centre-ville de Chicoutimi.

« On veut montrer aux gens que c’est possible de faire pousser des champignons à la maison et démystifier leur utilisation », expose Jérémy Leblanc, vice-président de l’entreprise, responsable de la gestion et de la commercialisation, alors qu’il nous fait visiter leurs locaux, situés au sous-sol d’un établissement de la rue Riverin.

Sans enseigne, la présence de la jeune coopérative d’agriculture urbaine, fondée il y a huit mois, passe inaperçue sur cette petite rue située au cœur du centre-ville de Chicoutimi. Pourtant, l’endroit grouille d’activité. Les trois frères, Jérémy, Francis et Alexandre, tous dans la vingtaine, consacrent tout leur temps à leur projet d’affaires, dormant même parfois sur place.

Leur repère est le fruit de leur ingéniosité et de leur débrouillardise. La production y est entièrement artisanale, de même que la conception à faibles coûts d’une bonne partie des équipements qui se retrouvent dans le laboratoire, la serre et l’incubateur qui divisent l’espace.

Des bûches inoculées

Le trio s’était tout d’abord consacré à la production de bûches de bois inoculées, sur lesquelles poussaient des pleurotes, un champignon forestier reconnu pour sa saveur et ses qualités nutritives.

En huit mois, ils en ont vendu 800 dans la région et à Québec. Malgré la popularité du produit, ils ont toutefois décidé de mettre le projet sur la glace.

« Couper des arbres pour faire nos bûches, ce n’est pas écologique. On s’est dit que ça ne correspondait pas du tout à nos valeurs », laisse tomber pour sa part Alexandre, secrétaire et responsable de la production de la coopérative.

Aux sacs de culture

Ils ont alors préféré se concentrer, depuis environ deux mois, sur la production de sacs de culture, qu’ils appellent des « kits de culture », lesquels permettent de faire pousser des champignons en récupérant des résidus fournis gratuitement par des bistrots et des microbrasseries des centres-villes de Saguenay, explique Jérémy Leblanc.

Les champignons poussent à l’avant du sac, où se trouvent une série de minuscules perforations. Ils n’ont qu’à être cueillis une fois prêts. Les sacs de culture contiennent en fait le mycélium, soit le substrat de culture des champignons. Le mycélium fabriqué par la coopérative contient des granules de bois, du marc de café, de la drêche – le résidu issu du processus de fabrication de la bière – et la semence du champignon choisi.

« On pourrait aussi récupérer éventuellement des restes de table, mais il faudrait qu’ils soient compostés pour être utilisables », précise-t-il.

Pour l’instant, la Coopérative Leblanchignon mise sur le pleurote blanc, mais compte diversifier son offre en proposant d’autres variétés de pleurotes, telles que le pleurote bleu, rose et jaune, et en misant sur d’autres espèces comme le shiitake, l’hydne hérisson et le strophaire rouge vin.

Économies

Les sacs de culture, vendus 25 $ chacun via la page Facebook de la coopérative, donnent de trois à quatre productions espacées d’environ deux semaines chacune.

« Ça permet d’avoir des pleurotes à un prix environ 10 $ le kilo inférieur au prix en épicerie », ajoute le jeune entrepreneur.

Conscients que l’aspect des sacs de mycélium peut rebuter les non-initiés à la culture de champignons, ils travaillent présentement sur une boîte décorative qui recouvrirait le sac de culture, tout en fournissant les instructions de culture et d’entretien.

:Les champignons poussent à l’avant du sac de culture. La coopérative travaille présentement à la conception d’une boîte décorative qui recouvrira les sacs sur laquelle les instructions de culture et d’entretien seront inscrites.

L’élément déclencheur: un livre

Un guide d’identification, reçu en cadeau il y a quelques années, a éveillé la passion des frères Leblanc pour les champignons.

Guide d’identification des champignons en main, ils se sont rendus en forêt, tentant pendant de longues heures de localiser et d’identifier les champignons. Cet intérêt pour les produits de la forêt boréale n’est cependant pas sorti de nulle part.

« On allait avec notre mère en forêt faire de la cueillette quand on était jeune. On a toujours aimé ça, On a été des cueilleurs pendant une quinzaine d’années », explique le vice-président de la coopérative, Jérémy Leblanc.

Souhaitant approfondir leurs connaissances, ils ont tous les trois, ainsi que leur mère, complété par la suite une attestation d’études collégiales en gestion et services de produits fins, option produits forestiers non-ligneux et champignons. La formation est donnée par le Service aux entreprises et aux collectivités du Cégep de Saint-Félicien et du Centre d’études collégiales à Chibougamau. 

Les sacs de culture fabriqués par la coopérative sont le résultat du mélange de différents ingrédients, soit des granules de bois, du marc de café, de la drêche – le résidu issu du processus de fabrication de la bière – à laquelle la semence du champignon choisi est ajoutée.

De nombreux projets en vue

Les fondateurs de la Coopérative Leblanchignon ne manquent pas de projets. Véritables passionnés de champignons, ils souhaitent avant tout transmettre leurs connaissances sur ces organismes singuliers qui suscitent l’intérêt et la méfiance.

C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les trois frères, Jérémy, Francis et Alexandre Leblanc, ont décidé de délaisser la production de bûches inoculées pour consacrer leur énergie à la commercialisation de leurs sacs de culture.

« Les ‘‘kits’’ de culture permettent la diffusion de la connaissance », partage Jérémy Leblanc, vice-président de la coopérative.

Le jeune homme prend plaisir à présenter toutes les étapes de la fabrication artisanale des sacs et explique avec passion le processus de croissance des champignons.

Formation, initiation et transformation

Les trois entrepreneurs souhaitent d’ailleurs offrir des vidéos de formation en ligne pour ceux qui souhaiteraient approfondir leurs connaissances sur la culture de champignon. L’offre de soupers d’initiation aux différentes espèces et variétés de champignons, ainsi que l’organisation de dégustations dans le cadre d’événements spéciaux font aussi partie de leurs projets.

Le trio souhaite également transformer les champignons pour en faire différents produits, tels que des pleurotes marinés.

Des champignons… dans les plates-bandes

Les frères Leblanc ont également l’intention de miser sur l’aspect décoratif des champignons.

« On veut développer un service d’aménagement paysager pour que les gens aient des champignons qu’ils pourront aller cueillir directement dans leurs plates-bandes, souligne-t-il. Il y a des champignons qui sont vraiment beaux, colorés et ça devient alors un élément décoratif. »

Si les idées ne leur manquent pas, le financement, lui, demeure plus ardu. La jeune entreprise, qui a obtenu un soutien du Fonds d’entraide communautaire, est à la recherche de partenaires d’affaires et d’opportunités de financement pour développer la coopérative et même établir, éventuellement, un réseau d’agriculture urbaine au centre-ville de Chicoutimi.

L’utilisation de champignons comme outil d’aménagement paysager est une avenue que souhaitent explorer les trois entrepreneurs, grâce à l’utilisation de différentes espèces colorées.