Des boutiques «très chic» de cannabis

Voici ce à quoi ressemblera la fin de la prohibition du cannabis au Nouveau-Brunswick: une boutique haut de gamme avec une drogue auparavant illicite présentée dans des vitrines illuminées.

«Imaginez quelque chose qui ressemble à une bijouterie. Très chic, très moderne, très épuré», illustre le porte-parole de la Société des alcools du Nouveau-Brunswick, Mark Barbour.

«C’est là où le produit sera gardé, dans des présentoirs en vitre sous clé, et de là, la transaction sera faite et passera vers l’aire de vente», ajoute-t-il.

Avec moins de sept mois avant la légalisation du cannabis récréatif, les provinces et les territoires se démènent pour encadrer sa vente.

Trina Fraser, une avocate spécialiste en la matière, ne s’attend pas à ce que l’expérience d’achat s’apparente à celle d’une bouteille de scotch.

«Pensez au tabac plutôt qu’à l’alcool», indique-t-elle.

Le plan de vente au détail du Nouveau-Brunswick — qui semble être le plus avancé de toutes les provinces — donne un aperçu de comment les consommateurs se procureront la drogue.

Le gouvernement néo-brunswickois a tracé le plan d’un bâtiment de briques avec un auvent noir sur lequel figure le logo de CannabisNB.

Malgré son intérieur luxueux, l’entrée de la boutique tiendra compte de la prudence des autorités: des gardes de sécurité vérifieront les cartes d’identité des clients et bloqueront l’accès à ceux âgés de moins de 19 ans.

Après cette première interaction, les consommateurs traverseront une aire de réception où le personnel donnera des informations quant à la consommation sécuritaire et responsable du cannabis, de même que les règlements en vigueur.

Après s’être pliés à ces formalités, les clients seront escortés vers la lumineuse boutique de 3000 pieds carrés.

Le 1er juillet 2018, du jour au lendemain, un geste auparavant clandestin deviendra une transaction approuvée par le gouvernement, coiffée d’une taxe d’accise et de taxes à la consommation.

Des modèles de vente variés

Bien qu’il semble que la distribution et la vente en ligne de cannabis seront largement sous contrôle gouvernemental, les provinces et les territoires ont opté pour divers modèles de vente libre.

Le Québec, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard mettront en place un système similaire à celui des sociétés d’État chargées du commerce de l’alcool.

L’Alberta, Terre-Neuve-et-Labrador ainsi que le Manitoba ont pour leur part confié ce mandat au secteur privé, tandis que la Colombie-Britannique s’est tournée vers un modèle hybride.

La Saskatchewan semble pencher vers le privé, tandis que les consultations publiques à cet effet se poursuivent dans les territoires.

«Pour les provinces qui iront avec une société de la Couronne pour la vente en gros, ce sera probablement une expérience très léchée», croit Rosalie Wyong, analyste à l’Institut C.D. Howe de Toronto.

«Quelqu’un qui n’a jamais même envisagé de fumer du «pot» pourra entrer dans la boutique et se sentir à l’aise. Il y aura probablement beaucoup plus de personnel au service à la clientèle pour aider le client avec les produits et pour fournir des explications», ajoute-t-elle.

Le privé, lui, offrira probablement un plus large spectre de services, rattachés aux prix, prédit-elle. Elle estime que ce modèle ferait plus rapidement mordre la poussière au marché noir, en plus d’assurer une meilleure couverture du territoire que les boutiques gérées par le gouvernement.

La Régie des alcools de l’Ontario compte par exemple ouvrir 40 boutiques dans 14 municipalités en juillet prochain — un nombre qui, selon Me Wyong, ne saura pas répondre à la demande.

Les curieux de partout dans la province pourront cependant se procurer du cannabis en ligne.

Mais pour livrer une véritable concurrence au crime organisé, l’achat du «pot» légal devra être pratique, prévient Jenna Valleriani, une doctorante en sociologie de l’Université de Toronto qui s’intéresse à la dépendance.

«Pour les gens qui ont fait leurs achats auprès d’un ami ou d’une connaissance depuis 15 ans, ce sont des pratiques vraiment difficiles à changer, expose-t-elle. S’il faut aller dans une boutique et faire la file pendant une heure, ça va probablement dissuader les gens de s’y déplacer.»

À l’instar de la fin de la prohibition de l’alcool, les lois strictes entourant la consommation de marijuana s’assoupliront sans doute au fil des ans.

Stéréotype 

Jenna Valleriani estime que le «stéréotype du «poteux» persistera toutefois un certain temps.

«Je crois qu’il y restera beaucoup de stigmatisation résiduelle, avance l’universitaire. Je ne suis pas convaincue, par exemple, qu’un enseignant au primaire voudra qu’on l’aperçoive à la sortie d’une boutique de cannabis.»

Mme Valleriani juge toutefois qu’une bonne partie des mesures adoptées par les gouvernements ne sont pas nécessaires, comme l’obligation de garder la drogue sous clé au Nouveau-Brunswick.

«Il y a absolument une hystérie autour du cannabis à la maison et autour des jeunes», raille-t-elle.

Elle tient à souligner que la crainte que la légalisation du cannabis conduise à une montée en flèche de sa consommation n’est pas fondée.

«Il y aura initialement une petite hausse parce que ce sera nouveau pour bien des gens», reconnaît-elle toutefois.