Éric Dufour estime que l’on doit aussi se mettre dans la peau des entrepreneurs baby-boomers, eux qui doivent composer avec de nouvelles visions générationnelles, en plus d’être confrontés à un manque de relève.

De l’autocratique au collaboratif

L’enjeu humain est déterminant et les entreprises d’aujourd’hui devraient revoir leurs stratégies de gestion en fonction de l’indice du bonheur.

C’est ce que pense Éric Dufour, vice-président pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean chez Raymond Chabot Grant Thornton. Il est d’avis que les patrons ont intérêt à travailler dans le «comment ça va?» plutôt que dans le «comment ça vaut?».

«Il y a deux lettres de différence entre les mots ‘‘va’’ et ‘‘vaut’’. Ces deux lettres, T et U, forment le mot ‘‘tu’’. C’est le ‘‘tu’’ qui tue», a lancé le spécialiste en transfert d’entreprise, pour mettre en relief l’importance du capital humain.

Non sans humour, il y est allé de quelques flèches à l’endroit des porte-étendards de la génération Y, qui ne veulent plus travailler «80 heures par semaine».

«On est pris avec ces extra-terrestres-là. C’est de leur faute. Ils nous causent des problèmes ces gens-là! Ils partent à cinq heures moins vingt, les gars vont chercher les enfants à la garderie et aujourd’hui, ils sont tous au Grand défi Pierre Lavoie pendant que nous autres, on croule sous l’ouvrage au bureau!», a-t-il lâché en boutade lors d’une conférence prononcée jeudi. Il a suscité le rire de l’auditoire, puis a fait amende honorable en encensant les membres de la génération Y pour leur audace, leur vision et leurs aptitudes admirables en termes technologiques.

«Les Y et les générations qui s’en viennent vont rebâtir la démocratie politique. C’est le plus beau qui nous arrive. Ils sont en train de prendre l’horloge et nous dicter ce qu’il faut faire. Ils créent une pression sur les X et ils plaisent davantage aux baby-boomers, même s’ils font en une heure ce que nous faisons en six», a poursuivi Éric Dufour, né en 1964.

Le spécialiste a toutefois touché une corde en abordant la question de l’anxiété, «anormalement élevée chez les Y».

«Trop peu de gens prennent conscience de ce taux d’anxiété. Il faut s’en préoccuper. Il y a des moyens de l’aborder», a-t-il enchaîné, sur un ton plus sérieux.

Éric Dufour estime que l’on doit aussi se mettre dans la peau des entrepreneurs baby-boomers, eux qui doivent composer avec de nouvelles visions générationnelles, en plus d’être confrontés à un manque de relève.

«Les baby-boomers, ils ne ‘‘feelent’’ pas pantoute aujourd’hui. Ils se questionnent. Il faut comprendre ce qu’ils ont vécu. On a généré une société d’entrepreneurs baby-boomers dont la plupart ont de l’insécurité financière. Ils étaient beaucoup dans un monde autocratique alors que maintenant, on est dans un monde collaboratif. Il est très difficile pour eux de passer à d’autres étapes», a relevé Éric Dufour.