La carrière de Polycor à Saint-Nazaire produit annuellement 30 000 mètres cubes de granit pour un volume net de 4500 mètres cubes.

De la pierre régionale aux quatre coins du monde

Du granit de Saint-Nazaire de type Noir Cambrian orne des immeubles de prestige aux quatre coins du monde. Le Kruizenga Art Museum, au Michigan, la succursale de Tiffany & co. de Tokyo et le magasin Neiman Marcus de Garden City, dans l’État de New York, ne sont qu’une poignée d’exemples. Et si tout va comme prévu, Polycor, géant nord-américain de l’extraction et de la transformation de pierre naturelle, acheminera bientôt du minerai de Saint-Henri-de-Taillon sur les marchés d’Europe et d’Asie.

Directeur des opérations chez Polycor, Éric Mayer explique que la compagnie, qui détient quatre carrières actives dans la région, est de plus en plus présente à l’international. À Saint-Nazaire, Polycor extrait le granit depuis une trentaine d’années pour subvenir aux besoins de quatre principaux marchés : la décoration résidentielle, l’aménagement urbain, l’architecture et l’industrie du monument funéraire. 

«Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est une véritable forteresse pour nous. Beaucoup de gens de votre région ne le savent pas, mais ils sont assis sur le plus gros massif d’anorthosite au monde. Ici, on sort de gros blocs qui sont tranchés en diverses épaisseurs et envoyés aux clients», explique Éric Mayer, qui dirige toutes les opérations de l’entreprise au Canada. Polycor détient une trentaine de carrières en Amérique du Nord. Une dizaine d’entre elles se trouvent au Québec. Celle de Saint-Nazaire, nichée au fond du rang Carreau Gervais et surplombant les berges du Saguenay, est l’un des gisements les plus importants. Annuellement, 30 000 mètres cubes de pierre sont extraits de la carrière jeannoise, pour 4500 mètres cubes de minéral net. Le pourcentage de récupération oscille autour de 18 pour cent, une augmentation de plus de cinq pour cent en cinq ans.

Acquisitions

En 2016, Polycor a acquis deux compagnies américaines dans le but de poursuivre sa croissance et de diversifier son portefeuille. Ainsi, la minière québécoise, dont le siège social se trouve à Charlesbourg, est devenue propriétaire de Rock of Ages, une sommité mondiale du domaine funéraire, et de Swanson Granit, spécialisée dans la fabrication d’articles ornementaux destinés aux secteurs résidentiel et commercial. L’achat de ces deux entités a permis à Polycor, l’année suivante, d’augmenter son indice de rentabilité de 15 pour cent. Le chiffre d’affaires de la compagnie atteint aujourd’hui 150 millions $. 

«Il y a des créneaux en demande où on était absents. Les États-Unis étaient très forts au niveau de la vente funéraire, et notre but était d’avoir une synergie et d’être présents dans tous les secteurs du marché», note Éric Mayer.

De l’avis du directeur, l’économie va bien, ce qui permet à Polycor de poursuivre sur sa lancée. Qu’il s’agisse de comptoirs de granit, de manteaux de foyers, de tuiles de plancher, de matériaux destinés aux façades extérieures de bâtiments ou de pierres tombales, Polycor appose sa marque. L’industrie funéraire demeure un marché stable pour la compagnie. La population vieillit, mais les rites changent. L’industrie de la construction est soumise à des aléas économiques et structurels. L’acquisition d’entreprises américaines a donc permis à Polycor d’assurer ses arrières en se tournant vers une variété d’avenues. 

«On est en constante évolution et on essaie toujours d’influencer le marché. On a une équipe de chargés de projets qui travaillent auprès d’architectes et de designers. On a aussi des gens qui sont toujours à l’affût des gros projets. On essaie d’influencer les tendances. Il y a beaucoup d’offres sur le marché mondial, et on est dans les plus chères au monde parce qu’on ne fait pas de dumping et qu’on offre un produit de qualité. On influence à la base et c’est un peu ça notre spécialité», affirme Éric Mayer.

Encore 100 ans de potentiel minier à Saint-Nazaire

Éric Mayer convient que le nom de Polycor circule peu, principalement parce que l’entreprise ne fait pas dans le commerce au détail. 

Pourtant, ici même au Saguenay-Lac-Saint-Jean, à Saint-Nazaire plus précisément, environ 80 travailleurs fourmillent à l’intérieur et au pourtour d’un immense trou de 200 pieds creusé dans le sol, où des mastodontes de roc sont extraits pendant neuf mois de l’année. En Amérique du Nord, Polycor emploie 800 personnes, dont la moitié se trouve au nord de la frontière canado-américaine.

«On veut faire circuler le nom et se faire connaître encore plus. On a quatre carrières en exploitation dans la région (Saint-Nazaire, Saint-Ludger-de-Milot, Chute-des-Passes et Saint-Henri-de-Taillon), mais on en a deux autres qui sont prêtes à être exploitées selon les tendances du marché», dit Éric Mayer, qui porte le chapeau de directeur des opérations. Il précise que la maison mère du géant automobile Hyundai, en Corée, pourrait éventuellement être ornée de pierres de type Canadian Violetta en provenance de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix. 

«La région du Lac-Saint-Jean est privilégiée pour sa géologie. Quand il y a de la pierre du lac qui se retrouve sur des immeubles en Chine, il y a une fierté reliée à ça», poursuit le directeur, qui reçoit fréquemment des appels de régionaux qui pensent avoir déniché des échantillons de minéraux de grande valeur. 

Pour 100 ans encore

Éric Mayer croit que le sous-sol de Saint-Nazaire recèle, encore aujourd’hui, un excellent potentiel et que la ressource pourra être extraite pendant encore une bonne centaine d’années. D’ici là, Polycor caresse plusieurs projets sur le territoire du Royaume, dont un majeur en sol jeannois au sujet duquel Éric Mayer préfère demeurer discret. Ce dont il peut parler, en revanche, est la construction prochaine d’une usine de revalorisation des résidus de pierre, tout près de la carrière. Ces installations permettront à Polycor de vendre des pièces de granit trop petites ou peu adaptées aux applications auxquelles le minerai est destiné. Ce projet sera créateur de quelques emplois. Polycor, dont le chiffre d’affaires a plus que doublé en quatre ans, souhaite aussi faire son entrée en bourse en 2018.