Le fat bike électrique est devenu l’une des spécialités de Cycles Amadeus, un commerce établi depuis huit ans au centre-ville d’Arvida. Le propriétaire de Cycles Amadeus, Jean Simard, pose avec son collègue et futur associé Félix Joncas.

Cycles Amadeus: Jean Simard, mouton noir du vélo

Mozart était le mouton noir de la musique classique, dit Jean Simard, propriétaire de Cycles Amadeus, une boutique qui a pignon sur rue au centre-ville d’Arvida. C’est un peu en guise de pied de nez à une industrie où certaines façons de faire sont bien ancrées que l’amoureux d’ingénierie, d’art et de cyclisme a ouvert son commerce il y a bientôt huit ans.

Jean Simard se définit lui-même comme « une drôle de bibitte ». Quand il était tout jeune, il errait, infatigable, dans les parages du défunt magasin Sporama de la rue Saint-Dominique, à Jonquière, fasciné par ces machines à deux roues mues par une mécanique intrigante.

« J’étais le petit fatigant qui était tout le temps là et qui n’arrêtait pas de poser des questions. Je les harcelais constamment, alors ils ont commencé à me donner des petites ‘‘jobbines’’ dans leur atelier de réparation. Vers 1996-1997, j’ai commencé à travailler pour eux officiellement comme mécanicien. Je faisais de la réparation et de l’entretien de vélos et je faisais aussi l’assemblage pour des compagnies comme Walmart et Canadian Tire », relate l’entrepreneur de 34 ans, rencontré dans l’arrière-boutique de son commerce du Carré Davis. Le magasin est facile à repérer puisqu’un vélo trône en façade, vissé au mur en guise d’enseigne. 

Cette passion est devenue omniprésente, et Jean Simard a voulu parfaire ses connaissances. Il a quitté la région pour Montréal dans le but d’évoluer auprès de Gisueppe Marinoni, illustre le cycliste et chef de file québécois dans la fabrication de vélos.

« Je voulais vraiment apprendre l’art de fabriquer des vélos. J’avais commencé à faire mes propres cadres pour le fun », raconte-t-il.

Après avoir passé 18 mois en génie mécanique, Jean Simard avait l’intention de se diriger vers des études en design industriel à Montréal. Il a dû réviser ses plans lorsqu’il a appris qu’il deviendrait bientôt papa d’une petite fille. Celui qui détenait déjà un DEC en arts a été nommé chargé de projet chez Marinoni et avait pour principale tâche d’usiner des vélos sur mesure. 

Artisan

De retour dans sa région natale, Jean Simard voulait vivre de sa passion et de son art. Lorsqu’il a ouvert Cycles Amadeus en 2010 –le huitième anniversaire sera célébré le 1er mai –, il avait envie de faire les choses différemment et de se démarquer par l’entremise de son service personnalisé et grâce aux vélos sur mesure. L’électrique est devenu l’un de ses dadas et un créneau pour lequel son commerce est dorénavant reconnu. Avec son collègue Félix Joncas, qui deviendra bientôt actionnaire de l’entreprise, Jean Simard s’attaque à tous les problèmes, peu importe leur nature. Qu’il s’agisse d’un bris ou d’une défectuosité sur un vélo de route, de montagne ou électrique, il a une solution à offrir. Il arrive souvent à Jean Simard de régler des pépins pour ses clients après l’échéance des garanties, sur une batterie par exemple, en contournant des mécanismes mis en places par des manufacturiers dissuadant quiconque de s’y aventurer. 

« Les gens viennent chercher une expertise différente ici. On est l’une des rares shops d’artisans où on répare les problèmes des autres. On est vraiment dans les solutions sur mesure. Tous les besoins des clients qui sont hors norme, c’est chez nous. Tout ce qui est bizarre, c’est chez nous. Ça prend des marginaux dans l’industrie. Mon but, c’est de pouvoir offrir du sur mesure de A à Z. L’industrie n’est pas encore là, et c’est un peu mon pied de nez d’arriver avec cette philosophie-là », fait valoir celui qui a fait de ses compétences en cyclisme et de ses talents d’ingénieur, un amalgame lui permettant de fabriquer des produits tous azimuts. 

Il s’est notamment démarqué avec ses vélos électriques à roues surdimensionnées (fat bike). « C’est un nouveau sport qui fait beaucoup d’adeptes. On a une clientèle formée de jeunes, mais on a aussi beaucoup de baby-boomers qui s’intéressent au fat bike électrique. Il y a des personnes d’un certain âge qui ne veulent plus rester prises dans le bois avec un VTT et qui veulent trouver un compromis entre sport et véhicule motorisé », dit Jean Simard. Le proprio continue de travailler au développement de ce type de bécane. En plus de vendre des vélos électriques à roues surdimensionnées, Cycles Amadeus possède aussi une flotte d’engins disponibles en location pour l’événementiel. 

« C’est mon jouet », note celui qui a aussi fabriqué des rat bikes. Le principe d’origine du rat bike est le dépouillement du véhicule pour le transformer en sa plus simple expression. 

Jean Simard, qui maîtrise aussi la technique de l’airbrush, passe la plupart de ses temps libres à élaborer de nouveaux prototypes ou à développer ses produits. Pour l’anniversaire de sa fille de 9 ans qui, étonnamment, n’aime pas le vélo. Il planche sur un projet de trottinette électrique.


« Les gens viennent chercher une expertise différente ici. On est l’une des rares shops d’artisans où on répare les problèmes des autres. On est vraiment dans les solutions sur mesure. »
Jean Simard

Un secret bien gardé

L’entreprise Cycles Amadeus n’a pas l’intention de quitter le centre-ville d’Arvida pour aller se placer au milieu d’un centre urbain.

Jean Simard veut plutôt rester là où il a pignon sur rue, du moins pendant quelques années encore, le temps de continuer d’accroître son fonds de roulement et faire fleurir l’entreprise. Après coup, il aimerait déménager dans un bâtiment qui lui appartiendra, où il implantera son atelier de réparation et d’usinage. Le futur immeuble sera fort probablement érigé dans la cité du métal gris, le seul secteur de Saguenay, croit Jean Simard, où il est encore possible pour la clientèle de rencontrer le propriétaire de chaque commerce sur le plancher. 

Ce « marginal » de l’industrie de la vente et de la réparation de vélos en région a un plan d’affaires rédigé à la virgule près et sait très bien compter. Lorsqu’il donnera le coup d’envoi à la construction de son futur atelier, c’est parce qu’il aura en poche au moins la moitié de la mise de fonds nécessaire.

Investissement 

Récemment, Jean Simard a investi 100 000 $ pour le développement de sa boutique. Il se réjouit de voir que sa vision, couplée à la volonté de sa minuscule équipe de prendre n’importe quel problème de front, dans l’intérêt des clients, est une approche qui plaît aux consommateurs.

« Quand on a ouvert ici, les fournisseurs étaient réticents à s’associer avec nous parce qu’on ne voulait pas avoir un gros inventaire de vélos sur le plancher. Ils nous disaient non. On s’est butés à ça. C’est grâce à un prêt de 10 000 $ sans intérêt de Marinoni échelonné sur quatre ans et 85 000 $ de matériel mis en consigne dans la boutique qu’on a pu démarrer. On a décidé d’y aller un marché à la fois, à la hauteur de nos capacités. On est souvent la dernière boutique que les clients vont découvrir. Les gens disent : ‘‘Vas voir à Arvida, ils vont peut-être pouvoir faire quelque chose pour toi’’ », explique Jean Simard, qui aimerait que soit développée, ici en région, une formation en gestion de boutique de sport et en mécanique de vélo. 

Les sciences infirmières, la gestion des ventes, le marketing et le génie mécanique pourraient être jumelés pour développer un programme en formation professionnelle ou, dans un monde idéal, de l’avis de l’entrepreneur, au cégep.

« Il faut que la profession soit reconnue. Mais l’industrie n’en veut pas parce que ça aurait pour effet de faire augmenter les salaires, et ça créerait un filet social », pointe Jean Simard, qui a récemment restauré un bolide électrique à trois roues K1 appartenant à un client de la région.