En 2015, la Société des alcools du Québec soupçonnait l’individu d’avoir réalisé une transaction non conforme, lui octroyant des centaines de dollars, et par la suite d’avoir modifié à la hausse le montant annuel de son rabais d’employé.

Congédié pour avoir fraudé la SAQ

Un ancien bras droit à la direction d’une succursale-dépôt de la SAQ a été remercié après avoir contourné «en catimini» les règles du programme de rabais aux employés. L’objectif était de se rembourser des centaines de dollars.

Selon des documents du tribunal d’arbitrage, dont Le Soleil a obtenu une copie, le travailleur en question cumulait 25 ans d’ancienneté dans une succursale-dépôt de la SAQ à Montréal. Selon l’enquête, «le salarié a agi de la sorte parce qu’il avait besoin d’argent». Lors des événements, il occupait le titre de coordonnateur principal aux opérations, soit le plus haut poste syndiqué avant la direction.

Comme tous les employés de la société d’État, il profitait de certains avantages financiers lors de l’achat de vins ou de spiritueux. Son rabais était de l’ordre de 40 %. Annuellement, il pouvait acheter au maximum avec le programme des employés 1625 $ de produits, pour un escompte de 650 $. Après ce montant, le rabais ne s’appliquait plus. Et, selon les règlements à l’interne, le privilège ne pouvait pas servir à une autre personne que le travailleur. 

Soupçons dès 2015

L’histoire débute en 2015, toujours selon les documents du tribunal. La SAQ soupçonne alors l’individu d’avoir réalisé une transaction non conforme, lui octroyant des centaines de dollars, et par la suite d’avoir modifié à la hausse le montant annuel de son rabais d’employé. Les événements se sont produits les 25 et 26 novembre 2015. La SAQ le soupçonne aussi d’avoir fait profiter en février 2016 une tierce personne de ses privilèges comme travailleur. 

En mars 2016, la société d’État choisit de relever de ses fonctions le coordonnateur principal afin de réaliser une enquête menée par le service de prévention des pertes et sécurité d’entreprise. Il est finalement congédié en mai.

Durant l’enquête, l’individu en question a reconnu avoir demandé à une employée d’accorder à la caisse son rabais à une de ses amies. Il a toutefois souligné qu’il achetait lui-même la bouteille de vin, «mais il ne voulait pas aller chercher son argent dans son portefeuille», peut-on lire dans les documents de la cour. Il affirme avoir remboursé son amie par la suite.

Pour le remboursement de centaines de dollars, alors que les directeurs avaient quitté l’établissement, l’ancien salarié de la société d’État a rapporté après son quart de travail en novembre 30 bouteilles — «achetés avec le rabais des employés» — de spiritueux d’une valeur de 1006,05 $. Il n’avait plus la facture. Il a tout de même décidé d’effectuer manuellement son remboursement en affirmant avoir obtenu l’autorisation de ses patrons. Ce qui n’était pas le cas, selon l’enquêteur. Il s’agissait également d’une procédure non conforme.

«Vous avez donc pris l’initiative de procéder tout de même au remboursement en contournant le système informatique afin de simuler l’ajustement à la hausse de votre escompte d’employés à l’aide d’escomptes saisis manuellement, vous octroyant ainsi la somme de 603,63 $», peut-on lire dans la lettre de congédiement. L’argent a été déposé sur sa carte bancaire. «Le lendemain [...], vous avez procédé, à la fin de la journée, suite au départ des gestionnaires, à une transaction d’achat fictive inversant votre transaction de la veille. Ensuite, vous avez à nouveau procédé seul à un remboursement avec un ajustement à la hausse de votre escompte d’employé de 402,42 $».

L’un des responsables au dossier dans l’enquête souligne que les transactions du travailleur impliqué «constituent de la malversation, de la fraude». D’ailleurs, sept bouteilles du lot achetées avant l’année budgétaire 2015-2016 n’ont pu être retrouvées dans le système. 

Les semaines suivantes, les problèmes financiers de l’individu semblaient réglés, car il a utilisé la majorité de ses escomptes, stipule l’enquête.

Mécanismes de sécurité

Du côté de la SAQ, on affirme avoir mis en place au cours des dernières années plusieurs mécanismes de sécurité afin d’éviter des fraudes avec le programme de rabais aux employés.

«Nous n’avons pas eu besoin d’attendre cette décision du tribunal pour être vigilants. Nous avons plusieurs mesures en place au quotidien afin de nous assurer que notre gestion est bien respectée», indique Éliane Hamel, directrice des affaires publiques et des communications à la SAQ. «Il y a très peu de cas comme ça qui nous sont rapportés. Ce n’est pas un problème chez nous. Ce n’est pas un phénomène qui nous inquiète», conclut-elle.