Les artisans Danielle Tremblay et Gilles Bergeron, propriétaires de Conception cuir, ont ouvert vendredi une boutique sur la rue Victoria, à La Baie.

Conception cuir: pignon sur rue à La Baie

L’entreprise Conception cuir, installée à Arvida depuis près de deux décennies, a bien failli élire domicile à La Baie il y a quelques années. Le projet n’a pu voir le jour pour une pléiade de raisons. Mais comme tout vient à point à qui sait attendre, les propriétaires Gilles Bergeron et Danielle Tremblay font maintenant du rêve une réalité.

Cette semaine, les deux artisans, partenaires en amour comme en affaires, ont officiellement acquis l’immeuble centenaire qui abritait autrefois la Mercerie Marcel Paré. Le bâtiment de la rue Victoria, voisin du Café Summum, appartenait aux hommes d’affaires Steeve Gagnon et Louis-Clément Tremblay.

Après avoir reçu le soutien de Promotion Saguenay, un prêt de 40 000 $ de la Société d’aide au développement de la collectivité (SADC) et l’aiguillage d’un nouveau comptable, Gilles Bergeron et Danielle Tremblay étaient dorénavant fins prêts à faire le saut vers le village portuaire. Une poignée de propriétés ont été retenues en vue d’installer les nouveaux quartiers de Conception cuir. Malgré les attributs de certains bâtiments du coin, c’est l’ancienne boutique de vêtements pour hommes qui a fait flancher les entrepreneurs.

« Au mois d’avril, quand on est arrivés au coin de la rue et qu’on a vu la façade, Gilles a dit : ‘‘Danielle, c’est ça ! ’’. On a eu un véritable coup de coeur pour cette bâtisse-là. On était tout à l’envers. On n’a pas dormi de la nuit », raconte Danielle Tremblay, qui se spécialise dans le dessin en relief sur cuir. La renommée de Gilles Bergeron n’est plus à faire. Le père de la boutique Les Mains agiles, ouverte dans les années 70, a fait de la fabrication et de la restauration de meubles son champ de compétences.

Après l’émotion, la tête froide était de mise pour piloter le déploiement de ce projet de relocalisation qui allait mobiliser le couple pendant quelques mois.

Encore aujourd’hui, alors que Conception cuir s’apprête à accueillir ses premiers clients en marge du festival baieriverain La FouART, du 31 août au 2 septembre, Danielle Tremblay et Gilles Bergeron sont plongés dans la transformation du local et dans l’installation de présentoirs.

Depuis vendredi, la communauté a donc l’occasion de voir les produits de Conception cuir, aussi diversifiés que singuliers, et de découvrir le commerce sous son nouveau jour.

La galerie-boutique, qui organisera une inauguration officielle cet automne, sera ainsi ouverte à temps pour le coup d’envoi de la saison des bateaux de croisières.

Les deux artisans seront épaulés de couturières et de rembourreurs.

Danielle Tremblay, habitée d’une agitation contagieuse, lorsque rencontrée jeudi, a très hâte de présenter son commerce à la population, de rencontrer les touristes et de faire valoir son offre artistique dans toute sa splendeur.

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VINGT ANS À ARVIDA

Les citoyens de Jonquière et les automobilistes qui empruntent régulièrement le boulevard du Royaume, dans le secteur Arvida, ne sont pas étrangers à la présence de cette singulière maison à étages, bleu ciel, agrémentée d’une fresque recouvrant l’ensemble du bâtiment. 

Jusqu’à tout récemment, c’est à cet endroit que Conception cuir tenait boutique, sur trois étages. La configuration des lieux n’était pas idéale pour Danielle Tremblay, qui a subi une opération au dos, et qui devait sans cesse gravir et descendre des escaliers. De plus, la présence d’une salle d’exposition à proprement dit, permettant d’accueillir les clients, manquait à l’entreprise.

« Quand j’accueillais les gens, j’étais gênée de ne pas avoir de vraie boutique et je passais mon temps à m’excuser », raconte Danielle Tremblay, qui fabrique notamment des sacs à main, des porte-documents et des sacs de voyage. La maison du boulevard du Royaume a été mise en vente. Conception cuir détient aussi une petite boutique-galerie sur la rue De Buade, à Québec, depuis quelques années.

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UNE VITRINE POUR D'AUTRES ARTISANS 

Les premières démarches des copropriétaires de Conception cuir en sol baieriverain, il y a huit ans, ont laissé Danielle Tremblay avec un sentiment de fatigue et une certaine amertume. 

Le désir du couple de se relocaliser dans un nouvel atelier, plus pratique et plus spacieux, a donc bien failli l’emmener sous d’autres cieux. Ceux de Charlevoix, entre autres, où le charme de Baie-Saint-Paul a presque fait succomber Gilles Bergeron et Danielle Tremblay. Cela dit, le village des croisières est redevenu une option incontournable l’hiver dernier. Les entrepreneurs, bien entourés par des représentants de Promotion Saguenay, se sont sentis portés par un vent nouveau, semblable à celui qui souffle sur la baie des Ha ! Ha ! , gestante de navires à l’automne. 

« Ça faisait des années qu’on cherchait. On a même pensé s’en aller ailleurs. Finalement, on a eu un coup de coeur et on est heureux de rester en région. C’était important pour nous parce qu’on est une entreprise d’ici. Là où c’est le plus chaleureux, sympathique et pittoresque, là où les paysages sont les plus grandioses, c’est ici. On est entourés de choses faites ailleurs. Pourquoi ne pas s’entourer de choses faites chez nous ? », lance Danielle Tremblay, le sourire éclatant. 

L’artisane, qui a réquisitionné une petite portion de cet espace pour remercier de façon officielle Steeve Gagnon, qui est à l’origine d’un prêt de 100 000 $ visant à faciliter l’acquisition de l’immeuble centenaire, a moult raisons d’être heureuse. En plus de créer le premier « placottoir » du Saguenay, en porte-à-faux à sa boutique, elle offrira, dans son enceinte, une place de choix à des artistes chouchous. Ils seront du Royaume ou d’ailleurs. Déjà, les noms de Sylvain Tremblay, de Carla Morales, d’Esther Jones et d’Harold Bouchard font trembler les lèvres de la créatrice. 

Le projet d’implantation de Conception cuir sur la rue Victoria a nécessité un investissement de 320 000 $. Dans un premier temps, le commerce n’occupera que le rez-de-chaussée, avec la présence de la salle d’exposition, d’un entrepôt et des ateliers de création et de restauration. Mais plus tard, cette créature bicéphale pourrait étendre ses tentacules jusqu’aux étages supérieurs du bâtiment, dont les vitrines, comme ce fut le cas tout au long de sa première vie, regorgeront encore de belles parures.