Cogeco: Altice et Rogers ne jettent pas l'éponge

Julien Arsenault
La Presse canadienne
MONTRÉAL — Même si la famille Audet a jusqu’ici repoussé les avances d’Altice USA et Rogers, les deux entreprises ne semblent pas vouloir jeter l’éponge dans le cadre de leur quête visant à acquérir Cogeco et Cogeco Communications pour ensuite s’en partager les actifs.

«C’est un marathon et non un sprint et nous sommes engagés à tenter d’en arriver à un dénouement», a affirmé mercredi le chef de la direction de la société américaine, Dexter Goei, dans le cadre d’une conférence virtuelle destinée aux investisseurs organisée par Merrill Lynch/Bank of America.

Quelques heures auparavant, le chef de la direction de Rogers Communications, Joe Natale, qui participait également à l’évènement dans le cadre d’une séance virtuelle distincte, a réitéré que le géant ontarien des télécommunications était toujours « engagé » à l’endroit de la proposition non sollicitée de 10,3 milliards dévoilée la semaine dernière.

Néanmoins, MM. Goei et Natale, qui s’exprimaient publiquement pour la première fois depuis le dévoilement de l’offre, ont refusé de préciser les moyens qu’ils pourraient prendre dans le but de convaincre la famille Audet de changer son fusil d’épaule.

«Nous effectuerons une sortie afin d’offrir le fruit de notre réflexion», a dit M. Natale, qui a également fait valoir que Rogers pourrait être un «partenaire» du Québec si une transaction venait à se concrétiser, notamment en contribuant aux investissements dans l’infrastructure des télécommunications, particulièrement dans les régions rurales.

L’appui de Gestion Audem, la société de la famille Audet, est essentiel afin qu’une transaction se concrétise. Celle-ci contrôle, grâce à ses actions à droit de vote multiple, 69 % des votes chez Cogeco et 82,9 % du côté de Cogeco Communications. Lundi, le président exécutif de la société québécoise et représentant de la famille, Louis Audet, a affirmé que le refus de la semaine dernière ne constituait « en rien une position de négociation » et qu’il était « définitif ».

Altice USA a dans sa mire Atlantic Broadband, la division américaine de Cogeco, dans laquelle la Caisse de dépôt et placement du Québec détient une participation de 21 %. L’entreprise américaine aurait par la suite cédé à Rogers, pour environ 4,9 milliards, les activités canadiennes de la société québécoise. Cela permettrait à Rogers, dont la tentative d’achat de Vidéotron avait échoué en 2000, de s’implanter davantage au Québec.

On offrait 800 millions à la famille Audet en échange de ses actions à droit de vote multiple.

M. Natale a expliqué que c’est Altice USA qui a approché Rogers, qui détient respectivement 41 % et 33 % des actions subalternes des deux sociétés québécoises par l’entremise d’une participation qu’elle a commencé à bâtir depuis 2000.

«Rogers souhaite évidemment se concentrer sur le Canada et ne s’intéresse pas aux États-Unis et vice-versa, a pour sa part affirmé le grand patron de la compagnie américaine. C’est le partenaire parfait.»

Pour certains analystes financiers, le refus de la famille Audet pourrait inciter Rogers à se départir de ses actions dans Cogeco et Cogeco Communications. Dans une note publiée mardi, Adam Shine, de la Financière Banque Nationale, avait toutefois signalé que le marché pourrait avoir de la difficulté à digérer la vente d’autant d’actions d’un seul coup.

À la Bourse de Toronto, le titre de Cogeco a clôturé à 89,59 $, en hausse de 1,38 $, ou 1,56 %, tandis que celui de Cogeco Communications a terminé la séance à 109,33 $, en progression de 2,58 $, ou 2,42 %.

Ces niveaux demeurent supérieurs aux cours de clôture respectifs — 78,98 $ et 99,27 $ — de mardi de la semaine dernière, à la veille du dévoilement de la proposition d’achat. Altice USA et Rogers offraient 106,53 $ pour chaque action de Cogeco et 134,22 $ pour chaque titre de Cogeco Communications.