Jaser de son salaire demeure un tabou

Dans un monde du travail qui valorise de plus en plus la transparence, il existe une nette impression que le salaire ne fait pas partie de l’équation... Encore aujourd’hui, jaser de son salaire en milieu de travail au Québec demeure un tabou pour plusieurs.

Alors que les Québécois sont, pour la plupart, à l’aise de discuter de leur salaire avec leur conjoint (83 %) et leur famille (75 %), ils le sont bien moins avec leurs amis (62 %) et leurs collègues (54 %), selon un sondage rendu public en janvier 2016 par l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec (CRHA).

« Bien que ce soit encore un sujet tabou aujourd’hui, ce que nous encourageons de plus en plus comme pratique, c’est que les organisations affichent les échelles de salaire quand elles font du recrutement, ce qui n’était pas ou très peu le cas auparavant », avance Manon Poirier, CRHA, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.

Le fait de rendre les salaires publics peut constituer pour une entreprise une étape de plus vers l’atteinte d’un objectif d’ouverture. Selon Mme Poirier, la transparence en matière de rémunération permet de réduire l’impression d’iniquité qui est colportée par les rumeurs et par les fausses perceptions.

Pour des pratiques équitables

Ce souci de transparence devra toutefois reposer sur des pratiques équitables et sur une communication adéquate afin de susciter des effets positifs, ce qui amènera certainement une bonne dose de confiance envers l’employeur et à son processus interne concernant l’équité.

Une entreprise américaine, Buffer, a par ailleurs été citée, car elle a décidé de diffuser sur le Web la liste des salaires de ses employés, incluant ceux de la direction. Cette liste est accompagnée de l’équation qui explique pourquoi un employé gagne tel salaire.

Toujours selon Manon Poirier, il s’agit d’une pratique qui pourrait voir le jour au Québec. « C’est toutefois une pratique encore marginale, mais elle pourrait émerger et permettre de voir ce que cela crée de positif chez les employés », ajoute-t-elle.

Une étude révélatrice

Une étude américano-israélienne, dévoilée au printemps 2014, soutenait pour sa part que les employés ont souvent intérêt à discuter du montant de leur rémunération. Les auteurs de l’étude intitulée Signaling in secret : Pay for Performance and the Incentive and Sorting Effects of Pay Secrecy, avançaient notamment que « lorsque les salaires sont secrets, l’incertitude quant aux échelons salariaux plane. Les employés sont du coup moins nombreux à penser qu’une meilleure performance sera accompagnée d’un meilleur salaire ».

Les auteurs révélaient entre autres que « les travailleurs perçoivent le secret entourant les salaires comme étant de l’opportunisme de la part de leur employeur, une manière de les manipuler ».

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