Jean Duplain, consultant en stratégie numérique, estime que des investissements importants doivent être faits dans la région afin de soutenir l’industrie numérique, qui accuse un retard d’au moins cinq ans sur le reste de la province, selon son estimation.

Numérique: un retard urgent à rattraper

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean doit mettre les bouchées doubles afin de développer son industrie numérique, qui accuse au moins cinq ans de retard par rapport au reste de la province, selon Jean Duplain, consultant en stratégie numérique.

« Si on veut y arriver, il va falloir accélérer, soutient-il. Ça va prendre des investissements. Ça va prendre surtout des gens, des décideurs, qui veulent s’investir là-dedans et qui veulent en parler. »

Les élus, estime-t-il, doivent insuffler un leadership clair dans ce dossier et mettre de côté la « stratégie des petits pas », soit l’addition de projets et d’actions à court terme, sans vision d’ensemble.

Le consultant s’appuie notamment sur une étude de la Banque de développement du Canada (BDC), publiée à la mi-octobre, qui démontre, selon lui, l’urgence de la situation. La BDC y fait état de la « faible maturité numérique » des entreprises canadiennes, qui peinent, dans plusieurs cas, à prendre le virage numérique.

« Si la BDC dresse ce bilan pour l’ensemble du Canada, imaginez-vous, quand on arrive à Saguenay, à quel point on est en retard », laisse-t-il tomber, en entrevue avec Le Quotidien, rencontré dans le nouvel espace de travail partagé Le Bureau – Milieu d’affaires, situé sur la rue Racine, au centre-ville de Chicoutimi.

Jean Duplain, consultant en stratégie numérique, estime que des investissements importants doivent être faits dans la région afin de soutenir l’industrie numérique, qui accuse un retard d’au moins cinq ans sur le reste de la province, selon son estimation.

Comme plusieurs autres intervenants du milieu, Jean Duplain dit sentir une effervescence autour de l’industrie numérique dans la région, depuis l’arrivée d’un studio d’Ubisoft à Saguenay. L’annonce, à l’automne 2017, semble avoir ouvert les yeux de plusieurs sur le potentiel qu’offre la région pour attirer cette industrie, notamment au chapitre de la qualité de vie.

La région n’est toutefois pas en mesure, à l’heure actuelle, d’aller chercher sa part du gâteau des investissements disponibles, déplore-t-il.

« Montréal, présentement, est en train d’aspirer tout ce qui se fait comme investissement dans le numérique. Nous autres, on ne va pas chercher notre part là-dedans et il n’y a pas une semaine sans qu’il y ait des appels à projets pour des investissements. Il faut être là, il faut être là toutes les fois. »

Élaborer une vision commune

Impliqué professionnellement et bénévolement dans plusieurs projets, dont le regroupement Saguenay ville intelligente, Jean Duplain a décidé de se lancer à son compte comme consultant, lui qui œuvrait jusqu’à tout récemment à titre de responsable des communications pour Optania, une entreprise de Chicoutimi spécialisée dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Celui qui détient une formation en informatique espère ainsi pouvoir contribuer activement au développement de l’industrie numérique dans la région et amener les différents acteurs du domaine à laisser de côté leurs intérêts corporatifs pour plutôt en arriver à l’élaboration d’une vision commune.

Des retombées importantes

Jean Duplain estime que la région a tout avantage à miser sur l’industrie numérique, qui est peu coûteuse en matière d’infrastructures et peu polluante, comparativement au secteur manufacturier, moteur traditionnel de l’économie régionale, et qui crée de moins en moins d’emploi en raison de l’augmentation de la productivité permis par les nouvelles technologies.

« Les retombées économiques, l’argent qu’il y a à aller chercher là-dedans, ça n’a aucune commune mesure avec les projets industriels. C’est beaucoup plus payant de faire des projets numériques », conclut-il.

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SEPT MESURES CONCRÈTES

1. Augmenter l’attractivité des métiers du numérique

La région doit, grâce à l’éducation, développer une expertise diversifiée et se doter d’une main-d’œuvre qualifiée.

Le nombre de développeurs Web, de responsables marketing et réseaux sociaux, d’analystes en veille stratégique, de webmestres et édimestres, ainsi que de conseillers en affaires électroniques, entre autres, doit être augmenté, énumère Jean Duplain.

2. Attirer plus d’étudiants étrangers

Pour répondre au manque de main-d’œuvre, la région devra tabler sur l’attrait de davantage d’étudiants étrangers pour répondre aux besoins de l’industrie du numérique.

Les opportunités d’emploi devront également être au rendez-vous. «Il faut trouver un moyen de les garder ici», expose le consultant.

3. Mettre en place un écosystème favorable

La mise en place d’un écosystème favorable au numérique passe par le soutien des jeunes entrepreneurs, mais aussi, principalement, par un accès facilité au financement de risque pour les entreprises du numérique, elles qui ont peu d’actifs tangibles à offrir en garantie, explique M. Duplain.

Il cite en exemple un nouveau fonds de financement de 250 M$ annoncé récemment par la Banque de développement du Canada pour aider les PME à accélérer leurs investissements dans des actifs intangibles.

«C’est toute une nouvelle façon de repenser nos investissements. Il faut que les banques et les caisses investissent dans l’avenir de notre région. […] Il va y avoir un virage à faire, et on va avoir besoin de leur aide.»

4. Accompagner les entreprises

La création de programmes visant à accompagner les entreprises dans leur transformation numérique permettrait d’arrimer le développement Web aux besoins concrets des entreprises, croit en outre le consultant.

5. Favoriser les projets structurants

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean devra développer une expertise pour se démarquer dans l’industrie numérique. «On ne pourra pas tout faire non plus, mais dans certains créneaux, il faut être capable de se mettre en évidence», estime-t-il.

6. Impliquer la population

La population doit être impliquée dans le processus le plus tôt possible. «C’est fini, le temps où on imposait des projets à la population, plaide-t-il. […] L’urgence, c’est de penser en dehors de la boîte, ouvrir de nouvelles possibilités pour nos jeunes et penser que notre économie peut s’articuler autrement.»

7. Faire rayonner la région

Faire connaître les initiatives et réalisations régionales contribuera ensuite au réseautage des acteurs et à l’émergence de nouveaux projets et maillages, croit finalement le consultant.