Miser sur l’industrie du savoir

Une société innovante passe par le savoir. Et le Saguenay-Lac-Saint-Jean est bien positionné pour se réinventer avec les multiples institutions d’enseignement supérieur qui aident les entrepreneurs à développer une nouvelle économie.

Qui aurait cru, au tournant des années 2000, qu’Alma allait devenir un important centre de tests sur les drones ? C’est pourtant ce qui est arrivé lorsque les administrateurs de l’Aéroport d’Alma ont ciblé les drones comme étant un créneau d’avenir, rappelle Marc Moffat, directeur général du Centre d’excellence sur les drones (CED). En s’associant à plusieurs partenaires, notamment le Centre de géomatique du Québec, l’Université du Québec à Chicoutimi et le Collège d’Alma, le CED a pu s’entendre avec la 3e Escadre de Bagotville pour gérer l’espace aérien et ainsi faire des tests qui sont quasiment impossibles à faire ailleurs au pays. Cette unicité a d’ailleurs mené à la création d’un créneau d’excellence sur les drones en février dernier. À peine dix ans après avoir lancé l’idée, le CED reçoit désormais des entreprises et des visiteurs de partout sur la planète pour faire des tests, ce qui stimule l’essor des entreprises locales.

Au-delà de cette réussite, la région n’est pas en reste avec l’implantation d’un COlab, une composante du Hub Saguenay-Lac-Saint-Jean porté par le Collège d’Alma, pour favoriser l’innovation sociale et la culture du numérique, ajoute Marc Moffat, qui est également le directeur général de la Corporation d’innovation et de développement Alma-Lac-Saint-Jean-Est (CIDAL).

L’arrivée d’Ubisoft à Saguenay démontre d’ailleurs que la région est bien positionnée pour s’adapter à l’économie du savoir, estime Louis Dussault, directeur général du Centre d’entrepreneuriat et d’essaimage de l’Université du Québec à Chicoutimi (CEE-UQAC). « C’est l’ingéniosité, le savoir, qui permet d’innover, d’avoir de nouvelles idées et de développer de nouveaux produits et de nouvelles façons de faire, dit-il. Avec plusieurs maisons d’enseignement supérieur sur le territoire, la région est aussi bien placée que n’importe quelle autre région pour innover. »

L’essor et l’engouement pour l’entrepreneuriat à la grandeur de la province bénéficient aussi à la région, car ce sont les entrepreneurs qui prennent des risques en amenant de nouvelles idées et de nouveaux produits sur les marchés, ajoute ce dernier. « Ça prend des jeunes ingénieux pour voir qu’il existe une opportunité en faisant du gin avec un arôme boréal ou encore pour lancer un laboratoire d’analyse de produits naturels », dit-il.

La présence de géants industriels permet aussi d’innover à une autre échelle, comme on peut le constater avec la réutilisation du CO2 industriel pour alimenter les serres Toundra.

Dans le domaine de l’agriculture, le centre collégial de transfert technologique Agrinova est reconnu comme étant un pilier de la recherche et de l’innovation en milieu agricole, après avoir développé plusieurs innovations, notamment dans le domaine du bleuet, de la culture de la pomme de terre, et plus récemment dans le biocharbon.

De plus, les entrepreneurs de la région n’hésitent pas à embrasser de nouvelles cultures, car c’est au Saguenay-Lac-Saint-Jean que l’on retrouve la plus grande concentration de producteurs de camerises et de chanvre au Québec, deux cultures émergentes.

L’économie est en mutation et le savoir sera la clé de voute de la réussite, estime Louis Dussault. « Il ne faut pas simplement exploiter les ressources, mais aussi développer le savoir et l’expertise pour faire les choses différemment et ainsi créer plus de valeur », conclut l’homme, en soulignant que la concurrence n’est pas locale, mais plutôt mondiale.