Le copropriétaire du Versus Jérôme Bergeron, à gauche, souligne le dynamisme de ses employés, une qualité essentielle pour l’ambiance du pub ludique.

Mieux accompagner les entrepreneurs débutants

Encourager les entrepreneurs aux idées innovatrices, cela semble aller de soi. Mais comment les aider concrètement, si leurs projets sortent des cadres établis?

C’est la question que se pose le copropriétaire et président du pub ludique Le Versus, Jérôme Bergeron. L’occasion était belle de le questionner pour ce cahier, alors que son établissement de la rue Racine à Chicoutimi fête justement sa première année d’ouverture. Une année qui a été pleine de péripéties qui ont fait réfléchir l’entrepreneur sur son projet. Même s’il reçoit une foule de conseils de gens d’affaires, il plaide pour une démarche plus concertée entre les intervenants du milieu afin d’accompagner les débutants.

«L’entrepreneuriat, c’est bon et c’est valorisé, note Jérôme Bergeron. Ç’a même un petit côté glamour de nos jours. Mais je ne pense pas que n’importe qui peut se lancer là-dedans n’importe comment. Il faut être prêt, avoir des ressources, se monter un plan d’affaires, aller chercher de l’aide. Et ça, même si je suis pas pire en recherche, je n’en ai pas vraiment trouvé, parce que mon établissement ne cadrait pas dans les bonnes catégories. Il y a tellement de choses à penser, ça devient confus.»

Un «deuxième salon»

Le Versus, c’est un restaurant et un bar, mais surtout un lieu où se rassembler entre amis devant un jeu de société ou un jeu vidéo. «Nos clients disent que nous sommes leur deuxième salon», résume le propriétaire.

Le concept est populaire dans plusieurs villes du monde et déjà bien connu à Québec ou à Montréal, par exemple. Mais à Saguenay, ça n’existait pas sous cette forme avant que Jérôme Bergeron décide de se lancer. Un peu comme le créneau des jeux d’évasion, avant la venue d’Escaparium Saguenay ou de Mission Évasion, établis presque en même temps au centre-ville de Chicoutimi.

«Je pense que le domaine des loisirs n’est pas encore arrivé à maturité. Les jeux de société, ça connaît un essor incroyable! Comme un pub ludique n’existait pas dans ma ville natale, j’ai vu le potentiel et ça m’a donné envie de revenir», raconte celui qui oeuvrait déjà auparavant comme travailleur autonome.

L’entrepreneuriat a toujours attiré Jérôme Bergeron, copropriétaire du Versus avec François Pilote-Dufour. La paire est épaulée par un nouveau responsable des opérations, Geoffrey Isaac, et des employés dévoués. 

«Je me suis longtemps senti en recherche de moi-même. J’avais l’impression de ne "fitter" nulle part. Comme entrepreneur, je peux exploiter toutes mes forces», décrit Jérôme Bergeron.

Une fois que l’idée du Versus était bien ancrée en lui, ce dernier a laissé tomber toute la vie qu’il s’était construite à Québec pour faire naître son pub ludique à Saguenay.

«Je suis parti de la région durant une dizaine d’années parce que je n’étais pas heureux. J’avais soif de plus grand, de technologie, d’innovation. Ça m’a permis de trouver des gens qui me ressemblent. Avec Le Versus, j’ai pu créer un lieu pour les gens avec les mêmes passions que moi», confie Jérôme Bergeron, notamment adepte de bandes dessinées.

Pas juste pour les geeks

Tous ceux ayant envie de passer un bon moment entre amis, collègues ou famille devraient trouver leur compte au Versus. Mais un public plus niché est aussi visé par la bande, comme les amateurs de Donjons et Dragons, des Loups-Garous de Thiercelieux, de superhéros américains, de mangas japonais ou encore de Pokémon Go. On peut parler de culture geek.

«Pour les divertissements qui sont plus "flyés", les entrepreneurs qui veulent se lancer ne penseront pas à aller en région en premier. C’est un peu normal, car le bassin de population n’est pas si élevé. Forcément, ça réduit la clientèle que tu peux aller chercher», analyse Jérôme Bergeron.

Mais cela ne veut pas dire absence d’intérêt! «C’est difficile de formuler ça sans avoir l’air de dénigrer la région, mais il y en a plusieurs qui vont à l’extérieur du Saguenay pour s’amuser la fin de semaine. Avec Le Versus, on apporte un peu de ce qui se fait ailleurs directement ici», commente Jérôme Bergeron.

Comme quoi importer des idées de l’extérieur, ça peut aussi aider à rendre la région plus attractive pour ses habitants.

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ENTRE FIERTÉ ET LUCIDITÉ

Gérer une entreprise en démarrage comporte son lot de rebondissements, avoue le copropriétaire du Versus Jérôme Bergeron.

«Je ne sais plus le nombre de fois où on est passé près de la faillite! Et ce n’est pas parce qu’on a mal fait notre plan d’affaires ou parce qu’on gère mal nos activités. Il y a eu beaucoup d’évènements hors de notre contrôle. Par exemple, quand des équipements de cuisine à plusieurs milliers de dollars brisent, il faut savoir trouver des ressources. On a dû s’endetter plus, mais on remonte déjà la pente. J’ai bien hâte d’avoir une année normale, si ça se peut!»

Même si Jérôme Bergeron est fier d’avoir passé le cap de la première année avec son entreprise, il reste lucide. «Est-ce qu’on sera encore là dans cinq ans? On ne peut pas le dire.»

Néanmoins, l’entrepreneur est toujours à la recherche de moyens pour améliorer les pratiques de gestion et d’opération du Versus. Surtout, les idées pour plaire à la clientèle débordent.

«Depuis le début, nos clients nous font plusieurs suggestions. Par exemple, est-ce possible de venir seul et de se joindre à un groupe pour jouer? On se le fait souvent demander. En ce moment, la réponse est non, mais on est en train de mettre en place un système pour qu’une table s’affiche ouverte aux nouveaux joueurs. Et ça permettra aussi de montrer aux employés que les clients ont des questions ou qu’ils veulent commander. S’améliorer constamment sur notre service, c’est primordial. Il faut aussi faire confiance à sa clientèle», souligne Jérôme Bergeron.

Le copropriétaire mentionne également l’offre de mixologie sans alcool, déjà très appréciée, et le lancement de soirées challenge, où des plats inspirés de la gastronomie internationale seront en vedette. «Le but, ce sera de proposer des choses qui ne se font pas déjà en ville», assure-t-il.