Marc-Urbain Proulx, professeur au département des Sciences économiques et administratives de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et responsable du Centre de recherche sur le développement territorial.

L’économie régionale appelée à se transformer

Même si l’avenir du Saguenay-Lac-Saint-Jean demeure intimement lié à la production d’aluminium ou à l’exploitation de la forêt, le futur de la région passera inévitablement par une transformation afin de devenir un pôle d’attraction périphérique comme l’ont fait d’autres villes à travers le monde.

«Les ressources naturelles demeurent importantes et il faut continuer de miser sur elles, mais peut-être plus de la manière qu’on le faisait auparavant», constate Marc-Urbain Proulx, professeur au département des Sciences économiques et administratives de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et responsable du Centre de recherche sur le développement territorial.

Exemples internationaux

Pour appuyer ses dires, le professeur cite des exemples de villes aux profils similaires à celui du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui sont situées dans des pays scandinaves ou en Asie. Ces villes ont su transformer leur économie au cours des dernières années en misant sur l’économie tertiaire supérieure ou sur l’économie du savoir pour se renouveler.

«Tromso, au nord de la Norvège, est un bon exemple», dit M. Proulx. «La ville est en train de transformer l’économie locale, basée sur les ressources naturelles, qui demeurent importantes, mais qui de plus en plus devient un pôle technologique. Il y a aussi Morioka dans le nord du Japon, qui est une ville en périphérie où il y a une université, et où on développe des «talents», de l’intelligence collective», explique le professeur.

Importance des projets

Pour Marc-Urbain Proulx, ces exemples donnent un aperçu de la façon avec laquelle la région peut remanier son image au cours des dix prochaines années, sans pour autant écarter la venue de projets comme Arianne Phosphate, Métaux BlackRock ou GNL Saguenay.

«Qu’on le veuille on non, les mégaprojets créent l’environnement économique d’une région. On les espère encore, mais ça n’a plus les mêmes retombées économiques qu’avant. Ce qu’on voit émerger dans la région, c’est l’économie tertiaire supérieure. On parle des technologies informationnelles, mais aussi de la recherche autour de l’université. Bien sûr, on est très forts dans nos gros créneaux comme l’aluminium et la forêt, mais on touche de plus en plus de niches reliées aux spécificités de notre territoire», ajoute M. Proulx. Parmi ces recherches nichées, il note celles entourant les ressources minérales, le givre, la génétique ou le développement de jeux vidéos.

En 2017, pas moins de 63 % des recherches menées à l’UQAC ciblaient ainsi des besoins régionaux selon des données collectées par celui qui croit fermement que l’économie du savoir est l’une des solutions qui assureront l’avenir économique de la région.

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UNE PORTE D'ENTRÉE POUR LES TRAVAILLEURS DU NORD

La multitude de grands projets qui se réalisent dans le nord du Québec offre une occasion en or au Saguenay-Lac-Saint-Jean de se positionner comme la ville d’accueil parfaite pour cette manne potentielle de travailleurs. 

«Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est une porte d’entrée vers le Nord», croit le professeur à l’UQAC, Marc-Urbain Proulx. 

Selon lui, la majorité des travailleurs qui oeuvrent dans le Nord habitent les grands centres puisque le transport en avion de type fly-in, fly-out n’exige plus d’habiter le plus près possible de son lieu de travail. 

Qualité de vie

Parmi les idées qu’il lance pour attirer les travailleurs dans la région, deux choses doivent se produire: avoir des transporteurs aériens mieux organisés dans la région et, surtout, créer des conditions d’accueil spécifiques pour les travailleurs mobiles. 

«Il faut miser sur notre qualité de vie pour attirer les travailleurs du Nord. Quand ils sont ici pendant deux semaines, il leur faut des loisirs, des cours au cégep ou à l’université, des garderies qui sont flexibles pour leur permettre de voir plus leurs enfants quand ils sont ici. Il faut adapter notre environnement à ces travailleurs. L’environnement du Saguenay-Lac-Saint-Jean est très qualitatif. Pour un travailleur nordique, établir sa famille ici fait du sens parce qu’on a tous les services de première qualité», assure le professeur de l’UQAC.