Lorsqu’il expose sa vision de l’économie sociale, Raymond Rouleau cite en exemple des modèles de réussite jeannois comme la coopérative Nutrinor et le Groupe Coderr.

L’économie du futur sera sociale

Le domaine agroalimentaire et l’économie sociale seront indissociables d’un avenir prometteur pour la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean selon le président d’ESSOR 02, Raymond Rouleau.

Connu notamment pour son expertise en développement régional, M. Rouleau est d’avis que l’abolition des structures de représentation régionale par le dernier gouvernement libéral a eu d’importantes répercussions sur les régions. Il s’agit, pour lui, littéralement d’une catastrophe. Il rappelle que la régionalisation du Québec faite dans les années 60-70 a permis de propulser la province. Contrairement à aujourd’hui, le pouvoir décisionnel était, à l’époque, régionalisé.

Celui qui a étudié en sociologie se désole que l’économie sociale fut longtemps considérée, à tort, comme une « économie pauvre ». Il se montre plus que favorable à ce modèle répandu dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui compte 400 entreprises du genre.

Il s’agit, selon lui, d’une piste de solution à la dévitalisation des petites municipalités de la région et à l’absence de rentabilité de plusieurs entreprises. « Ce qui a permis le développement du Saguenay–Lac-Saint-Jean, ce sont les coopératives, un modèle de solidarité. On revient un peu à ça. Il est fini le temps où le bonheur c’était de posséder de plus en plus de biens. Maintenant, l’avenir, c’est peut-être ce lien qu’on peut tisser entre nous », affirme celui qui est aussi vice-président du Centre québécois de développement durable basé à Alma.

M. Rouleau cite en exemple des modèles de réussite régionaux de l’économie sociale comme la coopérative Nutrinor et du Groupe Coderr. À cet effet, il souligne la gestion des matières résiduelles du Lac-Saint-Jean qui est orchestrée par la Régie des matières résiduelles du Lac-Saint-Jean (RMR), avec le Groupe Coderr qui en assure la collecte. « C’est le modèle de demain. Je pense que cela permettra la revitalisation de petites municipalités qui ont de la difficulté avec la démographie. L’avenir, c’est de se regrouper et de faire des choses ensemble », explique l’homme qui est arrivé dans la région en compagnie de sa conjointe en 1969.

+

LES FÊTES GOURMANDES EN MODE CONSEIL

Afin de répondre au désir des consommateurs de s’approvisionner davantage en produits locaux et considérant l’abondance d’événements répondant à cette demande, l’organisation des Fêtes gourmandes du Saguenay–Lac-Saint-Jean s’adapte à la tendance et accompagne dorénavant les promoteurs d’événements. 

L’organisme, qui offre un programme de sensibilisation dans les écoles primaires, ajoute à son expertise un rôle de conseiller pour les promoteurs d’événements qui souhaitent inclure un caractère gourmand à leurs activités.

La nouvelle mission des Fêtes gourmandes du Saguenay–Lac-Saint-Jean est, en quelque sorte, d’offrir un guide des bonnes pratiques aux organisateurs de rassemblements de tous genres. Ainsi, l’organisation n’orchestre plus d’événements comme ce fut le cas par le passé. Toutefois, à travers ses nouvelles activités, elle conserve sa mission initiale, soit l’appropriation des produits du terroir par la population.

Raymond Rouleau reconnaît une plus grande proximité entre les gens et les produits du terroir, alors que les marchés de Noël, les fêtes de quartier et autres événements du genre sont plus populaires que jamais. La preuve, la région connaît bon nombre d’événements mettant en vedette des produits d’ici. 

Force est de constater que l’entrepreneuriat séduit également les jeunes dans le domaine agroalimentaire. M. Rouleau le remarque notamment dans le secteur de l’agriculture qu’il connaît parfaitement. « Les jeunes sont passionnés et veulent répondre à la demande d’achat local », explique-t-il.

L’organisme des Fêtes gourmandes est en mesure d’effectuer le maillage entre les organisateurs d’événements et le réseau des producteurs. « Il faut bien accompagner ceux qui veulent en faire. C’est de s’assurer que les produits offerts soient adéquats et de jumeler le bon producteur au bon événement », souligne M. Rouleau.

Fonctionnant grâce à de nombreux bénévoles, l’organisation devra dans un avenir rapproché recruter une ressource professionnelle détenant des compétences en gestion d’événements, afin d’amener plus loin l’organisme, qui gravite dans le paysage régional depuisdeux décennies. 

+

LA PRODUCTION LOCALE POUR ÉVITER UNE CRISE ALIMENTAIRE MONDIALE

Force est de constater qu’une crise alimentaire mondiale se pointe. Des changements drastiques seront requis, au courant des prochaines années, et ce, aux quatre coins de la planète, afin de renverser la vapeur. L’alimentation responsable ainsi que la production locale figurent parmi les pistes de solution. 

Raymond Rouleau sonne l’alarme quant à nos choix de consommation alimentaire. Après tout, les aliments qui se retrouvent en épicerie parcourent, en moyenne, 2500 kilomètres entre la terre et la table. 

« Si on s’y mettait, l’ensemble du Saguenay–Lac-Saint-Jean pourrait devenir entièrement biologique. C’est au Québec que la production d’aliments biologiques progresse le plus », exprime celui qui présente l’agriculture comme la base de l’économie.

Le vice-président des Fêtes gourmandes du Saguenay–Lac-Saint-Jean souligne l’action de la région qui travaille à bien positionner ses produits. Selon lui, la région est dans la bonne voie.

M. Rouleau espère, pour le futur, une production plus locale et plus responsable. « L’alimentation, c’est trop important pour qu’on laisse nos aliments se faire tasser par d’autres moins chers qui sont produits avec des normes environnementales moins strictes. Il s’agit de normes que nous avons jugé essentielles pour éviter des cancers et pour être en bonne santé », soutient M. Rouleau. 

Celui qui est d’avis que le libre-échange en matière agroalimentaire ne fonctionne pas, cite en exemple le porc provenant de l’extérieur du Canada, qui est en vente à aussi peu qu’un dollar la livre en supermarché. « Si on veut maintenir une classe agricole qui vit décemment, il faut être conséquent. Il y a une réalité que 75% des personnes les plus pauvres de la planète sont des producteurs agricoles. Si on ne paye pas nos agriculteurs, au moins, au prix du coût de production, ils cesseront de le faire », ajoute-t-il.

Le fondateur des Serres Dame Nature mise sur l’agriculture intensive sur de petites surfaces. « Nous sommes mieux avec 1000 petits artisans sur de petites surfaces qu’un seul industriel. Il faut sortir la finance de l’agriculture», illustre-t-il. Il met en doute la pertinence, aujourd’hui, du modèle productiviste de l’agriculture, se tournant plutôt vers le modèle familial.

Protéger l’agroalimentaire

L’Union des producteurs agricoles (UPA) Développement international, qui est présente dans 28 pays, espère maintenant que la protection qui s’applique aux livres et aux disques québécois dans le cadre d’accords de libre-échange trouve son équivalence dans l’agroalimentaire. « Rapidement, ils ont fait signer une vingtaine de pays et ensuite 120 pays. Ils ont enchâssé la protection du livre et du disque dans des traités internationaux », explique-t-il.