Myriam Ertz, professeure de marketing à l’UQAC, est la directrice du Laboratoire de recherche sur les nouvelles formes de consommation.

Le cercle vicieux de l’offre et de la demande

Il est difficile de sortir de la logique de l’offre et de la demande quand on pense aux nouvelles formes de consommation. Bien qu’il soit possible de consommer en marge de l’économie classique dans la région, il demeure complexe pour une entreprise de se démarquer et de faire des affaires dans l’économie alternative.

Si l’économie verte, locale, équitable, citoyenne ou encore collaborative existe bel et bien au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il faudra l’appui d’un plus grand nombre de consommateurs pour que les entreprises qui en font partie prospèrent.

«Au niveau de la demande, dans les grands centres urbains, il va y avoir des niches de consommateurs qui vont être un peu plus éveillés, qui vont vouloir changer les choses. En même temps, il y a de l’offre: des entreprises, des modèles d’affaires, des applications qui subviennent à ces besoins. Ça s’autonourrit», explique Myriam Ertz, professeure de marketing et directrice du Laboratoire de recherche sur les nouvelles formes de consommation (LaboNFC), un centre de recherche affilié à l’UQAC qui existe depuis 2017.

«Dans les plus petites régions, dans les plus petits marchés, il n’y a pas forcément de masse critique pour avoir un marché viable», poursuit-elle, avant d’ajouter que les idées intéressantes qui proviennent de la région finissent trop souvent par s’exporter vers les métropoles.

Cercles vicieux

Comment faire pour sortir de ce cercle vicieux? Il faut apprendre à saisir les opportunités, estime Mme Ertz. De nombreuses possibilités existent pour donner une deuxième vie aux produits de consommation, ou encore pour mettre des personnes qui ont des services à offrir en contact avec des clients potentiels.

«Vous êtes qualifiés, vous avez une compétence particulière, mais vous n’avez pas de travail, vous êtes au chômage. Une application pourrait vous permettre d’entrer en contact avec des clients qui ont un problème à régler. Ça se fait beaucoup au niveau virtuel», illustre Myriam Ertz.

Mais si les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux effets sur le monde que peuvent avoir leurs décisions économiques, ils ne sont pas toujours cohérents avec leurs principes. Pendant que les notions de produits verts, de commerce équitable ou d’achat éthique se généralisaient, les modes de consommation classiques demeuraient les plus fréquents.

«On s’est rendu compte que ce qui prévalait, indique la professeure, c’était surtout l’achat classique. La société de consommation est très résiliente. Même si on parle souvent dans les médias qu’il faut la remplacer, qu’il faut la modifier, ça reste le cadre de référence majeur pour la plupart des personnes. Les gens savent que ce n’est pas forcément très bien, que ce n’est pas éthique ou bien pour l’environnement et la société, mais c’est ce qui a de plus pratique pour eux».

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UNE QUESTION GÉNÉRATIONNELLE

De nouveaux types d’entreprises pourront voir le jour au fur et à mesure que les jeunes consommateurs gagneront du pouvoir d’achat.

Les comportements des acheteurs sont influencés par toute une liste de variables qu’il est possible de mesurer. Parmi elles, l’âge joue un rôle prépondérant.

«L’âge et la cohorte générationnelle ont une importance capitale, explique Myriam Ertz. Par exemple, la voiture était le symbole de liberté des générations passées, notamment des personnes nées dans les années 40 et 50. De nos jours, le fait d’avoir une voiture, c’est perçu comme étant très problématique.»

Parmi les autres facteurs qui influencent les choix de consommation, on note la culture, le lieu de résidence, les revenus, ou encore le niveau d’éducation. 

«La culture au sens large, mais aussi la religion a un impact très fort. Vous avez aussi les lieux de résidence, la densité de population où une personne habite. Les milieux urbains amènent des comportements plus alternatifs. C’est là que se développent les comportements plus à l’avant-garde de la consommation», explique la professeure de marketing. Dans les milieux ruraux, on retrouve davantage les comportements classiques de consommateurs.

Les personnes qui possèdent une scolarité plus élevée auront tendance à être plus conscientes des conséquences de leurs choix sur la société et l’environnement.