L’Institut du Québec a étudié les stratégies économiques de six villes nord-américaines afin d’inspirer les municipalités québécoises dans leurs propres initiatives.

Des exemples de réussites nord-américaines

Le succès des six villes nord-américaines étudiées par l’Institut du Québec et reconnues pour leur dynamisme économique repose avant tout sur deux éléments, constatent les chercheurs : la proactivité des acteurs de la communauté et un cadre législatif souple.

Quatre villes américaines et deux villes canadiennes, reconnues comme des milieux attractifs pour les talents créatifs et réputées pour leur qualité de vie, ont été retenues dans le cadre de l’étude.

Boulder et Loveland, au Colorado; Charleston, en Virginie-Occidentale; et Georgetown, en Caroline du Sud, se sont démarquées aux États-Unis. Au Canada, les villes ontariennes d’Aurora et de Waterloo ont retenu l’attention de l’équipe de recherche.

Le rapport de l’étude, intitulé Les clés du développement économique local – Analyse des stratégies de six villes nord-américaines, rendu public en mai 2017, a été rédigé à la demande de l’Union des municipalités du Québec (UMQ).

D’emblée, les stratégies des villes étudiées présentent plusieurs points communs. Soutien du développement durable, revitalisation des centres-villes, promotion de l’entrepreneuriat technologique, collaboration entre le milieu des affaires et les institutions d’enseignement supérieur, rayonnement des arts et de la culture ou encore partenariats public-privé sont quelques-unes des initiatives qui reviennent constamment au fil du rapport d’une cinquantaine de pages.

Ces stratégies, soutenues par des organismes de développement économique forts, ne sont pourtant pas inconnues et reviennent souvent dans le discours des décideurs publics. Pourquoi, alors, certaines villes ont-elles mieux réussi que d’autres à faire le tremplin vers l’économie du savoir?

Mobilisation

La proactivité des acteurs s’inscrit comme un premier constat, qui ne doit cependant pas être associé à la taille d’une population.

«La proactivité des élus et des décideurs économiques n’est pas l’apanage des grandes villes. C’est un prérequis indispensable au développement, peu importe la taille de l’agglomération», soutient-on, en conclusion de l’étude.

Il est ainsi nécessaire pour la province, aux yeux de l’Institut, de s’inspirer des meilleures stratégies locales et nationales existantes. «Sans la mise en œuvre de ces meilleures pratiques, il sera difficile pour l’économie du Québec de maintenir un taux de croissance constant et de demeurer concurrentielle», analyse-t-on.

Toutefois, prévient l’Institut du Québec, les initiatives des municipalités nord-américaines étudiées ont été rendues possibles grâce à une plus grande latitude législative que celle dont disposent les municipalités québécoises.

Il est ainsi «indispensable» que les municipalités québécoises bénéficient «de cette même liberté d’action si elles souhaitent utiliser les outils de développement présentés dans ce rapport», soutient-on.

Soulignons toutefois que ce plaidoyer en faveur d’une plus grande autonomie des municipalités, dans ce rapport rédigé à la demande de l’UMQ, survenait, en mai 2017, alors que débutait l’étude en commission parlementaire du projet de loi 122, visant à reconnaître les municipalités comme des gouvernements de proximité, qui a ensuite été adopté le mois suivant.

+

DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE DURABLE

L’Institut du Québec identifie, au terme de l’étude, sept «impondérables» au développement économique durable, qui doivent être mis en pratique afin d’assurer la viabilité des économies locales.

1. Faire preuve de précision et de rigueur dans la planification municipale

2. Miser sur la qualité des consultations publiques et l’engagement de la collectivité

3. Connecter l’économie locale à un écosystème entrepreneurial et d’innovation

4. Considérer le divertissement et la culture comme une dimension du développement durable

5. Voir les défis écologiques comme des opportunités d’affaires et les intégrer à la vision globale municipale

6. Adopter des stratégies communes au sein des organismes de développement économique

7. Développer des liens étroits entre la ville et les milieux de l’éducation

+

DIFFÉRENTES STRATÉGIES


Boulder : une université proactive

• Colorado, États-Unis

• 107 350 habitants*

La présence d’une université proactive et l’importance accordée par la ville de Boulder aux industries de la connaissance ont contribué à faire bondir sa démographie de 10,1%, entre 2010 et 2015.

Le taux de diplomation universitaire y est d’ailleurs particulièrement élevé : 72% des habitants détiennent un diplôme universitaire.

Boulder a également décidé de faire de l’environnement son image de marque et utilise les revenus de taxes environnementales pour supporter ses projets de développement durable.


Loveland : allier rigueur budgétaire et vision

• Colorado, États-Unis

• 75 180 habitants*

Les succès de développement économique de Loveland s’expliquent en partie grâce à une planification stratégique rigoureuse, résultant d’un exercice de consultation «particulièrement long et exhaustif».

Cette rigueur sur le plan budgétaire implique une évaluation, sur une base permanente, des rendements des programmes priorisés, qui soutiennent notamment le secteur culturel et le développement du centre-ville, tout en intégrant le milieu des affaires.


Charleston : du manufacturier au virage technologique

• Virginie-Occidentale, États-Unis

• 49 740 habitants*

Charleston, capitale d’un État traditionnellement tourné vers l’énergie et les industries manufacturières, a misé sur l’innovation technologique pour diversifier son économie.

La ville a notamment mis en place un camp de formation de six mois visant à accroître les compétences entrepreneuriales.

Des séminaires entre le milieu de l’éducation et les entreprises, ou encore la reconversion de travailleurs de l’industrie minière, en synergie avec des programmes de l’État, ont également encouragé l’émergence d’entreprises technologiques.