De nouveaux défis à relever pour les étudiants

S’il y a bien une organisation qui se doit d’être à la hauteur sur le plan environnement, c’est le Mouvement des associations générales étudiantes de l’Université du Québec à Chicoutimi (MAGE-UQAC), qui a affaire à une clientèle informée et au courant des dernières innovations environnementales : les étudiants.

Avec son volet SAGE, qui regroupe les services étudiants, comportant l’Escale, la Reprographie, la Cafétéria, le Baruqac et le Traiteur, le MAGE-UQAC touche à plusieurs aspects de la vie étudiante. Le président de l’organisation, Fabien Poirier, explique que la clef du succès des initiatives réside dans le fait d’être à l’écoute de la clientèle. Il met de l’avant le travail collaboratif entre le MAGE-UQAC et, par exemple, les étudiants en éco-conseil.

« On se rend compte que dans l’université, le client a vraiment beaucoup de demandes. Il est très exigeant et il est au fait des dernières actualités de partout dans le monde. On a les étudiants en éco-conseil qui nous poussent beaucoup, qui viennent nous voir avec des sondages, qui nous proposent de faire des stages aussi pour nous aider à nous améliorer et nous permettre d’être toujours à jour dans la réduction des déchets, la revalorisation de nos produits. »

M. Poirier indique que la politique des 3R (recycler, réutiliser, revaloriser) est à la base de la philosophie de SAGE. « Chaque fois qu’on a un produit et qu’on s’apprête à le jeter aux poubelles, c’est parce qu’on va tout avoir essayé avant, énonce-t-il. On a à peu près, dans tous nos services, un 15 % de pertes qui va vraiment se retrouver aux ordures et qu’on a déjà utilisé dans une seconde vie, alors quand on est rendus à la troisième vie du produit, là c’est hors de notre champ de compétence, on n’est plus capables de le réutiliser. »

Diversifier son offre grâce à la communauté

La diversification de la clientèle force SAGE à diversifier son offre de produits, un défi qui peut parfois être difficile à relever, estime toutefois Fabien Poirier.

« Au Saguenay, les gens ont un grand esprit de conservation. Ils sont ancrés dans leur confort, ils aiment manger de la tourtière, des produits qui sont plus communs. Nous, avec toute l’arrivée des tendances comme le végétarisme, il faut qu’on se développe, parce que les étudiants sont déjà rendus là. Ils arrivent de plein d’autres régions au Québec, il y a des gens qui arrivent de Montréal, ça fait longtemps que, pour eux, elles sont arrivées ces tendances-là, elles datent des années 2000. Ils arrivent ici et ils sont végétariens et végétaliens depuis des années, alors ils nous poussent à avoir de nouveaux produits. »

Pour l’instant, Fabien Poirier parle encore d’un travail de transition, amorcé depuis deux ans, et crédite en grande partie le travail d’équipe pour expliquer les changements positifs qui ont lieu quotidiennement chez SAGE.

« Il y a près de deux ans, on a commencé à avoir plus de demandes pour qu’on change nos produits parce qu’ils ne convenaient plus du tout à la clientèle, rappelle-t-il. Ça a demandé un énorme travail d’équipe. Le travail d’équipe, c’est la meilleure solution pour résoudre les problématiques de développement comme ça. On a une équipe qui est solide en expertise. Ça nous permet de créer de nouveaux produits. Notre équipe est appelée à créer, constamment, pour éviter des pertes. »

Une organisation qui encourage le changement

Fabien Poirier souligne que la raison pour laquelle le MAGE-UQAC peut se permettre de telles initiatives, c’est grâce à la culture de l’organisation, où tous les employés bénéficient de formations sur l’environnement.

« Le travail d’équipe à l’interne, c’est la solution pour arriver à un développement durable. Il y a une fierté, les gens arrivent ici et ils sont conscients de nos valeurs. Ils viennent ici et ils gravitent pendant un an et après ils partent, donc on est toujours en amélioration continue. Notre culture organisationnelle est faite comme ça. On encourage le changement. »

La formule est éprouvée, même chez les employés les plus anciens, qui n’hésitent pas à participer aux vagues de changement. « Au sein du MAGE-UQAC et de SAGE, il y a des employés qui sont là depuis 15-20 ans. Ils embarquent les nouveaux avec eux et leur permettent de créer des initiatives et poussent leur créativité. Notre organisation nous permet d’avoir un cadre assez flexible pour les idées des gens. »

Inauguré le 29 février dernier, le nouveau pavillon de l’écomobilité de l’UQAC abrite l’Escale, l’un des principaux services assurés par SAGE, le volet du MAGE-UQAC dédié aux services aux étudiants.

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PLUSIEURS INITIATIVES DANS L'UNIVERSITÉ

En plus des initiatives liées aux services offerts par SAGE, le MAGE-UQAC ne chôme pas lui non plus, alors que plusieurs projets sont sur les rails, en plus des initiatives déjà réalisées ces dernières années.

« Premièrement, on a un projet de compost, indique Fabien Poirier. Ici, la facilité qu’on a, c’est qu’on a un compost industriel, qui est géré par l’université, qui l’utilise dans ses jardins, dans ses serres, pour les programmes de biologie. On peut tout mettre dedans : la viande, les écailles d’œuf, le poisson, il n’y a aucune restriction. »

Ce projet, explique M. Poirier, pourrait notamment permettre de réduire les déchets liés à l’emballage des aliments. « Vu qu’on a la possibilité d’utiliser un compost comme ça, on aimerait que nos produits soient tous compostables. On aimerait utiliser des polymères réutilisables au lieu d’un plastique. Pour l’instant, la difficulté qu’on a, c’est que pour qu’on réussisse un projet comme ça, d’enlever les plastiques, ça demande un engagement autant du client que du service. Il faut être prêts à débourser un frais supplémentaire. Étant donné que ces produits-là ne sont pas encore énormément utilisés, il y a un prix relié. »

Pour ce qui est du service de reprographie, Fabien Poirier souligne que tout le papier utilisé bénéficie d’une seconde vie, puisque les coupes sont utilisées pour faire des blocs-notes, offerts gratuitement à ceux qui en ont besoin. « On a aussi des démarches pour utiliser du papier certifié qui vient de forêts protégées », ajoute-t-il.

Il rappelle également que le MAGE-UQAC est là pour soutenir les idées qui proviennent des étudiants. « La forêt nourricière, les jardins communautaires, ce sont des projets où les étudiants sont venus nous voir et où on les a appuyés dès le départ. »

Le président du MAGE-UQAC indique également que l’organisation a des plans très ambitieux concernant l’avenir. « On est en train de créer une planification de développement durable pour les prochaines années. On aimerait ça viser le zéro déchet en 2022. »

« C’est quand même quelque chose de très optimiste, admet-il, mais c’est une idée qu’on se donne. C’est un guide qui est très exigeant, mais on est habitués de fonctionner comme ça. On espère pouvoir le réaliser et ce qui vient nous pousser aussi c’est l’université qui va lancer cette année sa politique de développement durable, donc tous les services inclus dans l’université vont être obligés de respecter cette politique-là et nous il va falloir qu’on en crée une aussi. »

Concernant la demande grandissante dans la communauté universitaire pour que les aliments de l’Escale soient offerts en vrac, Fabien Poirier est plus hésitant à se prononcer. « C’est sûr que ce qui vient avec le vrac, c’est un besoin d’espace pour offrir des contenants plus ergonomiques pour le client. C’est plus difficile de la façon dont sont conçus actuellement nos services. Peut-être que dans un avenir où on va pouvoir rebâtir, ça serait une possibilité. Je pense que le client le demande, les gens sont plus habitués de traîner des contenants sur eux, les gens sont conscientisés, mais on n’en est pas là. C’est une question de fournisseurs aussi, les fournisseurs ne sont pas tous rendus au vrac. »

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CONSCIENTISÉS DE PLUS EN PLUS JEUNES

Alors que les gens sont de plus en plus conscientisés face à l’urgence climatique, Fabien Poirier a bon espoir pour la relève étudiante.

« Il y a un mouvement qui est en train de se créer au sein des universités, avec la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES) et le mouvement La planète s’invite à l’université. Ça pousse beaucoup et ça conscientise les jeunes, même au secondaire. Dans 10 ans, les jeunes vont être encore plus conscientisés. »

Pour l’instant, il admet que la grève pour la lutte aux changements climatiques est une préoccupation constante pour l’organisation, tout comme les gestes posés par l’université. « Les gens nous poussent beaucoup à prendre des initiatives pour revendiquer des changements. La politique durable vient de là. On se concerte à l’interne pour voir si on n’aurait pas un membre élu qui s’occupe strictement de ce volet-là », indique M. Poirier.

Il souhaite également lancer un appel à la mobilisation générale en rappelant que les associations étudiantes peuvent être un important véhicule de changement dans la société. « On parle beaucoup des gens conscientisés par l’histoire des associations étudiantes au Québec, c’était des mouvements plus syndicaux dans les années 70, mais ce n’est plus ça, on est ailleurs », affirme Fabien Poirier.

« Il y a place à créer des projets, des initiatives pour améliorer la société, par exemple Accès Libre. Ce sont des véhicules de communication et de concertation. Les jeunes qui ont envie de changements n’ont qu’à s’impliquer dans leur association étudiante. C’est probablement un des endroits où il y a le plus de création sans jamais qu’on en entende parler », conclut-il, rappelant également la valeur que l’implication étudiante peut avoir sur le marché du travail.