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Allez, voyons grand!

La région est-elle encore grande ? Que reste-t-il de l’esprit des grands fondateurs ? De ceux qui ont créé le Zoo sauvage de Saint-Félicien, l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), la coopérative Nutrinor, des entreprises telles Cegerco, Béton préfabriqué du Lac (BPDL), Devinci et aussi des religieux qui ont fondé les hôpitaux et les syndicats ?

ÉDITORIAL / Ceci n’est pas un exercice de nostalgie, mais un questionnement-réalité sur l’état des choses au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Comment ne pas regarder l’avenir économique – c’est bien de ça qu’il s’agit dans ce cahier – sans s’interroger sur nous-mêmes ?

Bien sûr, les temps ont changé, mais avons-nous la même fougue, le même génie, le même désir d’être « spécial » et la volonté d’avoir une emprise sur notre destin ? Les idées d’hier ne conviennent plus aux défis d’aujourd’hui et de demain, mais la volonté de jadis, elle, oui.

Relève

Entendons-nous, la mère des Jeannois-es et des Saguenéens-nes qui ont de l’ambition et de la créativité n’est pas morte. Il suffit de penser à Daniel Giguère, de la Voie Maltée, à France Lavoie, de Devicom, aux sœurs Yaelle-Marion, Mally-Tamara et Émilie Morin Doré, de Staca, à la famille Bouchard qui a lancé le gin Km12 et au jeune chef d’orchestre, Jean-Philippe Tremblay, pour réaliser qu’il existe encore de la fabuleuse dans le Royaume.

Entre une baisse démographique inquiétante et des milliers d’emplois en moins et la nécessité de prendre soin de notre environnement, qu’est-ce qui nous unit ? Sommes-nous rendus à un point où c’est tout l’un ou tout l’autre ?

Il faut bien le dire aussi, l’époque est rude pour les particularités locales et pour le caractère distinctif des régions à l’ère des grands ensembles, des gouvernements mondiaux et des règles transnationales. Les idées sont bousculées par les grandes tendances et la vitesse avec laquelle elles voyagent et changent.

La suite est sans prétention, mais elle a le mérite de donner la parole à certains des nôtres, qui sont assez vieux (mais pas trop) pour avoir la mesure du passé et entretenir encore des rêves, et à d’autres, qui ont tout l’avenir devant eux. Nous en avons sollicité d’autres pour qu’ils expliquent concrètement leurs démarches et les idées qui pourraient inspirer.

Des pistes à explorer

Pour lancer la réflexion, comment ne pas interpeller le professeur Claude Villeneuve, celui par qui est arrivé le discours de l’écologie au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ses efforts pour sensibiliser la région à l’importance de protéger l’environnement sont immenses, mais encore plus, sa foi dans le mariage de l’économie et ledit environnement est avant-gardiste. Dans une longue entrevue, le professeur revient à un vieux conseil : il faut tirer des leçons du passé pour ne pas en arriver aux mêmes résultats.

Nous avons pensé à Frédéric Gagnon, de Gagnon Frères. Pas pour nous faire la promotion de sa chaîne de magasins, même si son dernier investissement (l’achat de l’ancien Walmart à Jonquière) est méritoire, mais comme témoin de l’histoire des affaires.

Il y a eu une époque, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, où de grandes familles investissaient dans plusieurs secteurs et étaient parmi les acteurs importants de l’économie. Tourné vers l’avenir, le marchand de meubles recommande de travailler sur notre personnalité. Sinon, le risque est d’être un quelconque territoire.

Raymond Rouleau en est un autre qui pose des pierres à la construction de la région depuis longtemps. Quand, se demande-t-il, la région reviendra à ce qui l’a fait grandir : les coopératives, l’économie sociale et les êtres humains avant tout.

La parole est aussi donnée à des jeunes qui sont engagés envers la région. Rêvent-ils eux aussi ? Comment voient-ils l’avenir ? Que veulent-ils changer ?

Et pourquoi ne pas terminer cette mise en bouche par une anecdote qui en dit long sur une certaine époque et sur une attitude certaine. Le nom de Chicoutimi (la ville), avec Ottawa et Québec, dans les années 50, était dans les discussions dans les coulisses de la Ligue nationale de hockey.

L’auteur Rosaire Gagnon en fait mention dans la biographie qu’il a écrite sur Roland Hébert, un homme d’affaires et une personnalité qui a marqué le hockey dans la région. C’était peut-être fou, mais c’était du rêve qui a mené à d’autres choses, davantage à la mesure de la région !

Si seulement le rêve pouvait descendre dans la rue !