Ce n’est qu’une question de temps avant que la relance de l’usine Sural, à Bécancour, ne soit annoncée par son nouveau propriétaire.

Ça sent bon pour Sural... qui pourrait être rachetée par Rio Tinto

BÉCANCOUR — Deux semaines à peine après le redémarrage de l’Aluminerie de Bécancour, voilà que l’usine de tige Sural, fermée depuis février dernier, pourrait aussi reprendre ses opérations dans un court délai, avec un nouveau propriétaire. Et celui-ci pourrait bien être Rio Tinto.

D’ailleurs, le fait qu’une rencontre syndicale ait lieu un dimanche soir laisse croire que le futur acheteur veut une réponse rapide de la part des travailleurs. Et le silence du Syndicat des Métallos, à la suite de cette réunion, en dit long sur l’intention de dire oui aux conditions de relance. En chômage, la soixantaine de syndiqués sont encore disponibles pour reprendre le boulot. Une main-d’oeuvre qualifiée qui se veut avantageuse pour l’acquéreur.

On sait que Produits laminés Sural Canada et Sural Québec inc. avaient annoncé en février dernier l’arrêt de la production aux usines de Bécancour et Victoriaville, provoquant la perte de 100 emplois. Avec des dettes totalisant 142 millions de dollars, dont 40 millions de dollars uniquement envers Alcoa, les deux compagnies s’étaient placées sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. Or, une troisième prolongation de la période initiale de suspension des procédures contre les actuels propriétaires vient justement d’être accordée jusqu’au 30 août prochain.

Régler les choses avec les créanciers et les syndiqués représentent donc les deux priorités du futur acheteur. Mais à voir l’optimisme des différents acteurs, on peut s’attendre à une annonce prochaine de la relance.

«Je ne peux rien officialiser, sauf dire que c’est un dossier sur lequel je travaille depuis la fermeture», a indiqué le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel.

Celui-ci dit avoir parlé personnellement à des acheteurs potentiels. «Le fait que le syndicat rencontre les employés, pour moi, ça me dit que des acheteurs potentiels sont déjà en discussion avec le syndicat pour voir s’il y a moyen de s’entendre. C’est très positif», affirme-t-il. «J’en ai parlé au ministre Pierre Fitzgibbon. Je sais qu’il a fait des approches ici, notamment au niveau d’Investissement Québec. Pour nous, c’est un dossier très important, étant donné qu’on est dans la transformation de l’aluminium et on n’en fait pas beaucoup au Québec. Et ce sont des bons emplois dans le parc industriel», renchérit M. Martel.

Et c’est justement pour pouvoir dire qu’elle fait de la transformation que Rio Tinto, partenaire d’Alcoa dans l’ABI, est susceptible de mettre la main sur les installations de Bécancour. Car si c’était Alcoa qui s’en portait acquéreur, on pourrait se demander pourquoi alors l’avoir vendu il y a cinq ans.

«Au plan politique, le Québec a historiquement cherché à augmenter son potentiel de transformation secondaire de l’aluminium», rappelle le professeur titulaire en relations de travail à l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez. Et au début des années 2000, la pression gouvernementale exercée en ce sens aura vraisemblablement poussé Alcoa à acquérir l’usine de tige, en contrepartie de tarifs d’électricité préférentiels. Mais cet intérêt stratégique aura amené la multinationale à entretenir ses actifs au minimum.

Maintenant qu’ils ont été mis à niveau par Sural et qu’ils sont disponibles à rabais, leur acquisition s’avère des plus alléchantes. D’autant plus que l’usine de Bécancour est plus intéressante que celle de Victoriaville. Et en bonus, le lock-out à l’ABI, située tout près, est chose du passé.

«Il serait dans la logique des choses que Sural renaisse de ses cendres, vraisemblablement sous une autre raison sociale», soutient M. Bernatchez. Bref, ça sent bon pour Sural.