Bois d’œuvre: une troisième victoire pour l’industrie canadienne

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Le Canada, et indirectement le Québec, remporte une troisième victoire depuis le début des années 1980 dans les litiges sur le bois d’œuvre résineux avec les Américains alors que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) confirme que le département américain du commerce n’a pas agi de façon objective dans son appréciation de la situation.

L’enquête a été menée par le département américain du commerce en 2017 après le dépôt de plaintes des scieurs américains regroupés sous la US Lumber Coalition. Il s’agit du même manège que celui mis en place au début des années 1980 alors que les industriels américains prétendent que l’industrie canadienne bénéficie de subventions déguisées en lien avec les approvisionnements forestiers sur les terres publiques.

La nouvelle a rapidement trouvé écho chez les ténors du gouvernement du Québec en matière d’économie et de foresterie. Ils ont accueilli la nouvelle avec satisfaction même si les entreprises québécoises doivent toujours déposer des droits compensateurs de 20 % de la valeur auprès du département américain du commerce pour chaque madrier qui traverse la frontière.

«Cette décision de l’OMC reconnaît la compétitivité du secteur forestier québécois et l’injustice que représentent les tarifs qui lui sont imposés par les États-Unis depuis 2017. Nous demandons maintenant à l’administration américaine de mettre fin définitivement au conflit du bois d’œuvre en retirant les restrictions qui empêchent le libre-échange entre les marchés québécois et américain. Depuis le tout début, nous n’avons ménagé aucun effort pour défendre les intérêts de l’industrie forestière québécoise et de ses quelque 60 000 travailleurs, et nous entendons continuer de collaborer activement pour obtenir gain de cause auprès des États-Unis», a déclaré le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon.

Son collègue aux Forêts, Pierre Dufour, a rappelé que le gouvernement du Québec avait tout fait pour démontrer aux Américains que le régime forestier permettait de respecter les règles commerciales. Le gouvernement du Québec a toujours prétendu depuis le début des années 1980 que les régimes forestiers ne constituaient pas un mode de subvention déguisé.

Un nouveau problème

Cette décision va toutefois placer le gouvernement Legault devant un problème de taille. Le premier ministre a fait la promesse de déposer un nouveau régime forestier pour l’automne. Il répond ainsi aux demandes de l’industrie forestière qui prétend que le régime forestier en ce moment en vigueur a provoqué une explosion du coût de la fibre. Le bois provenant de la forêt publique québécoise est aujourd’hui le plus cher au monde et cette situation risque de compromettre de futurs investissements dans la transformation de l’industrie.

La seule solution du gouvernement du Québec est de modifier son régime forestier sans remettre en question le Bureau de mise en marché des bois qui permet d’établir la juste valeur marchande des tiges en fonction de la réalité du marché.

Depuis l’imposition des droits compensateurs, l’industrie canadienne du bois d’œuvre a déposé auprès du département du commerce pas moins de 4 milliards $. La part du Québec s’élève à 800 millions $.

Durant la dernière crise, le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait abandonné 1 milliard 0$ de droits compensateurs que les entreprises américaines ont récupéré.