Le directeur général de Port de Saguenay, Carl Laberge, va mettre toute la gomme pour réaliser d’importants investissements à Grande-Anse afin d’accueillir l’usine de Black Rock et mieux servir les équipementiers de la région.

BlackRock: une opportunité à saisir pour Port de Saguenay

La construction imminente de l’usine de ferrovanadium de BlackRock, dans la zone industrialo-portuaire de Grande-Anse, donne à Port de Saguenay le signal de départ pour la mise en branle d’une série de projets totalisant des dizaines de millions de dollars, dont l’agrandissement du quai.

Son directeur général, Carl Laberge, est enthousiaste devant la perspective de développement qui pointe à l’horizon. Brandissant un vieux document de 1986, contenant les perspectives de développement de ce qui était à l’époque la zone industrialo-portuaire de La Baie, il rappelle que ça fait plus de 30 ans qu’on attend une première usine à Grande-Anse.

« Maintenant, il est important de ne pas rater notre coup. Il faut préparer le terrain pour l’arrivée de BlackRock et nous allons en profiter pour répondre à la demande de nombreux équipementiers de la région qui seraient plus compétitifs, face à la concurrence extérieure, si nous étions plus efficaces », a confié M. Laberge, lors d’une entrevue accordée mercredi matin.

Convoyeur

Le projet d’installer un convoyeur, qui est déjà dans les cartons, arrive en tête de liste. Avec l’alimentation électrique fournie par Hydro-Québec et la desserte d’eau de procédé par Saguenay, ce sera la pièce maîtresse du projet BlackRock, car il permettra au minerai de franchir la distance entre l’usine, la desserte ferroviaire et les bateaux à quai.

D’une longueur de deux kilomètres, il devra franchir 140 mètres de dénivelé. Selon les premières estimations, il coûterait environ 60 millions $. « Nous sommes très exigeants. Il devra être silencieux, être capable de transporter différents types de matériaux dans un sens ou dans l’autre, être facile à nettoyer (pour éviter la contamination entre les différents produits convoyés) et il sera complètement fermé pour éviter les poussières. »

Le quai de Grande-Anse est devenu trop petit. Normalement, il devrait être en mesure d’accueillir deux bateaux, ce qui est pratiquement impossible aujourd’hui, avec la taille de la flotte moderne. Le directeur général Carl Laberge veut maintenant profiter de l’arrivée imminente de Métaux BlackRock pour faire avancer certains projets.

Carl Laberge souligne que ce faisant, on diminuera l’empreinte écologique du port, car actuellement, 100 % de la marchandise qui arrive ou repart par bateaux est transportée jusqu’au quai par des camions. « Avec un convoyeur, on remplace le carburant diesel par l’électricité. »

Un quai plus efficace

Depuis ses tout débuts, Grande-Anse n’a jamais été à la hauteur des attentes. Non pas parce qu’il n’y a pas de demande, mais parce que celle-ci ne justifie pas l’investissement. Le gros projet qui donnerait le signal du départ, rappelons-le, est attendu depuis plus de 30 ans. BlackRock vient changer la donne.

« Les Canmec, Proco et autre Charl-Pol qui fabriquent de grandes pièces d’équipements pour livrer partout à travers le monde souffrent du manque de capacité de nos installations. Nous sommes incapables de les embarquer directement sur les bateaux. On doit faire venir des grues, les décharger du camion sur le quai, puis les charger sur le bateau. Ça prend du temps et ça coûte cher, faisant en sorte que nos entreprises sont moins compétitives face à la concurrence, plaide Carl Laberge. Si on veut qu’elles décrochent des contrats, il faut les aider à diminuer leurs coûts. »

Il faudrait donc aménager une rampe de chargement permettant aux camions transportant d’immenses pièces de monter sur le bateau pour y déposer la remorque et repartir, le cas échéant, avec une autre chargée de marchandise à destination de la région. « Elle risque d’être utile même pendant la construction de l’usine de BlackRock et éventuellement celle de GNL pour transporter les équipements qui y seront installés », ajoute M. Laberge. Mais pour cela, il faudra agrandir le quai actuel vers l’est. Construit il y a plus de 30 ans, il ne correspond d’ailleurs plus aux besoins d’une flotte moderne de bateaux qui sont de plus grande taille.

Port de Saguenay profiterait de cet agrandissement pour aménager une portion de quai avec une structure capable de supporter des charges plus lourdes, un besoin qui se fait sentir. On ajouterait également une petite annexe pour abriter de petits bateaux comme des remorqueurs.

Depuis deux mois, les deux immenses silos qui serviront à entreposer les granules de bois provenant de Chapais trônent à Grande-Anse.

« Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas souvent eu besoin de remorqueurs et quand la situation se présente, ceux de Rio Tinto viennent nous dépanner. Mais avec la nouvelle flotte de bateaux de 30 000 tonnes qui vont transporter les granules de bois, le ferrovanadium, le gaz de GNL et le minerai d’Ariane Phosphate (qui partira d’un quai sur la rive nord), il faudra disposer d’une flotte de remorqueurs en permanence », poursuit le directeur général de Port de Saguenay, sans pouvoir évaluer le coût de cet autre projet.

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D'ICI LA FIN DE 2019

Carl Laberge espère mettre en marche les projets d’investissements à Grande-Anse avant la fin de 2019.

« L’occasion est là. Il faut la saisir. Ce sera un coup important pour le développement régional. Car n’oublions pas que c’est toute la région qui va en profiter. Les granules de bois qui vont embarquer sur le bateau viennent de Chapais et du Lac-Saint-Jean (Granules LG). Le ferrovanadium va venir de Chibougamau. Notre tâche, c’est de les aider à être compétitifs pour créer de l’emploi, a soutenu Carl Laberge, qui n’a pu s’empêcher de donner pour exemple la desserte ferroviaire. On l’a beaucoup critiquée. Mais si on ne l’avait pas déjà construite il y a quelques années, BlackRock n’aurait jamais regardé du côté de Grande-Anse pour son projet d’usine, et on ne parlerait pas de développement aujourd’hui. C’est pourquoi il faut penser d’avance. Être prêt. »

Pour financier tout ça, il compte sur le Fonds national des corridors commerciaux du gouvernement fédéral et la Stratégie maritime de Québec selon la formule tiers-tiers-tiers.

« Pour le reste, nous sommes comme une entreprise. Nous allons utiliser des fonds que nous avons en réserve et présenter notre plan d’affaires aux banques pour avoir du financement », explique Carl Laberge. Il estime qu’il faudra deux ans pour obtenir les permis et le financement nécessaire, et 24 mois de plus pour mener à terme les travaux. C’est pourquoi il se met à l’œuvre dès maintenant.

« Actuellement, la voie maritime du Saguenay sert surtout à importer de la marchandise. Notamment des matières premières (bauxite) pour Rio Tinto. Il faut maintenant devenir des exportateurs. »

Dans les années 80, 500 bateaux sillonnaient le Saguenay chaque année. Avec la disparition de la Consol à Port-Alfred et la déréglementation du camionnage, qui fait en sorte que les marchandises de consommation et le pétrole traversent depuis 25 ans le parc des Laurentides, le trafic maritime a décliné jusqu’à 200 pour remonter à 250 avec la construction du quai de croisières. Si tous les projets en cours se réalisent (BlackRock, Ariane Phosphate et GNL Québec), ce nombre va doubler et on reviendra au trafic d’il y a 30 ans