L’entreprise québécoise Bitfarms veut ouvrir une usine de minage de cryptomonnaie et un centre de données à Saguenay. Une entente de principe a été conclue avec Hydro-Jonquière. Cet accord est toutefois conditionnel à l’obtention, par la compagnie, de 40 MW au tarif préférentiel LG.

Bitfarms lorgne Jonquière

L’entreprise québécoise Bitfarms, spécialisée dans le minage de cryptomonnaie et dans les technologies de la chaîne de blocs, veut venir s’installer à Saguenay, où elle pense pouvoir créer au moins 50 emplois dès son implantation.

La compagnie a conclu une entente de principe avec Hydro-Jonquière, qui est prête à lui fournir 40 des 190 mégawatts (MW) de puissance dont elle dispose en vertu d’une entente conclue avec Hydro-Québec. La société d’État fournit à Hydro-Jonquière 96 pour cent de ses besoins énergétiques. Des 190 MW de puissance disponibles, le redistributeur d’électricité n’en utilise qu’autour de 130 par année. Il peut disposer du reste à sa guise.

Le projet de Bitfarms est cependant tributaire d’une décision de la Régie de l’énergie, attendue cet automne. Hydro-Québec a demandé à l’organisme de régulation de se pencher sur le dossier des usines de cryptomonnaie et de l’industrie des chaînes de blocs. L’exercice vise la révision des critères d’encadrement, puisque la société d’État a été littéralement inondée de demandes en provenance de porte-étendards de cette industrie émergente, très énergivore. Les usines de cryptomonnaie nécessitent l’emploi d’équipements informatiques qui génèrent beaucoup de chaleur. Le Québec est prisé en raison des surplus énergétiques qu’il génère et de son climat nordique.

En juin, Québec a imposé un moratoire et la Régie de l’énergie a permis à Hydro-Québec d’imposer un tarif dissuasif (15 cents du kWh) aux nouveaux joueurs et aux promoteurs de projets, en attendant le déploiement de nouvelles règles. Les ententes conclues par neuf réseaux municipaux du Québec avec des promoteurs avant le 6 juin, au tarif préférentiel LG (environ 5 cents du kWh), pourront aller de l’avant, dans l’attente d’une décision finale.

La Régie de l’énergie se penche sur les tarifs et conditions de service pour l’usage cryptographique appliqué aux chaînes de blocs. Hydro-Québec devra analyser une trentaine de projets, lesquels se partageront 500 MW.

Des audiences sont prévues en août et la Régie a pour mandat d’analyser une trentaine de projets requérant un total de 6500 MW. Le bloc énergétique que rendra disponible Hydro-Québec pour l’usage cryptographique appliqué aux chaînes de bloc ne totalise que 500 MW.

En pleine croissance
La compagnie Bitfarms fait partie du lot. L’entreprise emploie environ 100 personnes et détient un laboratoire à Saint-Jean-sur-Richelieu, où oeuvrent une quinzaine de techniciens. Elle a aussi acheté la compagnie d’électriciens Volta, à Bromont, pour continuer son expansion.

Afin d’assurer sa croissance, Bitfarms discute avec les producteurs municipaux d’électricité qui génèrent des surplus. Elle a conclu une entente avec le distributeur Hydro-Sherbrooke et vient d’acheter deux immeubles sur le périmètre de la ville, où elle souhaite investir 250 millions $. Bitfarms s’est aussi entendue avec la municipalité de Magog. Le mineur de bitcoins, qui veut s’afficher comme un leader de l’industrie, a aussi dans sa mire Baie-Comeau, Thetford Mines et Jonquière.

«Nos centres de puissance de calculs servent à “miner” des bitcoins, certes, mais nous avons des activités connexes qui apportent de la plus-value là où on s’installe. Nous faisons de la recherche et du développement, pour trouver des applications concrètes de la chaîne de blocs», met en contexte le directeur des relations publiques chez Bitfarms, Bahador Zabihiyan.

Tarif LG
Le projet d’usine saguenéenne ira de l’avant seulement si Hydro-Jonquière offre à Bitfarms le tarif préférentiel LG. C’est l’élément qui forme la base de l’entente de principe. Rien n’est toutefois acquis. Si le comité exécutif de Saguenay a donné son aval, le 15 juin dernier, aux termes du protocole à intervenir entre Hydro-Jonquière et Bitfarms, Hydro-Québec pourrait imposer ses propres tarifs et conditions aux réseaux municipaux en fonction de l’usage de l’électricité par la clientèle. Hydro-Jonquière et ses sociétés soeurs, par l’entremise de l’Association des redistributeurs d’électricité du Québec (AREQ), plaident plutôt en faveur d’une autonomie pleine et entière en ce qui a trait à leurs relations d’affaires. Mercredi, les procureurs de l’AREQ ont fait parvenir une demande officielle à la Régie pour obtenir le statut d’intervenant à leur cliente lors de la deuxième étape des audiences, qui aura lieu en août. Le directeur d’Hydro-Jonquière, Claude Bouchard, est second vice-président de l’AREQ. Il estime que la venue de Bitfarms à Saguenay serait une excellente nouvelle.

«De notre point de vue, c’est un très beau projet et c’est un client très intéressant. Le service d’urbanisme et plusieurs fonctionnaires de la ville ont participé aux négociations. Il y a deux volets, un économique et l’autre qui touche la création d’emplois. Il y a aussi un engagement de leur part pour l’achat de terrains», explique Claude Bouchard, qui a bien l’intention de faire valoir le point de vue des redistributeurs municipaux dans ce dossier.

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«NOUS NE NOUS LANCERONS PAS DANS LA SURENCHÈRE» - BAHADOR ZABIHIYAN

Hydro-Québec demande aux compagnies du secteur de la chaîne de blocs souhaitant obtenir de l’électricité de déposer une offre aux enchères avec pour prix de départ le tarif LG + un cent, ce qui représente une augmentation autour de 20 pour cent.

«Nous ne nous lancerons pas dans une guerre d’enchères comme celle-ci, car cela remettrait en cause nos plans à long terme au Québec. Une compagnie étrangère avec des conteneurs bloqués au port qui veut miner des bitcoins rapidement sera tentée de surenchérir, mais une entreprise comme Bitfarms, qui veut investir 250 millions $ à Sherbrooke, qui veut effectuer de la recherche et du développement en partenariat avec des universités québécoises, qui a installé son siège social au Québec, et qui veut développer la technologie de la chaîne de blocs au Québec, ne sera aucunement tentée de suivre une mise aux enchères», tranche le directeur des relations publiques de l’entreprise, Bahador Zabihiyan.

Il précise que l’entente conclue avec Hydro-Jonquière implique du délestage à 95 pour cent.

«Ce sont les surplus d’électricité que la Ville va vendre. En aucun cas il n’y aura besoin de produire plus d’électricité», assure-t-il.

Parmi les 27 projets soumis à Hydro-Québec, certains en provenance de l’Asie, il est question de besoins énergétiques pouvant atteindre 1000, voire 2000 MW. 

«Le bloc d’énergie qu’Hydro-Québec souhaite mettre aux enchères ne fait que 500 MW, ce qui amène à s’interroger sur la viabilité au Québec de tels mégaprojets. L’idée pour nous, c’est de mettre à disposition notre puissance de calcul à une quantité de compagnies externes qui ont des applications ‘‘blockchain’’. Nous voulons aussi maîtriser cette technologie de A à Z au Québec: logiciels, microélectronique, puissance de calcul, programmation et ‘‘hardware’’», note le directeur des relations publiques. 

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120 EMPLOIS SERAIENT CRÉÉS

Bitfarms surveille évidemment les audiences de la Régie de l’énergie de près et attend impatiemment le dénouement cet automne. 

«À Bitfarms, nous sommes ouverts à pratiquer le délestage que beaucoup d’industries au Québec utilisent en hiver. C’est-à-dire que la compagnie s’engage à éteindre ses machines lors du pic hivernal pour ne pas affecter les prix ou les autres industries. Nous, on propose d’acheter les surplus inutilisés pour faire tourner nos centres de calculs. Lorsqu’il n’y a pas de différence entre la production et la consommation, donc en période de pointe hivernale, nous éteignons nos machines», explique Bahador Zabihiyan. 

Si elle obtient le tarif LG et s’installe chez nous, Bitfarms estime être en mesure de créer 120 emplois, si l’on se base sur la règle de trois emplois générés pour chaque MW utilisé. Il s’agirait principalement de postes de techniciens, d’ingénieurs, d’électriciens et de spécialistes en recherche et développement. 

«Les activités de bitcoins nous permettent de financer le développement de nos dispositifs de puissance de calculs. Pour faire fonctionner les transactions, ça prend des super calculatrices. Ce sont ces machines qui vont faire le calcul pour crypter ces transactions. On pense que la technologie de la chaîne de blocs est un secteur d’avenir et on veut faire de la recherche et du développement et contribuer à la création d’emplois au Québec, où nous avons notre siège social», poursuit le directeur des communications. Bitfarms est cotée à la bourse de Tel-Aviv et souhaite faire son entrée au TSX de Toronto prochainement.