Le nombre de dossiers d’insolvabilité, incluant les faillites et les propositions d’arrangements avec les créanciers, a diminué de 38,7% en avril à travers le pays par rapport au mois de mars.
Le nombre de dossiers d’insolvabilité, incluant les faillites et les propositions d’arrangements avec les créanciers, a diminué de 38,7% en avril à travers le pays par rapport au mois de mars.

Baisse du nombre de faillites: du jamais-vu en 20 ans

Le nombre de faillites personnelles et d’entreprises atteint un creux jamais vu en près de 20 ans au pays. Une situation qui s’explique par les mesures d’aide gouvernementales et les assouplissements, et qui fait craindre aux syndics une « vague d’insolvabilité » à partir de l’automne.

En avril, le nombre total de dossiers d’insolvabilité, incluant les faillites et les propositions d’arrangement avec les créanciers, a diminué de 38,7 % à travers le pays par rapport au mois de mars, selon les dernières données mensuelles du Bureau du surintendant des faillites Canada.

Les dossiers d’insolvabilité déposés en avril ont diminué de 43,1 % pour les consommateurs et de 54,8 % chez les entreprises, comparativement à avril 2019.

« Ç’a diminué énormément partout au Canada et on est à des niveaux qu’on n’a pas vus depuis près de 20 ans en termes d’insolvabilité », constate le syndic autorisé en insolvabilité Fabien Tremblay, de Tremblay & Cie Ltée, qui possède quatre bureaux au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

La situation canadienne se reflète dans l’ensemble de la province et de la région, estime-t-il. Les données régionales, qui sont publiées de façon trimestrielle, permettront après le deuxième trimestre de préciser la situation connue pendant le creux de la crise au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Une pression « beaucoup moins forte »

Les dossiers d’insolvabilité ne s’accumulent pas non plus sur le bureau d’Éric Morin, syndic et associé chez Raymond Chabot Grant Thornton, depuis le début de la crise sanitaire et économique de la COVID-19.

« Particulièrement au niveau du consommateur, il y a tellement d’aide du gouvernement et tout le monde est plus patient. Les institutions financières, Hydro-Québec, les services publics. Les gens naviguent dans ça et la pression est beaucoup moins forte », explique celui qui est responsable du groupe Redressement et insolvabilité pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le prolongement de huit semaines de la Prestation canadienne d’urgence (PCU), annoncée cette semaine par le gouvernement Trudeau, contribuera à diminuer cette pression jusqu’à la fin du mois d’août, pour ceux qui reçoivent cette aide depuis les débuts.

Du côté des entreprises, les mesures d’aide gouvernementales ont le même effet en permettant aux entreprises de payer une partie de leurs dépenses, souligne Fabien Tremblay. « Quand ces mesures vont se terminer, les dépenses vont être là encore, comme les dépenses à coûts fixes: les loyers, les salaires. Mais est-ce que le chiffre d’affaires va être là ? »

Une vague attendue à partir de l’automne

Les secteurs de la restauration et du commerce au détail, où les marges bénéficiaires sont minces, demeurent les plus à risque. Dans certains cas, des entreprises ne parviendront pas à regarnir leur fonds de roulement, craint-il, et c’est à ce moment que les faillites et les propositions d’arrangement avec les créanciers s’accumuleront.

« Tous ceux qui travaillent dans mon domaine croient qu’il va y avoir une vague d’insolvabilité autant personnelle que d’entreprises, souligne Fabien Tremblay. Ça peut arriver à l’automne, ça peut arriver à l’hiver. Ça va arriver quand toutes ces mesures-là vont se terminer. »

25 % vivent de « paie en paie »

Les consommateurs qui se retrouveront sans aide et sans emploi pourraient faire face à une situation critique à partir de l’automne. Il est estimé que 25 % des particuliers ne possèdent pas d’économies et vivent de « paie en paie », selon un sondage de Raymond Chabot Grant Thornton réalisé il y a quelques semaines.

Il est cependant difficile pour le syndic Éric Morin de s’avancer sur la situation à l’automne, lui qui rappelle l’imprévisibilité du contexte actuel quant aux mesures d’aide, aux changements d’habitudes des consommateurs et à la possibilité d’une deuxième vague de COVID-19.

« On est vraiment dans l’inconnu », laisse-t-il tomber, en rappelant que plusieurs avaient plutôt prédit une augmentation des faillites au début de la crise.

+

NE PAS ATTENDRE

Les syndics le répètent : il ne faut pas attendre d’être au bord du gouffre financier avant de demander de l’aide. Les consultations demeurent une façon d’éviter la faillite.

« On a beaucoup parlé de santé publique. Maintenant, on est à parler de santé financière », souligne Éric Morin, syndic et associé chez Raymond Chabot Grant Thornton, qui possède six bureaux au Saguenay–Lac-Saint-Jean offrant des conseils en redressement financier.

La prévention demeure le meilleur allié en cette période d’incertitude et de crise, rappelle-t-il. Un syndic peut aider les particuliers à faire un budget et à planifier les dépenses importantes à venir.

Le ralentissement du rythme de vie imposé par la pandémie peut également aider à réévaluer la nécessité de certaines dépenses. « Je pense qu’il va y avoir un pourcentage d’un certain nombre de choses qu’on va faire différemment », avance-t-il.

Pour l’instant, le nombre de consultations demeure cependant plus élevé du côté des entrepreneurs, qui cherchent à revoir leurs prévisions. « Ils veulent prendre beaucoup d’information. Ils ont besoin d’aide. Ce sont des situations qu’ils n’ont jamais vécues », ajoute-t-il.

Les consultations d’entreprises sont également plus nombreuses du côté du syndic Tremblay & Cie Ltée. La patience est de mise pour les entrepreneurs, dans la situation actuelle. « Tant qu’il n’y a pas réouverture de l’économie totale, on dit aux gens : ‘‘N’allez pas trop vite. Ça pourrait repartir. Attendez un petit peu. Attendez de voir comment ça va aller.’’ », conseille Fabien Tremblay, syndic autorisé en insolvabilité.