La rue Racine accueillait environ un millier de personnes, le vendredi soir.
La rue Racine accueillait environ un millier de personnes, le vendredi soir.

Animation en temps de pandémie: un laboratoire pour les centres-villes

Stéphane Bouchard
Stéphane Bouchard
Le Quotidien
Devant un été qui s’annonçait difficile pour les commerçants des centres-villes de la région, les principales municipalités du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont mis en place des initiatives pour créer un peu de vie dans leurs artères commerciales. Retour sur un été où les citoyens ont pu occuper leur centre-ville différemment.

Le Québec s’est déconfiné rapidement. Ouverture des restaurants, permission de rassemblements : en l’espace de quelques jours, les commerces qui ont pignon sur rue dans les centres-villes ont appris qu’ils allaient pouvoir profiter un peu de l’été.

Les terrasses, les rues piétonnières et les marchés publics ont alors poussé dans les quatre coins de la région.

Le directeur général de la Corporation Centre-Ville de Kénogami, Guillaume Beaulac, illustre la rapidité avec laquelle il a fallu agir. « Saguenay a débloqué 150 000 $ pour que les corporations puissent réaliser des projets. On avait une semaine pour monter une programmation. »

Ces activités devaient aussi se faire dans le respect des consignes de la santé publique.

À Alma, la Société de développement commercial (SDC) du centre-ville a collaboré avec la Ville pour fermer une partie de la rue Sacré-Coeur, de la fin juin au 7 septembre.

Les activités dans les centres-villes devaient se faire dans le respect des consignes de la santé publique.

La coordonnatrice de la SDC, Joanie Racine, trace un portrait en demi-teinte de cette initiative.

« On a été surpris. Nous, à Alma, on a la proximité du lac. Les gens du coin quittent souvent la fin de semaine pour aller à leur chalet, à la plage. On s’est aperçu que les touristes ont profité de la rue Sacré-Coeur et qu’ils étaient contents de l’avoir », indique-t-elle pendant un entretien téléphonique avec Le Progrès.

« C’est un grand espace [la rue Sacré-Coeur]. On avait parfois l’impression que c’était vide, mais les commerçants qui ont pris la peine d’aller à l’extérieur ont vu une petite différence », ajoute Mme Racine.

De retour à Saguenay, la rue Racine a connu des vendredis achalandés. Chaque semaine, pendant que la rue était fermée à la circulation automobile, environ 1000 personnes par soir se présentaient dans les restaurants et les commerces de l’endroit.

La coordonnatrice de l’Association des centres-villes de Chicoutimi, Monique Gauvin, dresse un bilan somme toute positif de cette expérience.

« C’était une installation assez simple, des terrasses, un peu d’animation. L’été 2020 prouve que l’on peut faire quelque chose d’efficace dans la simplicité », lance-t-elle.

L’animation publique a été appréciée cet été, nous disent les responsables des centres-villes.

La température et le fait que le rendez-vous était toujours au même moment ont créé une habitude dans la population.

Le secteur d’Arvida a aussi fait le pari de fermer une partie de sa « rue principale » pour installer une terrasse collective temporaire.

Kate Savard, directrice générale de la Corporation du Centre-Ville d’Arvida, croit que l’été 2020 aura été l’occasion de faire les choses autrement.

« La pandémie a été le bon moment pour faire des tentatives. La terrasse a créé une habitude. Les gens se sont approprié ce nouvel espace au fil de la saison », indique-t-elle.

Le centre-ville d’Arvida a même vu apparaître de nouveaux commerces pendant cette période difficile. Deux établissements de restauration, la Cantine Boivin et le Cornet givré, ont ouvert leurs portes cet été.

« La température a joué en leur faveur », ajoute Kate Savard, à propos du beau temps qui a régné pendant la majorité de l’été.

Miser sur l’animation

Le secteur de Kénogami a plutôt misé sur la culture pour dynamiser son centre-ville, explique le directeur général de la Corporation Centre-Ville de Kénogami, Guillaume Beaulac. « Nous n’avions pas vraiment la trame commerciale pour fermer les rues et mettre des terrasses. Nous avons préféré mettre l’argent de la Ville dans l’animation. »

Ils ont donc investi dans du mobilier urbain et de la mise en lumière, et ont fait le nécessaire pour pouvoir présenter des prestations musicales pour dynamiser le centre-ville de Kénogami. Guillaume Beaulac précise que les différents concerts qui ont été présentés jusqu’à présent ont rejoint plus de 800 personnes. « C’est certain que nous et les commerçants avons un petit pincement au coeur de ne pas avoir pu présenter Kénogami en fête, mais l’animation tout au long de l’été, c’est quelque chose que l’on aimerait bien refaire l’an prochain »

À l’instar de Kénogami, l’arrondissement de La Baie a misé sur de l’animation pour attirer la population. La programmation, qui a débuté au cours du mois d’août, est un peu plus tardive que dans les autres centres-villes. La raison est simple : on voulait minimiser l’impact de l’absence des bateaux de croisière. L’annulation de la FouART, un festival des arts de la rue, se fera aussi sentir, dans une moindre mesure.

Pierre-Olivier Côté, le directeur général de la Corporation Centre-Ville de La Baie, raconte qu’il a été décidé de miser sur les petites choses, en grande quantité. « Nous avons travaillé sur de petites animations, qui n’ont pas de créneau en particulier. Elles vont être fréquentes, du jeudi au dimanche. »

Si l’annulation des croisières internationales est nécessairement un coup dur pour le milieu des affaires baieriverain, la venue de touristes à La Baie compense un peu leur absence. « En plus des gens qui viennent des autres arrondissements, on voit cet été beaucoup de touristes. Plusieurs personnes de l’Ontario sont venues nous voir », remarque M. Côté.

L’initiative de fermer une partie de la rue Saint-Dominique, à Jonquière, n’a pas été couronnée de succès. Les citoyens et les commerçants n’embarquant pas, la Corporation Centre-Ville de Jonquière a plutôt décidé de bonifier son offre de spectacles.

Bien, mais pas le paradis

Devant le contexte imposé par la pandémie, les restaurateurs et les commerçants ont dû faire preuve d’imagination. Cantine mobile, terrasse : ceux qui ont connu un bel été se sont renouvelés. Mais plusieurs n’ont pas survécu. Le Progrès recensait d’ailleurs dans un dossier les difficultés vécues par l’industrie de la restauration à la mi-juillet.

S’ils voient le verre à moitié plein, les responsables des centres-villes ne cachent pas que certains commerçants vivent encore des moments difficiles.

« Je ne dirais pas que c’est le paradis pour tout le monde, dit Kate Savard, qui est associée au centre-ville d’Arvida. Il y a des commerçants qui vivent encore des difficultés. La fréquentation d’avant la pandémie n’est pas revenue. Il y a encore beaucoup de télétravail. »

Un constat qui est partagé par Joanie Racine, à Alma. « Même si ç’a fonctionné pour certains, les chiffres de vente de l’été ne se comparent pas à la rentrée des classes ou au temps des Fêtes. »

Mais l’été 2020 aura changé notre manière d’occuper les rues principales. « Ce qu’on a fait cet été va amener de nouvelles discussions, de nouvelles réflexions », résume Kate Savard.