Aluminium: André Harvey sonne l’alarme

André Harvey, l’ex-député fédéral de Chicoutimi, croit que le Saguenay-Lac-Saint-Jean dégage l’image d’un touriste assis dans un avion dont il ne connaît pas la destination finale lorsqu’il est question du développement régional de l’industrie de l’aluminium.

L’initiateur du Centre des technologies de l’aluminium a été surpris d’apprendre dans Le Progrès de samedi dernier que Rio Tinto a commencé à se départir de ses alumineries, une référence à la vente prochaine au prix de 500 M$ de l’aluminerie Dunkerque, en France, à un groupe industriel anglais.

À la suite des propos tenus par le directeur du développement de la Société de la vallée de l’aluminium, Julien Gendron, et au contact de personnes ayant des connaissances du milieu industriel de l’aluminium, M. Harvey a débuté une réflexion, estimant que cette transaction devrait sonner des cloches au niveau régional et québécois advenant l’éventualité d’autres changements majeurs comme le largage de la division aluminium par Rio Tinto. « Avec le lock-out à Bécancour, la vente d’Aluminerie Dunkerque, la diminution du nombre d’emplois en raison des améliorations technologiques, on voit qu’il se passe des choses. On constate aujourd’hui qu’on n’a plus un mot à dire dans l’industrie parce qu’on ne possède pas le capital-action qui nous permettrait de redevenir propriétaires des installations ou de faire partie du plan d’affaires », affirme-t-il.

Il ajoute qu’au Québec, la production annuelle d’aluminium totalisant 2,7 millions de tonnes requiert 40 milliards de kilowatts-heures d’énergie électrique. Ce bloc énergétique renouvelable a une valeur de 2,5 G$ au prix moyen d’Hydro-Québec, selon lui.

André Harvey affirme que ces dernières années, l’industrie de la transformation de l’aluminium au Québec a enregistré des reculs avec les décisions de vendre, de fermer des divisions ou des laminoirs qui produisaient, entre autres, de la tôle d’aluminium alors qu’aujourd’hui, l’industrie du transport mondial recherche ce matériau pour alléger les véhicules. 

M. Harvey estime que dans ce contexte, les Québécois sont en droit de se demander si leur gouvernement, la Caisse de dépôt ou Investissement Québec ne devraient pas se positionner stratégiquement à l’avance afin de dessiner un nouveau modèle économique et de s’approprier les moyens de production d’aluminium dans l’éventualité ou une entreprise comme Rio Tinto décidait de procéder à une liquidation de son porte-feuille dans ce secteur. M. Harvey va plus loin en mettant en doute la volonté de Rio Tinto d’investir dans l’expansion de son aluminerie d’Alma ou de l’usine-pilote AP60. « Ils ne veulent peut-être pas investir dans ces projets parce qu’ils savent que ça n’augmentera pas d’autant la valeur de leur portefeuille. Si vous investissez 150 000 $ à votre maison d’une valeur de 200 000 $, ça ne veut pas dire qu’elle vaudra 350 000 $. Le fait qu’ils retardent leur investissement est un gros signal », déclare M. Harvey.

L’ex-député fédéral de Chicoutimi André Harvey

Comme en Norvège

L’ex-député croit qu’au niveau politique, le gouvernement du Québec devrait regarder ce qui se passe en Norvège, un pays de huit millions d’habitants dont le gouvernement est actionnaire du producteur d’aluminium Norsk Hydro à hauteur de 34 % avec des partenaires autrichiens, anglais et américains.

Avec ses deux millions de tonnes de métal gris produits et ses activités dans 40 pays, Norsk Hydro a pu déployer une stratégie qui lui permet d’œuvrer de la transformation de la bauxite jusqu’au développement de produits finis avec l’exploitation de ses 17 installations hydroélectriques.

M. Harvey ne parle pas d’un projet à mettre en œuvre demain matin, mais croit que le rôle du gouvernement du Québec est de préparer une alternative à d’éventuels mouvements qui pourraient survenir.

M. Harvey conclut en faisant siennes les conclusions du livre de feu l’ex-président d’Alcan, David Culver qui, dans son ouvrage paru en 2014, souhaitait le retour de la propriété de l’entreprise entre les mains des Canadiens.