Alain Gagnon a déclaré ne pas comprendre la sortie médiatique de la ministre Laforest, jeudi, lorsqu’elle a suggéré l’établissement d’un nouveau modèle d’affaires en comparant les conditions des travailleurs de l’aluminium du Québec avec celles des Chinois.

Alain Gagnon réplique à Andrée Laforest: les salaires, une infime part des coûts de production

Alain Gagnon, président du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA-Unifor), se demande si Rio Tinto ne vient pas d’embaucher une nouvelle porte-parole en la personne d’Andrée Laforest. Il entend faire le point le 28 octobre prochain avec la députée de Chicoutimi, afin de discuter de « modèle d’affaires ».

En entrevue, M. Gagnon a déclaré ne pas comprendre la sortie médiatique de la ministre Laforest, jeudi, lorsqu’elle a suggéré l’établissement d’un nouveau modèle d’affaires en comparant les conditions des travailleurs de l’aluminium du Québec avec celles des Chinois. « Je ne comprends pas sa sortie. Nous lui avions tout expliqué ce qui s’est fait depuis 2006 de la part du syndicat jusqu’à aujourd’hui en passant par 2015 où nous avons rouvert les conventions collectives », affirme le leader syndical.

Citant quelques chiffres, M. Gagnon ajoute que les salaires et la rémunération ne représentent qu’environ 4,5 % du chiffre d’affaires de la division aluminium tandis que l’utilisation des matières premières dans un contexte d’une industrie lourde représente 70 % des coûts, incluant l’électricité. « Je pense qu’il sera important de remettre en perspective les chiffres et les événements qui se sont déroulés puisque le modèle d’affaires, on a contribué à l’adapter », explique M. Gagnon.

La réouverture de la convention collective en 2015, la prise en charge du fonds de pension des travailleurs de même que le régime d’assurances collectives, dont Rio Tinto ne voulait plus, et la réintégration de travailleurs à la suite de l’expérimentation de la sous-traitance, qui a été un échec, ont été réalisées, affirme M. Gagnon. « Il y avait des irritants, selon la compagnie. On a changé le modèle d’affaires. Le modèle Toyota a démontré ses limites. On n’ira pas en bas de ça », déclare M. Gagnon.

Selon lui, la ministre a un langage qualifié de « capoté » qui va complètement à contre-courant au plan politique.

Il croit que l’annonce du report des projets a été sérieusement orchestrée en cette fin de campagne électorale fédérale par Rio Tinto, y compris la sortie du président de l’Association de l’aluminium, Jean Simard.

Selon les données qu’il possède, en raison du prix de 1700 $ la tonne d’aluminium, les producteurs québécois bénéficient actuellement du tarif p-13 qui fixe à 24 $ le prix du mégawatt d’électricité, comparativement à 44 $, qui est le tarif L.

M. Gagnon conclut en affirmant que plutôt que de vouloir revoir le modèle d’affaires de l’industrie, la ministre Laforest et ses collègues devraient travailler avec le nouveau gouvernement fédéral pour tenter de contrer les entrées d’aluminium chinois semi-fini en empruntant le chemin du Mexique. « La semaine dernière, les Chinois ont fait entrer 60 000 tonnes d’aluminium au Mexique. Ce métal a été refondu et est entré au Michigan. Elle serait bien mieux de nous aider avec le fédéral. »

Pierre Fitzgibbon

Lors d’un point de presse donné à Shawinigan, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a commenté le report des projets en affirmant que Rio Rinto était un bon citoyen québécois qui respecte les engagements signés. Selon lui, le contexte international actuel, les bas prix de l’aluminium et l’imposition de tarifs par les Américains jusqu’en mai dernier ont influencé la prise de décision. « Rio Tinto a signé une nouvelle entente en 2018 sous les libéraux. L’accord précédent était très ferme. Les libéraux ont allégé l’accord. Blâmer Rio Tinto ces temps-ci, c’est avoir du culot », a déclaré le ministre.

Selon lui, le Québec continue d’être attractif avec l’abondance de son électricité et il y a lieu de croire qu’il sera de nouveau possible de travailler de nouveau avec la compagnie au moment propice.