Fourrures Gauthier confectionnera des manteaux en peau de saumon

Gabrielle Lapointe, coordonnatrice marketing chez Fourrures Gauthier, André Gauthier, propriétaire et sa filles Emmy portent chacune des vêtements en peaux de saumon fabriqués à Chicoutimi-Nord.
Fourrure Gauthier.

Actif dans le marché de la fourrure depuis une soixantaine d’années, le commerce Fourrures Gauthier de Chicoutimi-Nord ajoute une corde à son arc dans l’univers du nouveau produit de luxe. L’entreprise se lance dans la confection de manteaux et vestes de peaux de saumon tannées selon un processus exclusif développé de la maison française Casteigt Cuir.


André Gauthier, propriétaire de Fourrures Gauthier depuis 2010, en a fait l’annonce en présence du président de Cuir Casteigt, Jean-Marc Casteigt. C’est un entrepreneur français de la région de Pau dans le sud-ouest de la France, oeuvrant dans le fumage et le parfumage du saumon. M. Casteigt a développé un processus breveté de traitement des peaux de saumon, considérées encore il y a quelques années comme un déchet sans valeur.

L'entrepreneur français Jean-Marc Casteigt a expliqué en conférence de presse les démarches en recherche et développement ayant conduit à la mise en valeur des peaux de saumons, considérés encore il y a quelque temps comme un déchet.

Lors de son exposé, M. Casteigt, un fils de charcutier-traiteur, a expliqué que l’entreprise familiale a exploité un fumoir spécialisé dans le fumage de saumon, un processus qui produisait des résidus de goudron revendus à des entreprises produisant des produits pour chevaux. « En tant que saurisseur, je me suis rendu compte qu’on perd entre 70 à 75 % de la matière première, dont la peau qui représente un poids de 1500 à 1600 grammes par saumon »,explique-t-il.



En investissant de grands efforts en recherche et développement ainsi que 180 000 euros, M. Casteigt a mis au point avec la collaboration d’ingénieurs italiens du domaine du cuir un procédé de tannage écologique des peaux de saumon sans utilisation de chrome utilisant des solutions de tannins végétaux. En résumé, les peaux sont trempées dans une solution alcaline, puis acide, puis tannées dans des extraits d’écorce de chêne, mimosa, quebracho avant d’être écharnées puis teintes avec des colorants naturels. Le produit final donne un cuir uniforme, souple, élastique pouvant être utilisé dans la confection d’accessoires et de vêtements de luxe.

En vertu d’une entente signée avec l’importateur E3M Technologie, représentée par Christian Martin, Fourrures Gauthier projette de transformer ce cuir de saumon en vêtements de luxe confectionnés à Chicoutimi-Nord. « Nous avons des ententes avec la compagnie Fornira, oeuvrant dans la fabrication de meubles, une compagnie en Floride. On achète 20 000 peaux pour la fabrication de 600 à 800 items. Ces peaux proviennent de gros saumons d’élevage provenant du Pérou, de la Pologne.

M. Gauthier convient qu’en se lançant dans la fabrication de vêtements de peau de saumon, il s’adresse à une clientèle haut de gamme comme c’est déjà le cas pour le marché de la fourrure. Les pièces portées par les modèles lors de la conférence de presse pouvaient avoir un coût pouvant atteindre près de 10 000 $. De 15 à 25 peaux de saumon sont nécessaires pour un manteau pour dames selon la taille tandis que pour homme ce nombre peut atteindre 35 peaux. « Le coût est comparable à la fourrure et au cuir. C’est un nouveau produit. Notre défi est de réussir à bien travailler le produit. Notre force est dans la confection de manteaux », explique l’homme d’affaires.

Présente sur place, Anie Truchon, des Serdex International, a mentionné qu’il existe un engouement pour la recherche de nouveaux matériaux développés dans un esprit de développement durable. C’est le cas pour le cuir de poisson.



André Gauthier prévoit ajouter la confection de vêtements en peaux de saumon à sa gamme de vêtements offerts.

Citant une étude de Maia Research, Mme Truchon affirme que le marché mondial du cuir de poisson se chiffre à 35,4 M$ US, un chiffre qui devrait atteindre 61,7 M$ US en 2028. Pour le moment, l’Europe est le principal consommateur. Selon elle, il s’agit d’un marché de niche, mais il y a tout de même des dollars à faire.

Elle a suggéré qu’au Saguenay-Lac-Saint-Jean, régions aux multiples chasseurs, il y aurait de la recherche et développement à faire pour mettre en valeur les peaux d’orignaux qui sont majoritairement jetées au dépotoir.