50 % plus de bois d’ici 2063

Le Forestier en chef du Québec, Louis Pelletier, a déposé au ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, un cadre stratégique qui permettra d’augmenter la possibilité forestière de 50 % d’ici 2063 pour atteindre 50 millions de mètres cubes, et ce, tout en respectant les trois grands piliers de la Loi sur les Forêts que sont l’environnement, les aspects sociaux et l’économie.

Le Forestier en chef a pour tâche de faire le calcul de la possibilité forestière pour guider le ministère dans l’allocation des approvisionnements, afin de respecter la capacité de régénération de la forêt québécoise. Le plan qu’il vient de déposer découle d’un mandat spécial du ministre, confié en marge du Forum Innovation Bois tenu en octobre 2016. 

Au cours d’une entrevue qu’il accordait au Quotidien, l’ingénieur forestier a soutenu qu’il était raisonnable de croire qu’avec une série de mesures déjà bien documentées, l’objectif n’est pas hors de portée. La possibilité forestière actuelle est de l’ordre de plus ou moins 33 millions de mètres cubes pour toutes les essences. Il s’agit donc d’augmenter la productivité de la forêt québécoise de 15 millions de mètres cubes sur un horizon de 50 ans.

« Il faut s’assurer que notre forêt puisse faire face à des périodes difficiles. Qu’elle ait de la résilience. Il se produit des événements comme les perturbations naturelles et d’autres contraintes », insiste le Forestier en chef pour bien illustrer l’importance d’augmenter cette productivité dans le temps, alors que de nouveaux défis comme les changements climatiques vont influencer notre environnement.

La première recommandation du Forestier en chef consiste à fixer des cibles précises d’augmentation de production de bois au même titre que l’État en fixe pour la biodiversité et d’autres enjeux reliés à la forêt. Sans elles, insiste Louis Pelletier, la possibilité forestière demeurera instable et surtout fluctuante en fonction des autres besoins. « Ces cibles doivent être mesurables avec une reddition de compte par territoire pour apporter les correctifs nécessaires quand il y a lieu de le faire. »

Aménagement intensif

Dans les moyens identifiés, Louis Pelletier propose la création de réseaux de forêts publiques destinés à l’aménagement forestier intensif. Il s’agit de zones déjà connues qui représenteraient approximativement 25 % de la forêt québécoise. Dans ces zones, il y aurait une pratique forestière intensive avec la plantation, la sylviculture, la coupe précommerciale et la récolte. « Nous allons récupérer ce qui existe et poursuivre. Ce sont souvent des forêts situées à proximité. »

Il va sans dire, selon le Forestier en chef, que l’on doit s’assurer qu’un tel réseau soit constitué en fonction des particularités régionales avec des cibles locales de production de bois. Ces zones de foresterie intensive n’excluraient toutefois pas d’autres types d’utilisation comme les activités de chasse et pêche ou villégiature. 

Proposition audacieuse

Dans les façons de faire, Louis Pelletier fait une proposition qui risque de soulever des débats puisqu’il écrit « qu’un autre moyen consiste à maintenir la superficie destinée à l’aménagement forestier ». Il ajoute que sa diminution est l’une des causes de l’instabilité des possibilités forestières. En contrepartie, il propose de reconnaître « la superficie déjà exclue de l’aménagement forestier dans les efforts de la biodiversité ».

Une autre partie de la forêt serait consacrée à des usages multiples. On parle ici d’une superficie de l’ordre de 50 % de la forêt sous aménagement, et finalement un bloc de protection de 20 % du territoire. 

Dans son rapport de 40 pages remis au ministre, le Forestier en chef identifie des mesures additionnelles concernant le processus de soustraction de territoire à l’aménagement afin qu’il soit le même que le processus menant à la création d’une aire protégée.

L’une des mesures les plus novatrices proposées dans le contexte de l’aménagement forestier québécois est celle de la « compensation » utilisée par le gouvernement canadien pour les projets en milieu naturel. Le meilleur exemple est celui de la construction d’une ligne de transport d’électricité.

Le promoteur aurait l’obligation de réaliser des investissements dans les différentes techniques d’aménagement afin de combler la perte de superficie forestière causée par cette infrastructure publique.

Le Forestier en chef, Louis Pelletier, soutient qu’il est raisonnable de croire que l’objectif d’accroître substantiellement la capacité forestière d’ici 2063 n’est pas hors de portée.

Un impact sur la réduction de GES

Le gouvernement du Québec a une occasion en or de faire d’une pierre deux coups en adoptant des moyens pour accroître la productivité forestière d’ici les 50 prochaines années tout en ayant un impact direct sur les cibles de réduction des gaz à effet de serre qui sont au cœur des changements climatiques.

« L’intensification de l’aménagement forestier et l’augmentation de l’utilisation du bois font partie des stratégies internationales reconnues dans la lutte aux changements climatiques », écrit l’ingénieur forestier Louis Pelletier. Il réfère aux nombreuses études scientifiques qui démontrent que le cycle de vie du bois constitue un moyen efficace et utile pour lutter contre les changements climatiques.

Quand on demande au Forestier en chef de quantifier les investissements nécessaires pour supporter l’avis présenté au ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, il reste prudent. Il affirme toutefois que l’on pourrait considérer les investissements en aménagement forestier comme des moyens pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le Forestier en chef a cru nécessaire d’intégrer dans la démarche proposée au ministre la nécessité de promouvoir la culture forestière et de promouvoir les avantages de la production de bois comme c’est le cas avec la problématique des changements climatiques.

Pour en arriver à cet objectif, le Forestier en chef croit important de renforcer le rôle des associations forestières dans l’éducation et la sensibilisation sur les services fournis par la forêt aux différentes communautés québécoises.

Finalement, Louis Peleltier évoque l’importance d’une plus grande collaboration avec le ministère du Développemetn durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques afin d’utiliser la désignation d’aires protégées de catégories IV, V et VI pour compléter la partie du réseau d’aires protégées situées dans le territoire des unités d’aménagement. Ces éléments, qui représentent 9 % de la forêt sous aménagement en ce moment, sont exclus du calcul de la possibilité forestière.