300 000 hectares en moins

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) est sur le point de soustraire 300 000 hectares (3000 km2) à la récolte forestière dans la région. Cette opération pourrait se traduire à court et moyen terme par la disparition de 900 emplois directs, indirects et induits.

Cette vaste opération réalisée dans le cadre de l’engagement du Québec de protéger 17 % de son territoire en 2020 est menée en sous-traitance par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), auprès des détenteurs de garanties d’approvisionnement forestiers. Une consultation que le ministère ne voulait surtout pas ébruiter.

« Nous avons obtenu à l’automne 2017 les calculs de possibilité forestière pour 2018-2023. Il n’y avait pas de diminution et les gens ont tous décidé d’investir. Trois mois après l’entrée en vigueur du nouveau calcul, le ministère transmet une lettre pour la consultation et on apprend que l’on doit cesser nos opérations dans des zones que nous avons planifiées il y a trois ans », explique Jean-Pierre Girard, l’un des propriétaires de la Scierie Girard de Saguenay, dont les opérations forestières seront perturbées par cette soustraction de territoire.

Cette entreprise familiale de Saguenay, qui compte 300 employés, a investi 9 M $ depuis deux ans avec la ligne de sciage la plus moderne du Québec. Les volumes de bois récoltable de façon économique sont à la base de la rentabilité des investissements et le gouvernement du Québec, en soustrayant du territoire, affecte sérieusement cette équation.

La Scierie Girard, qui compte 300 employés, a investi 9 M$ depuis deux ans avec la ligne de sciage la plus moderne du Québec. Une baisse bois récoltable vient grandement affecter l’entreprise.

Pour la seule unité d’aménagement de Saguenay, la diminution de la possibilité forestière sera de 75 000 mètres cubes de bois. Le coeur du territoire de coupe de la scierie Girard le long de la rivière Péribonka et au sud du Pipmuacan est affecté par l’interdiction de coupe.

« Je vais devoir retourner récolter dans le sud (Réserve faunique des Laurentides), où il y a déjà Lignarex, et les scieries Lac-Saint-Jean et Martel. Il y a aussi dans le sud des interdictions de récolte. C’est vrai que l’on peut se tasser un peu pour récolter, mais on n’invente pas de la superficie de territoire. Il va rapidement manquer d’approvisionnement », reprend Jean-Pierre Girard, qui doute fortement des engagements de Philippe Couillard quand il assure qu’il n’y aura pas de perte d’emplois en forêt pour le caribou forestier, puisque le gouvernement du Québec utilise aussi les aires protégées pour la protection de l’ongulé.

La foresterie est basée sur trois principes assez simples. Il y a les volumes de bois, la superficie et la possibilité forestière. « À partir du moment où tu changes une seule donnée de ces trois éléments, tous les calculs tombent. C’est ce que nous vivons en ce moment et rapidement, ça va nous rejoindre. »

Jean-Pierre Girard, l’un des propriétaires de la scierie Girard, considère que de nombreux emplois sont menacés dans la région avec la décision du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, de suspendre la récolte forestière dans certaines zones, en plus de l’interdire pour d’autres secteurs.

Jean-Pierre Girard a exposé toute la problématique au député Serge Simard. Il a contacté le bureau du premier ministre Philippe Couillard pour le sensibiliser à cette réalité. Aujourd’hui, il constate que les politiciens ont de la difficulté à comprendre toutes les contraintes de la foresterie. « Les fonctionnaires font ce qu’ils veulent. C’est compréhensible, nous avons des personnes à temps plein pour gérer tout ce qui touche l’administration du régime forestier. »

Les nouvelles directives du ministère sur les zones forestières convoitées par le MDDELCC pour créer les aires protégées vont toucher pas moins d’une dizaine de bénéficiaires de garanties d’approvisionnement, incluant les plus importants, dont Produits forestiers Résolu et Rémabec. Toutes ces entreprises vont devoir identifier de nouvelles zones de récolte.

« On peut dire que ce ne sont que des portions de 15 000 ou 20 000 mètres cubes de bois en cause. Mais quand vos approvisionnements forestiers sont de 250 000 mètres cubes, une portion de 25 000 mètres cubes est très importante. »

Jean-Pierre Girard est convaincu que le Forestier en chef a entre les mains les calculs de possibilité qui chiffrent la réduction causée par ces commandes du MDDELCC. Il se demande comment ce dernier fera pour trouver les volumes de bois pour compenser les pertes causées par les demandes du ministère alors que la possibilité forestière est attribuée à presque 100 %.