Près de 40 citoyens de Péribonka s’étaient déplacés pour l’assemblée, jeudi, dont le maire Ghislain Goulet, car la municipalité a été incluse dans la ZIS, même si elle se trouve à plusieurs mètres au-dessus du niveau de l’eau.

Zones inondables au Lac-Saint-Jean: 400 terrains seraient touchés

Si l’on se fie à la première carte présentée par le gouvernement du Québec dans le cadre d’un décret visant à interdire les constructions dans les zones inondables, près de 2000 terrains seraient situés dans la zone d’intervention spéciale (ZIS) au Lac-Saint-Jean. Cette carte erronée sera toutefois modifiée au cours des prochaines semaines. Selon les projections des MRC, un peu moins de 400 terrains et près de 120 résidences seront touchés, dont la majorité se trouve dans la MRC du Domaine-du-Roy.

Selon le décret du gouvernement du Québec déposé le 17 juin dernier, tous les terrains situés dans une zone inondable 0 à 20 ans ou qui ont été affectés lors des inondations de 2017 et de 2019 doivent se retrouver dans la ZIS. Bien que quelques exceptions pourront s’appliquer, notamment lorsque les dégâts ne dépassent pas 50 % de la valeur de la propriété, la construction ou la reconstruction sera interdite à ces endroits.

MRC de Maria-Chapdelaine

Même si aucun terrain ne correspond à ces critères dans la MRC de Maria-Chapdelaine, près de 800 terrains étaient visés dans la première carte divulguée par le gouvernement. « La problématique vient du fait que le gouvernement a construit sa carte en se basant sur les réclamations d’assurances comptabilisées par le ministère de la Sécurité publique », souligne le préfet MRC de Maria-Chapdelaine, Luc Simard. Toutefois, ces réclamations étaient causées par un niveau élevé de la nappe phréatique et non pas par des inondations. En tenant compte des critères du gouvernement, aucun terrain de la MRC de Maria-Chapdelaine ne devrait être inclus dans la ZIS selon Luc Simard.

Lors de la séance d’informations publique tenue jeudi soir à Roberval, Martin Lamontagne, coordonnateur analyse et expertise régionale pour le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC), a par ailleurs soutenu que plusieurs erreurs devraient être corrigées, notamment à Péribonka, car toute la ville a été incluse dans la ZIS alors qu’elle se trouve à plusieurs mètres au-dessus du niveau de l’eau.

MRC de Lac-Saint-Jean Est

André Paradis, le préfet de la MRC de Lac-Saint-Jean Est, a pour sa part soutenu que le sous-ministre du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation a fait parvenir un courriel jeudi, stipulant que la cartographie était erronée et que plusieurs zones devraient être réévaluées. « Lors d’une discussion avec la ministre Laforest jeudi matin, on a compris que le gouvernement a décidé d’agir rapidement pour contrer un putsch de demandes de permis de rénovation dans les zones affectées par les inondations », a-t-il dit. En travaillant aussi rapidement, plusieurs erreurs se sont glissées dans la carte de la ZIS.

Par exemple, près de 400 terrains sont considérés comme étant en zone inondable dans la première version de la carte du ZIS. En tenant compte du niveau maximal du lac Saint-Jean qui est de 17,5 pieds, seulement neuf terrains devraient être touchés, mentionne André Paradis, qui réfute l’idée de mettre le barème d’inondation au niveau de 18 pieds. « Il ne faut pas en mettre plus par dessus le décret du niveau du lac », ajoute-t-il.

Luc Simard demeure ouvert à l’idée d’établir la zone inondable à 18 pieds par mesure de précaution. « Le lac Saint-Jean est un réservoir, et le niveau du lac a dépassé 17,5 pieds seulement trois fois en 40 ans », soutient le préfet, tout en soulignant que le niveau n’a jamais dépassé 17,88 pieds.

« Ce n’est pas un plan d’eau naturel et avec l’historique, c’est facile d’établir la limite de la zone inondable ». Pour Martin Lamontagne, du MDDELCC, une réglementation particulière doit en effet tenir compte de la présence de barrages qui permettent de réguler le niveau de l’eau, car la politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables vise principalement la protection des cours d’eau naturels.

MRC du Domaine-du-Roy

À la MRC du Domaine-du-Roy, les élus préfèrent grandement utiliser le niveau de 17,5 pieds, mais les gestionnaires du territoire ont fait l’évaluation pour savoir combien de terrains se trouvent réellement en zone inondable, si le niveau du lac monte à 18 pieds.

Alors que la première carte de la ZIS compte 766 terrains en zone inondable dans cette MRC, les calculs démontrent que ce sont plutôt 365 terrains qui devraient y être inclus, dont 120 résidences. Sur ce nombre, 63 d’entre elles se trouvent dans le Bôme de Saint-Méthode, un secteur déjà identifié comme étant dans une zone inondable où la construction est strictement limitée, mentionne Danny Bouchard, responsable de l’aménagement du territoire de la MRC du Domaine-du-Roy. « Trente résidences se trouvent aussi à Saint-François-de-Sales, et on devra faire des vérifications parce qu’on n’a pas de données sur ce secteur », dit-il. Une vingtaine de résidences seraient incluses dans la ZIS à Chambord, ainsi de que deux résidences à Roberval et à Saint-Prime. Ces calculs démontrent par ailleurs que la pointe de Saint-Méthode serait épargnée, tout comme l’hôpital de Roberval et une bonne partie du boulevard Saint-Joseph, ajoute Danny Bouchard.

Les trois préfets du Lac-Saint-Jean estiment que le gouvernement a pris la bonne décision en imposant des règles plus strictes pour éviter la construction en zone inondable. « La réglementation est parfaitement légitime, mais on s’attend à une révision de la cartographie rapidement, car plusieurs projets de construction sont bloqués, dont un projet de 10 millions de dollars à Péribonka », a remarqué Luc Simard (voir encadré).

D’ici deux semaines, le gouvernement compte présenter une nouvelle carte lors de l’adoption du décret qui se fera en juillet. Fait étrange, les commentaires des citoyens seront tout de même recueillis jusqu’au 19 août et la carte pourrait encore changer à ce moment.

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UN PROJET DE 10 M$ SUR LA GLACE À PÉRIBONKA

(GR) — En étant inclus dans la carte préliminaire de la ZIS, un projet de 10 millions de dollars est sur la glace à Péribonka. 

« Tout est arrêté parce qu’on ne peut pas avoir notre permis de construction », déplore le maire de Péribonka, Ghislain Goulet. Ce dernier ne comprend pas pourquoi sa municipalité a été incluse dans la zone inondable alors que le village se trouve plusieurs mètres au-dessus du niveau de l’eau. Des réclamations pour des dommages causés par la nappe phréatique semblent vouloir expliquer cette erreur, qui cause des retards au projet majeur de la municipalité. 

Ce projet vise notamment à construire un nouvel hôtel de ville ainsi qu’une nouvelle caserne de pompier tout en redéployant le musée Louis-Hémon sur des terrains adjacents à l’église, qui serait pour sa part transformée en salle multifonctionnelle. 

« Tout était prêt pour lancer l’appel d’offres, mais là tout est gelé », remarque le maire, qui, avec le soutien de la MRC de Maria-Chapdelaine, compte faire des pressions pour débloquer l’impasse. Si tout avance assez rapidement, la démolition de l’école, fermée depuis 10 ans, devrait commencer au cours de l’été et la construction à l’automne.