Luc Gibbons, le maire de Saint-Félicien, a demandé si des sommes d’argent seront transférées aux municipalités, car ce sont ces dernières qui devront assurer l’application et le suivi de ce décret.

Zones inondables : une carte à parfaire

Depuis le dépôt d’un décret pour la créer une zone d’intervention spéciale le 17 juin dernier, il est désormais interdit de construire ou de reconstruire un bâtiment dans une zone inondable dans un délai de 0 à 20 ans. La carte produite par le gouvernement en vase clos comporte toutefois beaucoup d’inexactitudes qui ont soulevé l’ire de plusieurs municipalités et résidents du Lac-Saint-Jean. Le gouvernement a toutefois rassuré la population en expliquant que des modifications seront apportées avant la ratification finale de la carte qui pourra être modifiée jusqu’au 19 août prochain… soit près d’un mois après l’adoption prévue du décret.

C’est en réponse aux inondations majeures de 2017 et de 2019, qui ont touché plus de 300 municipalités forçant l’évacuation de plus de 10000 personnes, que le gouvernement a présenté un projet de décret qui vise à déclarer une zone d’intervention spéciale (ZIS), dans le but de favoriser une meilleure gestion des zones inondables au Québec, a expliqué d’emblée Philippe Boivin, le directeur régional du Nord-du-Québec pour le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), lors de l’assemblée publique de consultation tenue hier soir à Roberval.

Ces assemblées, tenues dans une vingtaine d’endroits affectée au Québec, visaient à recueillir les commentaires des municipalités et des citoyens et de répondre à leur questionnement, a-t-il ajouté, car les secteurs visés par la ZIS interdiront la construction ou la reconstruction d’un bâtiment situé dans une zone inondable qui survient à une récurrence de 0 à 20 ans. Les réparations seraient tout de même permises si les dommages ne surpassent pas 50% de la valeur marchande d’une maison. Certaines exceptions pourraient aussi s’appliquer avec l’aval de la MRC.

Dès la publication du projet de décret dans la Gazette officielle du Québec, un effet de gel a été imposé, interdisant sur-le-champ la construction dans les zones visées, sauf en ce qui concerne les usages agricoles. « On voulait éviter une course aux permis de construction dans les municipalités », a poursuivi Philippe Boivin.

Pour garder le secret et éviter la course aux permis, le gouvernement a travaillé en vase clos, admet Martin Lamontagne, coordonnateur, Analyse et expertise régionale pour le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC). « Le ministère de l’Environnement a réalisé la cartographie au cours des dernières semaines, de bonne foi, en cellule fermée. Il n’y a pas eu de validation régionale », a-t-il dit, en convenant que la carte contient des inexactitudes.

Par exemple, presque tout le village de Péribonka est inclut dans la zone inondable… alors qu’il existe un écart de plus de cinq mètres entre l’eau et la majorité des résidences, a remarqué Jean-Pierre Boivin, l’ancien préfet de la MRC Maria-Chapdelaine et résident de la municipalité.

Cette incongruité a d’ailleurs motivé une quarantaine de résidents de Péribonka, sur les 80 personnes présentes, à venir décrier cette situation, dont le maire Ghislain Goulet. « Il y a eu des réclamations d’assurance à cause de débordements de la nappe phréatique », a-t-il expliqué.

En plus des données photo-satellitaires, les gens qui ont fait la cartographie ont utilisé en partie les données du ministère de la Sécurité publique, ce qui fait en sorte que plusieurs réclamations causées par la nappe phréatique ont été incluses dans la carte faite un peu trop rapidement, a mentionné Martin Lamontagne. « Il y a des cas ou ça ne fait pas de sens, a-t-il dit. Dans la cartographie, qui va être adoptée au cours des prochaines semaines, la zone de Péribonka va disparaître. » Les zones affectées par les nappes phréatiques, comme c’était aussi le cas à Dolbeau-Mistassini sera donc retiré de la ZIS.

Par ailleurs, la politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables vise principalement la protection des cours d’eau naturels, et des ajustements devront être faits sur la carte pour tenir compte de la réalité des lacs réservoirs, comme c’est le cas du lac Saint-Jean, a ajouté Martin Lamontagne.

Ce dernier admet que l’analyse fine de la cartographie n’a pas été faite, et que le ministère compte recevoir les commentaires de la population, avec le maximum de détails, pour parfaire la carte. Une première carte modifiée sera ainsi produite lors de l’adoption du décret qui devrait avoir lieu d’ici quelques semaines. Par la suite, les commentaires seront reçus jusqu’au 19 août, et des modifications pourront aussi être apportées à la cartographie.

Martin Lamontagne coordonnateur, Analyse et expertise régionale pour le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, et Philippe Boivin, le directeur régional du Nord-du-Québec pour le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), lors de l’assemblée publique de consultation tenue hier soir à Roberval.

Cette date du 19 août a toutefois été annoncée qu’hier matin, causant d’énormes casse-têtes aux territoires affectés, a soutenu Nathalie Audet directrice du service d’aménagement de la MRC Lac-Saint-Jean Est. « Il y a des citoyens qui sont considérés dans des zones inondables alors qu’ils sont à 20 mètres du lac, alors que d’autres en bordure du lac ne le sont pas », a-t-elle mentionné. Selon la cartographie réalisée par la MRC, le nombre de citoyens touchés par la ZIS, en considérant le niveau de gestion maximal du lac Saint-Jean de 17,5 pieds, toucherait 9 citoyens… au lieu de 400 à l’heure actuelle.

Tout comme plusieurs citoyens qui se sont présentés au micro, cette dernière a aussi souligné le délai serré présentant l’avis pour la consultation publique, car beaucoup plus de gens se seraient déplacés pour une telle consultation s’ils avaient su.

Selon la cartographie actuelle, l’hôpital de Roberval se retrouve par ailleurs dans la ZIS, ce qui empêcherait tout nouvel agrandissement, tout comme une bonne partie du boulevard Saint-Joseph.

Le maire de Saint-Félicien a pour sa part soutenu que les informations fournies jusqu’à présent ne lui permettaient pas de rassurer les citoyens, car les cartes sont vouées à être modifiées. De plus, il a demandé si des sommes d’argent seront transférées aux municipalités, car ce sont ces dernières qui devront assurer l’application et le suivi de ce décret.

La population a jusqu’au 19 août pour formuler des commentaires sur le décret à l’adresse zis2019@mamh.gouv.qc.ca.

Pour consulter la carte, cliquez ici. 

Pour voir la liste des municipalités touchées, suivez ce lien

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DU POUVOIR AUX MUNICIPALITÉS


(Jonathan Hudon) — Peu touchée pendant les inondations de 2017 et 2019 qui ont laissé de lourds dommages dans plusieurs régions du Québec, la Ville de Saguenay pourrait néanmoins prendre les devants en ajoutant des secteurs dans la nouvelle zone d’intervention spéciale (ZIS), appelée à être mise en application d’ici la fin de l’année.

Une dizaine de personnes, dont deux représentants des services de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme de Saguenay, ont assisté à la séance de consultation organisée conjointement par les ministères des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), de l’Environnement, et de la Sécurité publique, jeudi soir, à l’hôtel La Saguenéenne. Les quelques citoyens désiraient obtenir plus de détails concernant l’ajout de zones inondables par le projet de décret de la ZIS.

Le directeur régional du MAMH, Daniel Tremblay, a présenté les détails du projet, accompagné de Nathalie Arpin, du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, et de Sandra Belzil, directrice régionale du ministère de la Sécurité publique.

Concrètement, aucune municipalité du territoire de Saguenay n’est censée être ajoutée sur la nouvelle zone d’intervention spéciale, mais cela ne veut pas dire pour autant que la situation ne peut changer avant l’adoption du projet de décret de la ZIS. Des rencontres entre les ministères concernés et les municipalités ont eu lieu, parallèlement à la consultation de jeudi.

«Le milieu municipal a tout le loisir d’apporter des modifications et de faire des commentaires qu’il juge à propos, a expliqué Daniel Tremblay. Il est peut-être erroné de dire qu’il n’y aura pas de modification, mais je ne peux présumer sur les décisions des autorités municipales.»

Le directeur des services de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme de Saguenay, Denis Coulombe, a assisté à la présentation en compagnie de sa collègue du même département, Audrey Bédard. Les deux fonctionnaires tenaient à avoir l’heure juste de la situation et M. Coulombe a profité de l’occasion pour poser quelques questions, en tentant notamment de savoir si le gouvernement étudiait la possibilité de savoir si des phénomènes observés pendant les printemps 2017 et 2019 pourraient devenir récurrents.

«On est ici par souci aux citoyens et quand on connaît mieux les événements, on est capable de sécuriser la population, a exprimé Denis Coulombe. Il n’y a rien de pire que de ne pas savoir comment réagir. On veut aussi dire à nos citoyens qu’on est là pour eux et ils n’ont pas à hésiter s’ils ont des questions à nous poser.»