Le directeur régional de la santé publique, Donald Aubin
Le directeur régional de la santé publique, Donald Aubin

Zone rouge: les prochaines heures déterminantes au SagLac

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean retourne dans la zone rouge — selon les graphiques présentés la Santé publique — pour le nombre de cas quotidiens alors que sa capacité d’hospitalisation est maintenant sous tension. Le directeur régional Donald Aubin confirme que les prochaines heures seront déterminantes.

Ces critères qui permettent d’évaluer le changement de couleur dans une région ne sont pas les seuls éléments de l’équation qui causent en ce moment des soucis aux gestionnaires de la santé publique. Le dernier relevé des cas en date de dimanche à 16h fait état de cas confirmés un peu partout dans la communauté. Une information qui démontre que le virus circule un peu partout avec en prime la présence dans la région d’un peu plus de 300 cas actifs à la COVID-19.

Dans la liste des statistiques, le directeur de la santé publique a ajouté une nouvelle catégorie en plus des 40 éclosions. Il s’agit de situations vulnérables, possiblement des situations où il y a un risque d’éclosion et donc de propagation. En ce moment, le médecin doit surveiller ce qui se passe pour 14 situations vulnérables dans la région.

La région a déjà franchi le cap des 31 cas quotidiens qui constituent la limite entre la zone orange et la zone rouge. Lors de ce premier dépassement, la situation était différente à l’hôpital de Chicoutimi. Lors du point de presse de lundi, le directeur de la santé publique a confirmé que le délestage d’activités avait débuté à l’hôpital de Chicoutimi afin de maintenir les soins d’urgence et les services pour tout ce qui concerne le cancer.


« Dans les prochains jours, nous serons dans une période charnière. »
Dr Donald Aubin

La direction du CIUSSS a donc décidé de cesser tout ce qui concerne la médecine de jour afin de dépêcher du personnel dans les unités qui doivent compenser pour le personnel retiré dans le cadre de la pandémie. Une décision qui confirme que le réseau hospitalier est sous tension au Saguenay alors que, selon Donald Aubin, il semble y avoir une stabilisation dans le secteur Lac-Saint-Jean après les éclosions à l’hôpital d’Alma et au CHSLD Isidore-Gauthier.

Interrogé à savoir si la région pourrait être placée en zone rouge de façon préventive pour freiner la transmission du virus, le docteur Donald Aubin a expliqué qu’il préférerait de loin éviter la zone rouge en raison des conséquences d’une telle décision. La zone rouge a des impacts importants, autant pour la santé psychologique de la population que pour tout le volet économique de la communauté.

«Dans les prochains jours, nous serons dans une période charnière», évalue Donald Aubin. Ce dernier n’est pas en mesure de confirmer que les chiffres obtenus lundi découlent d’un relâchement des mesures de distanciation, mais indique qu’un effort est nécessaire de la part de tous les citoyens si l’on veut en arriver à éviter la zone rouge pour alors aller vers la zone jaune et verte.

Pendant tout le point de presse de lundi, Donald Aubin a réitéré que les nombreux cas confirmés un peu partout dans la communauté constituaient pour lui une source d’inquiétude. Ils feront partie des différents éléments analysés quand viendra le temps de recommander à la direction de la santé publique de procéder au changement de couleur dans la région si la situation continue de se détériorer.

Nouvelle ligne téléphonique

D’autre part, les opérations de dépistage se déroulent rondement sur le territoire. Le CIUSSS a ouvert une ligne téléphonique qui permettra aux citoyens d’obtenir des informations quand ils attendent plusieurs jours avant d’obtenir le résultat du laboratoire. Cette ligne est également ouverte pour les personnes qui ont obtenu des résultats positifs.

La semaine dernière, le docteur Donald Aubin avait soulevé la nécessité de protéger l’hôpital de Chicoutimi, qui constitue le centre de traitement COVID-19. Les chiffres des derniers jours confirment qu’il y a une progression de la pandémie au Saguenay, principalement à Jonquière, alors qu’elle ralentit au Lac-Saint-Jean.

Le CIUSSS maintient toujours la même ligne dans l’éventualité de déclarer la région en zone rouge. C’est toute la région qui sera placée en zone rouge si jamais l’analyse en confirme la nécessité et il n’est pas question pour le moment de gérer la pandémie en fonction des situations particulières pour chacune des MRC.

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LE SWAT À ISIDORE-GAUTHIER : FRUSTRATION ÉVIDENTE

«Pour ce qui est du CHSLD Isidore-Gauthier, la spécialiste dépêchée par le ministère (équipe SWAT en infection formée par la Croix-Rouge), n’a pas sorti grand-chose à part nous dire de mieux gérer nos déchets.»

Cette déclaration du microbiologiste Roger Savard, de l’hôpital de Chicoutimi, dans le cadre du point de presse du CIUSSS sur la pandémie résume à elle seule la frustration générée dans les équipes de gestion du CIUSSS par la décision du ministre de la Santé, Christian Dubé. Ce dernier a envoyé des spécialistes en prévention des infections du ministère afin de corriger la situation qui prévaut au CHSLD Isidore-Gauthier, dont l’éclosion a généré jusqu’à maintenant 59 cas positifs et 7 décès.

Le microbiologiste Roger Savard, qui œuvre depuis le début de la pandémie à la prévention des infections en plus de tout le volet des tests de dépistage, a dit tout haut en point de presse lundi ce que bon nombre de gestionnaires du CIUSSS pensent et ont confié sous le couvert de l’anonymat en lien avec cette décision politique.

«La personne dépêchée par le ministère n’a rien eu à dire sur le port des équipements de protection. Elle a recommandé de mieux gérer les déchets», s’est contenté de répondre le microbiologiste aux journalistes qui ont insisté sur le taux de contamination entre les employés lorsque des éclosions surviennent en CHSLD et dans les milieux hospitaliers.

Dans le cas spécifique d’Isidore-Gauthier, les commentaires entendus des dirigeants du CIUSSS concernent généralement l’architecture de cet établissement qui offre au virus des espaces de propagation avec une grande pièce centrale qui tient lieu de centre de vie.

Au cours d’une entrevue qu’elle accordait au Quotidien la semaine dernière, la directrice du Soutien adapté aux personnes âgées, Chantale Boivin, signalait également la problématique de l’architecture de ce centre d’une autre époque pour expliquer la vitesse ainsi que le nombre de personnes contaminées. Même dans le cas du CHSLD de La Colline, rénové il y a quelques années, les éléments d’architecture avaient été soulevés pour expliquer la difficulté à restreindre la circulation du virus.

Pour le milieu hospitalier et plus spécifiquement le département D2 à l’hôpital de Chicoutimi, Roger Savard admet qu’il peut y avoir un bris de procédure dans le port des équipements alors que les gens sont en permanence en présence du virus en raison de la concentration des cas. «Le moindre petit faux pas dans une journée de travail peut faire en sorte qu’une personne se contamine.»

Le microbiologiste Roger Savard s’est dit ouvert à «avoir de l’aide», tout en ajoutant que, pour le moment, il n’était pas question de recevoir les délégués de l’équipe SWAT du ministère.

Le spécialiste a indiqué qu’il n’avait aucune information pour des cas de contamination additionnelle à l’hôpital de Chicoutimi pendant la fin de semaine. Il a cependant évoqué qu’il y avait des doutes sur trois personnes qui auraient pu être contaminées lors de leur passage à l’urgence et que la situation sera suivie de près dans les prochains jours.

Le directeur de la santé publique, le docteur Donald Aubin, a d’une certaine façon dédouané le personnel du CIUSSS. Il est revenu sur la capacité du virus à se frayer un chemin à travers toutes les barrières quand il parvient à entrer dans un milieu de vie ou un département d’hôpital. Le directeur de la santé publique n’a pas de doute quant au sérieux du personnel dans le port des équipements et réitère surtout l’effort considérable que nécessite ce genre de situation où il faut prodiguer des soins derrière une armure. 

Nonobstant ces problématiques de contamination en milieu hospitalier, Roger Savard a réitéré l’importance pour les citoyens qui éprouvent des problèmes de santé de se présenter dans les urgences. Il explique que le risque de contamination n’est pas comparable pour une personne qui se rend à l’urgence pour passer des examens ou recevoir des soins à celui des personnes qui se retrouvent quotidiennement dans un département qui accueille des personnes atteintes de la COVID-19, comme c’est le cas en ce moment au département D2 de l’hôpital de Chicoutimi avec pas moins de 18 cas.

Le docteur Donald Aubin s’est pour sa part dit satisfait du taux de réponse du personnel du réseau de la santé aux opérations de dépistage. Plus ou moins 50 % du personnel du CIUSSS répond lorsque ces opérations sont mises en place, un nombre qui permet, selon lui, d’avoir une bonne idée de la circulation du virus dans les établissements qui font face à des éclosions.

Il faut noter que le CIUSSS n’a pas le pouvoir d’obliger le personnel à se soumettre à un test de dépistage.