Le directeur général du Centre de géomatique du Québec, Jean Martel, et la chercheuse principale du Centre et organisatrice du Women in Data Science à Saguenay, Mozhdeh Shahbazi.
Le directeur général du Centre de géomatique du Québec, Jean Martel, et la chercheuse principale du Centre et organisatrice du Women in Data Science à Saguenay, Mozhdeh Shahbazi.

Women in Data Science à Saguenay: quand les femmes s’attaquent aux données

Émilie Morin
Émilie Morin
Le Quotidien
Environ 80 personnes étaient présentes, lundi matin, à l’Hôtel Chicoutimi, à la première édition du Women in Data Science (WiDS) à Saguenay. Le prestigieux colloque, qui a lieu dans plus de 150 villes à l’échelle mondiale, se tenait pour une première fois dans la région, seul endroit au Québec à accueillir l’événement.

La conférence WiDS vise à mettre de l’avant la contribution des femmes à la science des données. Une quinzaine de chercheuses et professionnelles étaient sur place pour présenter le résultat de leurs recherches et faire valoir la contribution des femmes au monde de la donnée.

Si un tel événement est possible, c’est grâce à Mozhdeh Shahbazi, chercheuse principale au Centre de géomatique du Québec (CGQ), organisation qui forme un partenariat avec le Cégep de Chicoutimi. Mme Shahbazi raconte qu’elle n’en est pas à sa première implication au sein de la WiDS. « Women in Data Science est organisée par l’Université de Stanford depuis 2015. Moi, je la connais depuis 2016, quand j’ai commencé mon poste comme professeure à l’Université de Calgary en génie géomatique. J’ai commencé à l’organiser en 2017, 2018 et 2019 avec des collègues à Calgary, mais j’ai déménagé ici, à Saguenay, pour travailler comme chercheuse principale au CGQ, et j’ai amené cette initiative-là avec moi, au Saguenay. »

Jean Martel, directeur général au CGQ, mentionne avoir immédiatement adhéré à l’idée. « Le CGQ est un centre collégial de transfert depuis 20 ans. Dans le volet géomatique, qui est tout le positionnement géographique des objets, entre autres, il y a tout un volet de gestion de données. En même temps, on doit constater aussi que la présence des femmes dans ce milieu-là n’est pas très élevée. Donc, quand Mozhdeh, ma collègue, nous a interpellés avec l’idée de faire ce colloque-là de Women in Data Science, on a trouvé que c’était une super bonne idée. »

Des dizaines de personnes ont participé à la première édition du Women in Data Science, à l’Hôtel Chicoutimi.

Une collaboration au résultat inspirant

Le directeur général du Cégep de Chicoutimi, André Gobeil, était extrêmement fier de la participation du Cégep de Chicoutimi à l’événement. « Le CGQ, c’est comme le navire amiral de l’écosystème de recherche. Quand on parle d’enseignement supérieur, on parle de recherche fondamentale, mais au cégep, il y a surtout de la recherche appliquée. On essaie de trouver des façons de faire pour faire face à des problèmes précis. »

André Gobeil était visiblement impressionné par la programmation du colloque. « Comme collège, on ne peut pas passer à côté de quelque chose comme ça. On parle beaucoup de parité. Il faut qu’on fasse des gestes pour la susciter cette parité-là. Il faut trouver comment faire. Je suis ici aujourd’hui, et je trouve ça tellement stimulant ! J’ai travaillé longtemps dans l’industrie du jeu vidéo, et c’était tous des gars, alors de voir ça aujourd’hui, je me dis : “Wow ! ”. »

M. Gobeil ajoute qu’il y aura très certainement une seconde édition du WiDS à Saguenay, étant donné le succès de l’événement. Mozhdeh Shahbazi, quant à elle, n’écarte pas l’idée de faire rayonner le colloque ailleurs dans la province. « C’est une belle réussite aujourd’hui, et on pense le continuer l’année prochaine, peut-être même le faire bouger à d’autres places au Québec. »

« Éventuellement, aussi, il y a toute une possibilité de partenariat avec d’autres centres de transfert au Québec, qui utilisent aussi des données, parfois dans d’autres domaines d’application bien spécifiques. On pense à la foresterie, aux sciences marines, à la géologie », ajoute Jean Martel, avec enthousiasme.

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DES STATISTIQUES QUI PARLENT

La rectrice de l’UQAC et présidente d’honneur du WiDS, Nicole Bouchard, qui a pris la parole lors du lancement du colloque, a donné quelques statistiques qui illustrent la participation des femmes dans différents domaines universitaires. Les statistiques, bien que propres à l’UQAC, se reflètent à l’ensemble du Québec, a précisé Mme Bouchard.

Même si elles composent 60 % de la clientèle universitaire, les femmes ne représentent que 19 % des étudiantes dans l’ensemble des programmes de génie. En informatique et en gestion, le chiffre baisse à 13 %. En jeux vidéo, on remarque une légère augmentation avec 25 %. En comparaison, des programmes comme les soins infirmiers, le travail social et la psychologie montrent des statistiques respectives de 84 %, 90 % et 75 %.

Abordant les difficultés rencontrées par les chercheuses pour faire valoir leur travail lorsqu’elles le concilient à la maternité, Nicole Bouchard a rappelé, durant son discours, l’importance de se rencontrer entre femmes. « Le marché du travail est une jungle. Oui, le rapport de force existe. Il y a des “boys’ clubs”, il faut faire des “girls’ clubs”. Il n’y a pas de gêne à être entre femmes. »