Le chef de la direction stratégique chez Waste Robotics, Michel Laforest, conteste les chiffres avancés par Saguenay, qui a annoncé son choix pour les bacs bruns.

Waste Robotics revient à la charge

L’entreprise québécoise Waste Robotics, qui a mis au point un bras robotisé permettant la collecte de matières organiques dans des sacs au lieu de bacs, ne baisse pas les bras. Bien que Saguenay ait récemment affiché ses couleurs en faveur du bac brun, le chef de la direction stratégique de l’entreprise, Michel Laforest, réclame une rencontre avec les élus pour faire valoir une bonne fois pour toutes les avantages, selon lui nombreux, de sa technologie.

Le directeur a accordé plusieurs entrevues, au cours de la dernière année, pour expliquer les tenants et aboutissants de la collecte en sacs. Il espérait évidemment que Saguenay devienne la première ville québécoise à opter pour le bras robotisé. Ce n’est cependant pas ce qui s’est produit. Quelques semaines après la tenue d’une séance d’information, Michel Laforest demeure convaincu que l’administration municipale a fait le mauvais choix. De surcroît, il est d’avis que la Ville a erré lorsqu’elle a comparé les coûts relatifs aux deux méthodes de collecte.

Saguenay évalue à autour de 4,2 millions $ les dépenses supplémentaires liées à la collecte des matières organiques en sacs, tandis que Waste Robotics, qui dit s’appuyer sur des études crédibles, estime qu’environ 14 millions $ seraient économisés sur 15 ans grâce aux sacs.

« On est du monde droit. On veut véhiculer la bonne information. On nous a rejetés principalement pour une raison de coûts et là où le bât blesse, c’est qu’on ne nous a jamais donné la chance de rencontrer les élus de Saguenay pour qu’on puisse leur présenter notre technologie et nos coûts. On n’a pas voulu se mêler du débat politique autour du bac brun, mais jusqu’à un certain point, ce qui a été véhiculé vient toucher notre intégrité », martèle Michel Laforest, venu expressément de Québec pour accorder une entrevue au Quotidien.

« Nous respectons la décision des élus de retenir l’option des bacs bruns. Toutefois, il apparaît nécessaire de rectifier les hypothèses et chiffres présentés par la Ville, qui plombent indûment et unilatéralement la solution de Waste Robotics tant sur le plan économique que technique. Une fois tous les éléments de notre proposition correctement pris en compte, notre technologie permettrait à la ville d’économiser autour de 14 millions $ sur 15 ans. On parle d’une différence de 18 millions $. Ça vaudrait peut-être la peine de se parler ! », lance celui qui entretient toujours une lueur d’espoir.

Qualité A

Le représentant de Waste Robotics rappelle que l’objectif poursuivi par Saguenay, qui doit se conformer aux lois environnementales québécoises en récupérant et en revalorisant ses matières organiques au plus tard en 2022, est de produire du compost de qualité A à coût raisonnable.

S’il a été véhiculé que la technologie des sacs ne garantit pas du compost de première qualité, Michel Laforest indique plutôt qu’il est impossible de l’affirmer.

« À Montréal, il a été démontré que les bacs bruns contenaient entre 10 et 40 pour cent de contaminants. Des études menées chez des clients qui utilisent notre technologie prouvent que deux fois sur trois, la technologie des sacs génère du compost de qualité B. On pense qu’on est capables de produire du compost de qualité A et il n’y a pas de lien direct sur la qualité du compost, que ce soit avec le bac ou le sac », note le directeur.

«LES CHIFFRES NE CORRESPONDENT PAS À LA RÉALITÉ» - MICHEL LAFOREST

Selon Waste Robotics, il subsiste une dichotomie entre les données avancées par Saguenay, dans un encart publié à la fin septembre, et celles de Waste Robotics. 

De plus, estime Michel Laforest, le montant diffusé de 13 $ par unité d’habitation pour les collectes additionnelles ne correspond pas à celui de 26,61 $ (1,8 million pour 71 000 portes) inclus dans le Plan de gestion des matières recyclables (PGMR) de Saguenay, préparé en 2016.

« Ça ne correspond pas à nos chiffres et on n’est pas d’accord avec ça. La réalité, c’est que Recyc-Québec, qui a regardé comment ça coûterait, n’arrive pas à ces chiffres-là non plus », enchaîne-t-il. Michel Laforest rappelle également que les bacs bruns sont assortis d’une garantie de 15 ans offerte par le manufacturier, mais qu’ils sont aussi soumis au phénomène de la dépréciation. Quant aux sacs, recyclables, ils sont récupérés systématiquement.

Enfin, Michel Laforest croit qu’il est faux de dire que la Loi oblige les villes à faire du compost à l’intérieur, nécessitant ainsi l’implantation d’infrastructures destinées à cette fin.

« Pour le tri optique, oui, mais pour le compostage, la directive du ministère de l’Environnement est très claire. On n’est pas obligés de faire du compostage fermé », dit le chef de la direction stratégique, documents en main. 

Taux de récupération

Michel Laforest rappelle que la collecte des matières organiques en sacs offre le meilleur taux de récupération et permet de réduire de façon considérable l’émission de gaz à effet de serre puisque les sacs sont déposés dans le bac à ordures, éliminant ainsi des collectes additionnelles.

« Nous sommes en total désaccord avec les chiffres avancés par Saguenay le 26 septembre dernier et nous souhaitons que les citoyens de la région détiennent un portrait juste des chiffres et des enjeux reliés à la collecte sélective des organiques. Nous réitérons que nous restons disponibles à une éventuelle rencontre officielle avec les élus responsables du dossier afin de leur présenter directement notre proposition, ce que nous n’avons malheureusement jamais été capables de faire malgré nos multiples demandes », conclut Michel Laforest.