Il y a deux ans, le Canada avait déposé plainte auprès de l’OMC pour contester des droits compensateurs imposés par les États-Unis sur son bois d’oeuvre résineux.
Il y a deux ans, le Canada avait déposé plainte auprès de l’OMC pour contester des droits compensateurs imposés par les États-Unis sur son bois d’oeuvre résineux.

Washington fait appel d’une décision de l’OMC sur le bois canadien

Agence France-Presse
GENÈVE — Les États-Unis ont annoncé lundi qu’ils faisaient appel d’un verdict de l’OMC favorable aux Canadiens portant sur le bois de construction, au coeur d’un contentieux de longue date entre Washington et le Canada.

Le gouvernement canadien s’est aussitôt dit «déçu» de la décision américaine. Celle-ci «arrive à un moment où l’Organe d’appel de l’OMC n’est pas en mesure d’entendre les appels, conséquence directe du refus des États-Unis d’accepter la nomination de nouveaux membres à l’Organe même», a déploré la ministre canadienne du Commerce international, Mary Ng.

La cour d’appel de l’Organe de règlement des différends (ORD) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dont la nomination des juges est bloquée par Washington, n’est plus opérationnelle depuis le 11 décembre, faute de magistrats suffisants.

«Comme indiqué dans notre notification à l’ORD concernant la décision américaine de faire appel, nous sommes ouverts à des discussions avec le Canada sur la marche à suivre dans ce différend», a fait savoir  lundi la représentation américaine auprès de l’OMC.

Il y a deux ans, le Canada avait déposé plainte auprès de l’OMC pour contester des droits compensateurs imposés par les États-Unis sur son bois d’oeuvre résineux. Il s’agissait du 9e litige engagé par Ottawa auprès de cette instance.

Ces droits, initialement fixés entre 17,41 % à 30,88 % et en fonction des entreprises, «ont causé un préjudice injustifié à l’industrie canadienne et aux consommateurs américains, et entravent la reprise économique dans les deux pays», a estimé la ministre canadienne dans un communiqué.

«Nous continuerons à contester ces droits par tous les moyens possibles, notamment par la voie de notre contestation judiciaire en cours dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain», a dit Mme Ng en faisant référence au nouveau traité commercial entre Ottawa, Washington et Mexico entré en vigueur cet été.

Depuis près de 40 ans, les États-Unis estiment que les prix du bois de construction canadien sont «injustement sous-évalués» et que ces marchandises sont «subventionnées».

Nombreux recours judiciaires

Outre devant l’OMC, de nombreux recours judiciaires ont été effectués au cours du temps devant des juridictions des pays.

En décembre 2017, la commission américaine du commerce international (ITC) avait ainsi conclu que les industriels canadiens exportaient leur bois de construction à des prix de dumping, justifiant les pénalités imposées à la frontière.

Elle notait alors un «préjudice notable» pour les Américains.

Le Canada avait dénoncé une décision sans fondement puis avait demandé en mars 2018 à l’OMC de constituer un panel, dont les conclusions, favorables aux Canadiens, ont été publiées fin août.

Le gouvernement fédéral canadien, comme celui du Québec, s’était «réjoui» de la décision de l’OMC et a appelé les États unis à en tirer les conséquences. Mais le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, avait alors immédiatement critiqué les conclusions du rapport, estimant qu’il «protégerait les subventions massives du Canada au bois de construction».