Vaccin: pourquoi 18 mois pour la COVID et plus de 30 ans pour le VIH ?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Q : «Pourquoi on dit qu’un vaccin contre la COVID-19 pourrait être disponible d’ici 12 à 18 mois alors que pour le VIH, ça fait plus de 30 ans qu’on cherche sans trouver ?», demande Jason Grondin.

R : En général, quand un virus nous infecte, le système immunitaire trouve assez rapidement comment faire des anticorps qui neutralisent le microbe et l’empêchent de se reproduire. Il apprend également à reconnaître les cellules infectées (où le virus est en train d’être répliqué) et à les détruire. Certes, il n’y parvient pas toujours à temps : il y a des virus comme la fièvre Ébola qui tuent un certain nombre de malades avant qu’ils soient capables de les combattre. Mais dans l’ensemble, l’organisme finit par produire des anticorps efficaces.

Ce n’est toutefois pas ce qui se passe avec le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). Comme l’expliquait un article paru en 2008 dans le New England Journal of Medicine, «pour l’essentiel, la réponse immunitaire naturelle du corps humain contre le VIH est complètement inadéquate». D’une part, le virus s’intègre très rapidement à l’ADN des cellules infectées (ce qui les forcent à faire des copies virales) et devient alors invisible pour le système immunitaire. Et d’autre part, ce virus-là mute à une telle vitesse que «le temps que l’organisme apprenne à produire des anticorps, l’enveloppe externe du VIH, qui est la cible des anticorps, a déjà tellement changé que les anticorps en circulation ne peuvent plus neutraliser le virus. De nouveaux anticorps sont alors produits, mais de nouvelles mutations permettent continuellement au virus d’échapper au système immunitaire», lisait-on dans cet article.

Alors on peut bien mettre au point des vaccins qui présentent des bouts de VIH au système immunitaire, cela ne donne rien : le corps va juste apprendre à produire des anticorps inopérants. Il y a par ailleurs des parties de ce virus-là qui ne changent pas ou peu et qui pourraient en principe servir de cible efficace et durable, mais en pratique elles sont situées «à l’intérieur» du virus, pour ainsi dire, ce qui les place hors d’atteinte pour les anticorps.

Bref, si nous n’avons toujours pas de vaccin contre le VIH plus de 40 ans après sa découverte, c’est parce que ce virus-là est un horrible casse-tête.

Heureusement, la COVID-19 ne se comporte pas du tout de cette manière. Même s’il reste encore beaucoup de choses à éclaircir sur la réponse immunitaire à ce coronavirus, tout indique que les anticorps développés lors de l’infection sont efficaces. D’abord, lorsqu’on injecte le plasma (la partie liquide du sang, qui contient les anticorps) de gens qui sont guéris de la COVID-19 à des patients dans un état critique, leur état s’améliore nettement, ont trouvé deux études parues récemment. C’est un signe assez clair que nos anticorps fonctionnent bien.

Ensuite, on s’attend à ce que ceux qui ont fait la maladie soient immunisés, au moins pour quelques mois. Une petite étude (pas encore publiée, donc à interpréter avec prudence) a trouvé que des singes qui avaient déjà été infectés ne refaisaient pas la COVID-19 quand on les réexposait au virus.

Les médias ont certes évoqué quelques cas de réinfections possibles, notamment en Corée du Sud et en Colombie-Britannique, mais il n’est pas clair s’il s’agit vraiment de gens qui s’étaient complètement débarrassé du virus et qui ont été de nouveau infectés, ou s’il leur restait encore des virus de la première infection qui ont recommencé à se multiplier. Il se peut aussi que ce soit simplement des erreurs de test, rapportaient cette semaine des médias coréens. Mais dans tous les cas, ce sont là des exceptions : la règle générale est qu’une fois guéri, on est immunisé (même si c’est pour une période encore inconnue).

Alors il n’y a pour l’instant aucune raison de croire que la recherche d’un vaccin contre la COVID-19 se butera aux mêmes difficultés que pour le VIH. Ça ne signifie pas que ce vaccin-là sera «facile» à mettre au point, avertit Amir Hossein Momen, chercheur post-doctoral en immunologie à l’UQAC, parce qu’il faut trouver la bonne protéine virale et la bonne formulation qui feront produire les bons anticorps à notre système immunitaire. «Et il y a d’autres problèmes à prendre en considération aussi, comme les effets secondaires et les mutations du virus [ndlr : le coronavirus ne mute pas aussi rapidement que le VIH, mais il se transforme quand même]», ajoute-t-il. Mais ce ne sont pas là des difficultés du même ordre que pour la mise au point d’un vaccin contre le VIH.

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