Plus de risques pour les asthmatiques?

Q: «Je me demande s’il y a des médicaments contre-indiqués pour les asthmatiques contre le coronavirus? Doivent-ils prendre les médicaments ou chaque cas est évalué différemment et doit être ajusté par le médecin traitant?», demande Marie-Pierre Desbiens, de Québec.

R La réponse des pneumologues est claire : si vous êtes asthmatique, vous ne devez pas interrompre votre traitement à base de corticostéroïdes inhalés (comme le Flovent) ou oraux qui contrôlent la maladie. L’arrêt de ces médicaments entraîne souvent une aggravation potentiellement dangereuse de l’asthme, et éviter les corticostéroïdes lors de crises d’asthme sévères peut aussi avoir de graves conséquences. «C’est vraiment important que les patients continuent leur traitement», insiste le Dr Louis-Philippe Boulet, pneumologue à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, grand spécialiste de l’asthme et titulaire de la Chaire Cœur-Poumon. On sait que les infections respiratoires peuvent exacerber les symptômes de l’asthme, et les patients devraient suivre leur plan de traitement qui prévoit cette éventualité, et communiquer au besoin avec leur médecin traitant.

Inflammation

Les corticostéroïdes agissent sur l’inflammation des bronches à l’origine de l’asthme, et interfèrent donc avec le système immunitaire. Des chercheurs ont émis l’hypothèse qu’en supprimant l’inflammation, un mécanisme de défense important, ils pourraient éventuellement faciliter la réplication du virus. Cependant, rien n’indique que les personnes qui prennent ces médicaments soient plus à risque de contracter la COVID-19 ou même qu’elles aient des symptômes plus graves si elles sont infectées. «Pour l’instant, les asthmatiques ne semblent pas plus à risque de complications de la COVID-19», confirme Catherine Laprise, professeure à l’UQAC et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’étude des déterminants génétiques de l’asthme.

Si les corticostéroïdes ont suscité la controverse récemment, c’est plutôt parce qu’on ne sait pas dans quelle mesure ils peuvent bénéficier ou nuire aux personnes atteintes de pneumonies, de détresse respiratoire ou de choc septique dus à la COVID-19. Selon une revue de la littérature scientifique publiée dans The Lancet en février, les corticostéroïdes n’ont a priori pas de bénéfices dans ces cas-là, et pourraient effectivement nuire. Les auteurs indiquent qu’en dehors des études cliniques, les médecins ne devraient pas les administrer de manière systématique aux patients souffrant de ces symptômes graves.

La recherche est encore en cours et tout ceci est susceptible d’évoluer. L’Initiative mondiale pour l’asthme suit le développement de la recherche et tient ses conseils à jour

Les asthmatiques craignent aussi les pénuries de salbutamol, le principal bronchodilatateur utilisé pour traiter les crises d’asthme. Comme ce médicament peut aussi être utile à certains patients atteints de la COVID-19, et que plusieurs des personnes qui en prennent en ont fait des provisions, les ventes ont beaucoup augmenté ces derniers temps dans plusieurs pays. Même si la situation est inquiétante, plusieurs experts se font rassurants, à la fois car il existe des alternatives que les médecins et pharmaciens peuvent proposer aux patients, et aussi parce que les fabricants disent pouvoir assez vite combler d’éventuelles pénuries, qui ne semblent pas pour l’instant avoir eu de conséquences. Malheureusement, des pénuries passagères de salbutamol ne sont pas nouvelles, et il n’est pas dit que celle qui se pointe à l’horizon soit beaucoup plus grave que celles des années passées. Pour diminuer les risques, médecins, pharmaciens et autorités de santé demandent à la population de ne pas stocker de médicaments (une seule pompe de bronchodilatateur, bien utilisée, dure des mois!) et de ne pas les gaspiller, par exemple en jetant des pompes avant qu’elles ne soient complètement vides.

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