Le coronavirus ne survit pas bien hors du corps humain et la contagion indirecte via d’abord du papier, puis les mains et la bouche, n’est pas du tout son mode naturel de transmission (qui est plutôt les gouttelettes expulsées lors de la toux ou des éternuements).

Faut-il avoir peur… des journaux?

Q : «On sait que la COVID-19 peut rester active sur du carton pendant 24 heures. On peut donc supposer qu’il en va de même pour le papier. Quelles sont les mesures prises par Le Soleil et les autres journaux pour éviter la propagation par les copies en papier? Les camelots ont-ils des consignes à respecter à cet égard ?» demande Ariane Nantel, de Sainte-Brigitte-de-Laval.

R : Je suis bien évidemment en conflit d’intérêts patent pour répondre à cette question. Mais tout de même : ce qu’on sait de ce coronavirus est plutôt rassurant à cet égard. Il y a bien une étude parue la semaine dernière dans le New England Journal of Medicine qui a trouvé que la COVID-19 peut survivre jusqu’à 24 heures sur des surfaces en carton, mais il faut savoir que c’est moins de 1 % des virus qui persistent aussi longtemps. En fait, sur du carton, le nombre de virus de la COVID-19 diminue de moitié à toutes les 3h30 environ, lit-on dans cet article.

Comme il faut un bon 6 heures pour imprimer un journal et le livrer (dans les meilleurs cas), cela signifie que beaucoup de virus ont le temps de mourir, mais que oui, il peut en principe en rester encore sur le journal quand nos abonnés vont prendre leur copie le matin. Cependant, ce risque est surtout théorique parce que ce coronavirus ne survit pas bien hors du corps humain et que la contagion indirecte via d’abord du papier, puis les mains et la bouche, n’est pas du tout son mode naturel de transmission (qui est plutôt les gouttelettes expulsées lors de la toux ou des éternuements). À cause de cela, il est très improbable de contracter la COVID-19 en se faisant livrer le journal. 

Notez que, conflit d’intérêts oblige, j’ai soumis cette manière de résumer les choses à deux experts indépendants — Dr Guy Boivin, titulaire de la Chaire de recherche sur les virus émergents de l’Université Laval, et Pierre Talbot, spécialiste des coronavirus de l’Institut Armand-Frappier (INRS) — qui m’ont tous deux confirmé qu’elle était valable. Tout cela, précise Dr Boivin, «peut être plus problématique dans des restaurants où un même journal est partagé par plusieurs personnes en un court laps de temps. Cependant, les commerces et restaurants étant fermés, le risque est minime».

Cela dit, on ne peut pas présumer non plus que le risque est de zéro, si bien que des mesures spéciales d’hygiène ont été prises, me dit Stéphane Lavallée, dg de la Coopérative nationale de l’information indépendante, dont font partie Le Soleil, Le Droit, Le Nouvelliste, La Voix de l’Est, La Tribune et Le Quotidien. «Notre imprimeur, TC Transcontinental, a interdit l’accès à ses usines à toute personne qui ne fait pas partie de son personnel», indique M. Lavallée, qui ajoute que l’entreprise demande aussi à ses employés de respecter des consignes additionnelles de sécurité (lavage des mains, désinfection des équipements, etc.).

La manipulation des copies a également été réduite, poursuit-il : les journaux sont regroupés en paquets de manière automatisée, paquets qui sont ensuite enveloppés d’un couche de papier. Enfin, les livreurs doivent désormais prendre les copies sans sortir de leur camion, et le chargement se fait mécaniquement.

Du côté du Soleil et des journaux du groupe des coops, «livreurs et camelots ont reçu la semaine dernière des indications claires pour le respect des consignes de la santé publique : lavage fréquent de mains, toux dans le coude, etc. (…) Lors de la livraison, nous leur demandons de limiter au minimum les contacts avec le papier», indique M. Lavallée.

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