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Vos questions sur la COVID-19

La grippe, victime collatérale du confinement?

Q: «Il serait intéressant de connaître l’effet des mesures actuelles sur les autres maladies contagieuses. En théorie, elles devraient toutes baisser de façon radicale en raison du confinement, tant la gastro-entérite, les rhumes que la grippe, non ?» demande Jacques Fortin, de Québec.

R: C’est effectivement ce à quoi on peut s’attendre, à tout le moins en ce qui concerne les infections respiratoires qui se propagent d’une manière comparable à la COVID-19. Et c’est bel et bien ce qui semble s’être passé au cours des dernières semaines — même si on n’en sera sans doute jamais certain, j’y reviens tout de suite.

L’Institut de la santé publique (INSPQ) a un réseau de surveillance de l’influenza qui compile des statistiques sur les tests d’influenza qui sont commandés par les médecins du Québec — ce qui représente généralement quelques milliers de tests par semaine en hiver. On considère que la «saison de la grippe» est officiellement commencée à partir du moment où plus de 5 % des tests sont positifs, ce qui est arrivé vers la fin de novembre cette saison-ci. Et comme le montre le graphique suivant, cette proportion s’est complètement écroulée au cours du mois de mars (semaines 9 à 13).

Vos questions sur la COVID-19

S'isoler après avoir été hospitalisé pour une autre raison que la COVID-19?

Q: Les résidents de CHSLD ou de résidence privée pour aînés (RPA) qui reviennent dans leur milieu de vie après un séjour à l’hôpital pour un problème de santé non relié à la COVID-19 doivent-ils être isolés? demande Linda Audet, de Québec.

R: Les usagers nouvellement admis en CHSLD ou en RPA de même que celles qui reviennent d’un séjour à l’hôpital sont placés en isolement à leur chambre pendant 14 jours suivant leur arrivée, et leurs symptômes sont surveillés de près, indique une porte-parole du ministère de la Santé, Marie-Claude Lacasse. Si l’usager développe des symptômes, il se soumettra à un test de dépistage, et son dossier sera priorisé. Les CHSLD et les RPA sont par ailleurs appelés à restreindre au maximum le nombre d’intervenants qui travaillent auprès de ces usagers, précise encore Marie-Claude Lacasse.

Quant aux personnes qui reviennent à leur domicile après avoir été hospitalisées pour une autre raison que la COVID-19, il n’y a pas de mesures particulières à respecter autres que celles qui s’appliquent à l’ensemble de la population (distanciation de deux mètres, éviter les rassemblements intérieurs ou extérieurs, etc.), mentionne la porte-parole du ministère.

Vos questions sur la COVID-19

Utiles les masques maison pour tous?

Q: «Nous voyons sur les réseaux sociaux des patrons pour faire des masques et des personnes incitent à en fabriquer. Est-ce que des masques faits maison sont utiles pour protéger les adultes et enfants? Le directeur de la santé publique nous recommande la distanciation et le lavage de mains comme les meilleures protections. Qu’en pensent nos scientifiques ?» demande Louise Morin, de L’Ancienne-Lorette.

R: De nombreux chercheurs se sont prononcés à ce sujet dans les derniers jours. La plupart pensent qu’utiliser des masques en tissu ne peut pas nuire, et peut éventuellement être utile, ne serait-ce que pour rassurer. Plusieurs craignent cependant que les masques procurent un faux sentiment de sécurité et nous incitent à procéder moins scrupuleusement au lavage des mains et à la distanciation physique, deux mesures qui, elles, ont fait la preuve de leur très grande efficacité pour barrer la route au virus.    

L’Organisation mondiale de la santé ne recommande pas le port du masque dans la communauté. Mais plusieurs pays ont révisé leurs positions ces derniers jours. L’Agence de santé publique du Canada a annoncé que ses experts sont parvenus à un consensus à l’effet que le port du masque en tissu est une mesure additionnelle appropriée lorsqu’il est difficile de respecter la distanciation sociale. Le Dr Howard Njoo, directeur adjoint de la santé publique du Canada, indique toutefois qu’il ne s’agit pas d’une recommandation,  mais plutôt d’un «conseil permissif». Aux États-Unis, les Centers for Disease Control and Prevention en ont fait une recommandation plus formelle.

Mais est-ce que ces mesures vont vraiment ralentir la propagation du virus, ou vont-elles plutôt inciter les commerces à admettre plus de gens à la fois et les clients à se côtoyer d’un peu plus près, ce qui pourrait au contraire faciliter sa transmission? Et est-ce que les masques vont être portés d’une manière qui diminue vraiment les risques de s’infecter ou d’infecter les autres? Pour l’instant, personne ne le sait, pas même dans les pays où on impose le port du masque. 

Le problème, c’est que même si cela semble aller de soi que mieux vaut porter un masque en tissu que rien du tout, on n’en a aucune preuve scientifique. Voilà pourquoi les autorités de santé publique avaient jusqu’à présent jugé que ce n’était pas une bonne mesure à mettre de l’avant. Mais face aux difficultés à faire respecter la distance physique dans certains lieux, comme à New York, sous la pression de la population de plus en plus anxieuse et au vu des nouvelles connaissances sur les modes de propagation du coronavirus, plusieurs ont réévalué la question.

La plupart des études existant sur les masques portent soit sur les masques chirurgicaux, dont on sait que le système de santé a un besoin vital, soit sur l’usage de masques en milieu hospitalier, où les risques de contamination sont beaucoup plus élevés que dans des commerces ou autres lieux publics, et où le personnel est formé. Porter un masque de manière efficace, ce n’est pas si évident, puisqu’il faut à la fois bien l’ajuster, ne jamais le toucher (pour le mettre, l’enlever ou le repositionner) sans avoir les mains parfaitement propres et s’assurer aussi que le masque n’est pas entré en contact avec un objet, ou une autre partie du corps (comme le cou ou le front), qui pourrait avoir été contaminé. Il faut aussi le garder propre et sec, de manière qu’il n’entrave pas la respiration et ne devienne pas un nid à microbes. 

Quelques études sur le port de masques en tissu dans la communauté ont aussi été réalisées dans l’éventualité d’une pandémie de grippe. Elles ont cependant été menées avec des petits groupes de personnes, en laboratoire, avec des nébuliseurs projetant de grandes quantités de micro-organismes dans l’air. Les cobayes ont eu à porter des masques neufs sur une courte période de temps et pour réaliser un nombre limité d’activités, après avoir appris à les manipuler correctement. 

Dans ce contexte, il semble clair qu’un masque en tissu maison peut retenir une partie des particules virales. Cela a notamment été démontré dans cette étude publiée en 2013 par des chercheurs britanniques sur un groupe de 21 personnes. Les chercheurs en avaient cependant conclu que le port du masque en tissu devrait être considéré comme une mesure de dernier recours uniquement pour protéger ceux qui sont en contact fréquent avec des porteurs symptomatiques. Le masque de tissu, selon leurs conclusions, n’arrête pas les aérosols pouvant éventuellement contenir des traces de virus, mais seulement les gouttelettes plus grosses émises lorsqu’une personne tousse ou éternue.

Une autre étude publiée en 2008, avec un groupe de 28 personnes, avait conclu que les masques en tissu filtrent bien les gouttelettes des autres, mais n’arrêtent à peu près pas les particules virales émises par la personne qui le porte. Les chercheurs étaient alors très prudents dans leurs conclusions, indiquant juste que «il ne peut être exclu» que la protection offerte par les masques en tissu puisse être suffisante pour avoir un impact sur la transmission d’un virus lors des premières vagues d’une pandémie. On est loin d’une certitude.

En 2015, le British Medical Journal avait publié une revue de littérature sur l’utilisation des masques dans la communauté, qui recensait essentiellement des études réalisées avec des masques chirurgicaux, souvent en combinaison avec d’autres interventions comme le lavage accru des mains. Même si les masques en tissu sont largement utilisés en Asie, peut-on y lire, on n’a pas de preuve clinique de leur efficacité.

Aucun chercheur n’a encore publié de compilation de l’ensemble de ces études pour déterminer si les masques en tissu ont une vraie chance d’être utiles dans le contexte actuel, alors qu’on applique déjà des mesures de distanciation physique et de lavage des mains accru. C’est normal, car cet exercice prend du temps.

C’est donc en faisant une revue de littérature «au jugé», et au vu des connaissances encore incomplètes sur les caractéristiques du coronavirus, que les experts de plusieurs pays estiment désormais que les masques en tissu pourraient peut-être quand même être (un peu) utiles. Il faudra cependant lancer rapidement des projets de recherche pour le vérifier. Pour l’instant, l’anxiété pousse de nombreuses personnes à vouloir à tout prix que l’on mette des masques. Le web regorge de conseils sur la manière de les fabriquer et de tests sur leur efficacité, mais rien de ceci ne constitue une preuve scientifique que cela fonctionne. D’ailleurs, il n’est pas exclu qu’au bout d’un certain temps, porter un masque soit plutôt considéré comme une corvée supplémentaire qui suscitera bien des hésitations. Espérons qu’à ce moment-là, on en saura un peu plus sur la réelle utilité de cette nouvelle contrainte...

Vos questions sur la COVID-19

COVID-19: poursuivre la Chine?

Q: «Comme nous savons que la souche de l’épidémie provient de Wuhan, je me demandais si les autres pays pouvaient intenter un recours contre la Chine pour sa mauvaise gestion, étant donné les coûts astronomiques engendrés dans le monde?» demande Marc Thibault, de Québec.

R: Plusieurs experts en droit international se sont déjà prononcés sur les diverses possibilités de poursuite contre la Chine, qui semblent très limitées, et ce même s’il est largement admis que les autorités chinoises ont tardé dans leur riposte initiale au coronavirus et peut-être pas fait tout en leur pouvoir pour le contenir quand il pouvait encore l’être.

La Chine pourrait être poursuivie par des individus ou des entreprises, ou par d’autres États, en vertu de plusieurs mécanismes.

Des citoyens ou entreprises canadiennes qui voudraient chercher réparation pourraient s’adresser aux tribunaux canadiens, comme l’ont déjà fait des groupes de plaignants aux États-Unis. Mais les chances de succès de ces démarches sont extrêmement minces, pour ne pas dire nulles, si l’on en croit les experts en droit comme Stephen L. Carter, professeur à l’université Yale, dont on peut lire les arguments sur le site de Bloomberg.

Selon le principe juridique de l’immunité des États, inscrit dans les lois de nombreux pays dont le Canada (Loi sur l’immunité des États) et les États-Unis (Foreign Sovereign Immunities Act), un État étranger ne peut être poursuivi devant les tribunaux des pays appliquant ce principe, sauf s’il se livre à une activité terroriste. En Floride et au Nevada, deux groupes entendent démontrer que les actions de la Chine s’apparentent à une forme de négligence intentionnelle qui s’apparente à du terrorisme. Non seulement il risque d’être impossible d’en faire la preuve, mais la possibilité d’innombrables poursuites parallèles ou de riposte risque de refroidir les ardeurs des juges. Déjà, deux avocats chinois ont à leur tour entamé une poursuite contre les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis, qui n’a pas plus de chance d’aboutir, les accusant d’avoir aussi fait preuve de grossière négligence en ne mettant pas assez rapidement en place des mesures pour freiner la progression de la pandémie aux États-Unis. Plusieurs spécialistes s’inquiètent déjà de l’avalanche de poursuites que va entraîner la pandémie, qui pourrait paralyser des systèmes de justice déjà débordés. D’innombrables acteurs ont sans doute une part de responsabilité : les gouvernements, les compagnies aériennes et autres entreprises et même de simples citoyens. 

La Chine pourrait aussi être poursuivie par d’autres pays en vertu de plusieurs accords internationaux sur la santé ou le commerce.

Le Règlement sanitaire international de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’agence des Nations Unies dont 194 pays sont membres, constitue l’accord de référence en matière d’épidémies. Sa dernière édition, publiée en 2005, est l’aboutissement des négociations entre pays qui ont débuté en 1851 pour le contrôle du choléra. Il oblige les États membres à «prévenir la propagation internationale des maladies, à s’en protéger, à la maîtriser et à y réagir par une action de santé publique proportionnée et limitée aux risques qu’elle présente pour la santé publique, en évitant de créer des entraves inutiles au trafic et au commerce internationaux.» Comme souvent dans ce genre de grand traité, il y a toutefois très peu de détails sur la manière dont tout cela doit se faire précisément, pour que cela puisse s’appliquer à tous les pays, et dans toutes les circonstances. Les précédentes versions ne visaient ailleurs que des maladies bien précises, comme le choléra, la variole et la fièvre jaune. Cet accord, aussi imparfait soit-il, est le premier conçu dans l’éventualité qu’émergent de nouveaux pathogènes.

Aucun État n’a, pour l’instant, accusé formellement la Chine de ne pas avoir rempli ses obligations inscrites au Règlement sanitaire international, et il est fort probable qu’aucun ne le fera, selon l’expert américain en droit international de la santé David Fidler qui a publié son analyse dans Just Security, une revue de droit international produite par l’Université de New York.

D’une part, explique-t-il, les pays savent qu’aucun d’eux n’est à l’abri d’un nouveau virus qui émergerait sur leur territoire, ni à l’abri d’une réaction tardive dans lesquels les dirigeants se mettent la tête dans le sable contre l’avis de leurs propres experts, comme on l’a vu aux États-Unis.

D’autre part, cet accord, comme bien d’autres ententes internationales du même genre, ne prévoit pas de sanction précise pour ceux qui en dérogent, ce qui ne motive pas les poursuites. David Fidler ajoute qu’au cours de l’histoire, plusieurs pays auraient pu invoquer le non-respect des accords internationaux en matière de santé, lors de l’épidémie de grippe espagnole, du sida ou du virus Zika, mais aucun ne l’a fait.

Les accords signés au travers de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) prévoient aussi des obligations sanitaires. «La Chine fut toujours, de façon notoire, l’enfant terrible en matière sanitaire, selon des rapports officiels et non officiels, ainsi que selon des études indépendantes», explique Dan Markus Kraft, chargé de cours à l’Université de Montréal et membre du Centre de droit des affaires et du commerce international. «Mais au lieu de se confronter directement en raison de la non-observance d’une règle, les pays victimes passent d’abord par des moyens diplomatiques, puis des consultations à l’OMC avant d’en arriver à une décision arbitrée.»

Au bout du compte, ce seront des considérations géopolitiques qui feront en sorte que la Chine sera, ou non, sanctionnée par les autres pays. Alors qu’elle semble avoir réussi, au moins pour un temps, à juguler l’épidémie sur son propre territoire, elle peut peser fort dans la balance en aidant aujourd’hui le reste du monde à passer à travers cette crise, grâce à son pouvoir économique et scientifique. Qui voudra encore poursuivre la Chine si elle invente un vaccin qui mettrait fin à la pandémie?

Vos questions sur la COVID-19

Faudra-t-il se méfier des moustiques?

Q: «Je me demande si les moustiques et les autres insectes piqueurs pourraient être des vecteurs de contagion lorsque les beaux jours reviendront?» veut savoir Vincent McCormack. Avec le printemps et la neige qui fond, plusieurs lecteurs nous ont envoyé cette question. Alors voyons voir…

R: On a tendance à penser que les maringouins peuvent propager un peu n’importe quelle maladie en piquant des gens malades et en transportant le sang contaminé vers d’autres personnes. Mais de manière générale, ce n’est vraiment pas si facile que cela, pour un virus, d’être transmis par des moustiques.

D’abord, lit-on sur le site de la revue Nature, la «bouche» des moustiques est composée de six parties différentes, dont quatre servent à pénétrer la peau. Les deux autres sont faites comme des tubes : l’un pour injecter de la salive, l’autre pour aspirer le sang. Mais il n’y a généralement pas de transfert de sang lors de la piqûre : seule de la salive est inoculée et, si elle ne contient pas de virus, aucune maladie n’est transmise.

Certains virus ont évolué pour être propagés par les morsures d’insectes, par exemple en étant capables de se reproduire dans les glandes salivaires de certaines espèces de moustiques, mais ce n’est absolument pas le cas de la COVID-19 — et la règle générale est que les virus avalés par les moustiques sont digérés comme le reste du sang.

Un moustique peut quand même transférer du sang contaminé d’une personne à l’autre s’il pique le porteur d’une maladie puis pique quelqu’un d’autre très peu de temps après, ajoute Benoît Barbeau, chercheur en virologie à l’UQAM. Mais même dans un cas pareil, dit-il, «les chances d’avoir la COVID-19 à cause de ça sont pratiquement inexistantes». Les virus sont en effet des êtres très spécialisés qui ne peuvent infecter que certains types de cellules particuliers, qui possèdent les «bons» récepteurs à leur surface. Or la COVID-19 n’est capable d’infecter que les muqueuses des voies nasales et du haut des poumons, soit des endroits du corps qui sont beaucoup plus facilement accessibles par gouttelettes inhalées qu’en passant par le sang.

Dans le sang, les virus sont reconnus par le système immunitaire dit «inné» (contrairement aux anticorps, qui eux sont «acquis») et il faudrait une très grosse dose de COVID-19 pour contracter la maladie par le sang.

Bref, on n’aura pas à se préoccuper des moustiques plus qu’à l’accoutumée cet été.

Q: «Les oiseaux migrateurs, qui arriveront chez nous très prochainement, peuvent-ils être porteurs de la COVID-19 ?» demande Jana Lavoie.

R: «Aucunement. De ce qu’on sait de ce virus-là, les oiseaux ne le transmettent pas», dit M. Barbeau. Le «réservoir animal» (soit l’espèce qui abrite le virus de manière permanente et à partir de laquelle il a fait le saut chez l’humain) n’a pas encore été identifié avec certitude, mais les soupçons portent surtout sur des chauves-souris de Chine, et non sur les oiseaux migrateurs.

Ceux-ci sont parfois à l’origine de «zoonose», soit le passage d’un microbe animal à l’humain, mais ils sont surtout associés à l’influenza, et non aux coronavirus.

Vos questions sur la COVID-19

Confinement: questions en vrac (2)

Les modalités fines du confinement semblent avoir créé une certaine confusion parmi la population, à en juger par le grand volume de questions que nous recevons à ce sujet. Si des parents ont la COVID-19, qui doit prendre en charge leurs enfants? Que faire si un déménagement avait été prévu avant la pandémie? La règle des 2 mètres s’applique-t-elle quand on prend l’autobus? Les personnes âgées vivant en résidence peuvent-elles prendre leurs repas à la cafétéria? Voici quelques précisions.

Q: «Nous devons déménager prochainement en Estrie. Nous avons été soulagés de constater que les déménageurs sont un service essentiel de même que les notaires. La compagnie dit que ses déménageurs seront vérifiés, qu’ils porteront des gants, etc. Quant à nous, nous devons remplir un questionnaire sur notre état de santé. Cependant, nous nous interrogeons sur ce qu’il faut faire à notre arrivée dans notre nouvelle maison», demande Roch Lessard, de Québec.

R: L’Institut national de la santé publique (INSPQ) recommande de reporter tout déménagement non essentiel, si cela peut se faire. En outre, les personnes en confinement obligatoire — atteintes de la COVID-19, qui attendent leur résultat de test, qui présentent des symptômes (toux, fièvre, éternuement, etc.) ou qui reviennent de voyage — devraient repousser leur déménagement et s’abstenir d’aider quelqu’un d’autre à déménager.

Si le déménagement ne peut pas être reporté, alors le principal risque est la transmission directe d’une personne à l’autre, poursuit l’INSPQ. Il faut donc, dans la mesure du possible, éviter les contacts rapprochés. On doit aussi limiter le nombre de personnes qui participent au déménagement — ne pas demander à des voisins ou amis de nous aider.

La COVID-19 ne survit pas longtemps hors du corps humain, si bien que le risque de transmission par des surfaces ou des objets est très faible. Mais il n’est pas nul non plus, alors une fois sur place, l’INSPQ recommande de désinfecter le logement, avec une attention particulière pour les surfaces que l’on touche souvent (poignées, rampes, robinets, interrupteurs, etc.), de bien nettoyer les électro-ménagers et d’attendre 24 heures avant d’ouvrir les boîtes «non essentielles». Ce délai permettra de tuer une bonne partie, sinon tous les virus qui pourraient se trouver à l’intérieur.

Q: «Je travaille dans le milieu de la santé et dois prendre l’autobus pour m’y rendre. Est-ce que je peux transmettre la COVID-19 avec mes vêtements, comme mon pantalon de travail?» demande Louise Morin, de Sherbrooke.

R: Ce sont essentiellement les mêmes consignes de sécurité qu’ailleurs qui s’appliquent aux transports en commun : tousser/éternuer dans son coude, garder 2 mètres de distance avec les autres, etc. Une fois sorti de l’autobus, idéalement, on se lave les mains aussi tôt que possible.

Le virus ne se transmet pas bien par les surfaces, même si le risque n’est pas de zéro — et cela vaut pour les vêtements aussi. Évidemment, si l’établissement de santé dans lequel on travaille a émis des consignes au sujet des vêtements de service, on doit les respecter.

Q: «Si des parents sont atteints de la COVID-19, qui doit s’occuper des enfants? Et si ceux-ci ont la maladie également?» demande France Gagnon, de la région de Québec.

Comme ce sont surtout des personnes âgées qui font les formes les plus graves de la COVID-19 et que les plus jeunes ont généralement des symptômes bénins, le plus souvent, les parents atteints sont capables de continuer de s’occuper eux-mêmes de leurs enfants. Ils doivent cependant prendre une série de précautions (limiter les contacts, porter masque et gants, etc.) que l’on peut consulter ici.

Il peut tout de même arriver que le ou les parents soient trop mal en point pour continuer de prendre soin de leurs enfants. Si quelqu’un doit venir les aider, indique l’INSPQ, il est préférable que ce soit toujours la même personne et qu’elle soit, bien sûr, en bonne santé, pas immunosupprimée, etc.

Rappelons enfin que la consigne actuelle de ne pas faire garder ses enfants par des proches est une recommandation, pas une obligation légale. On doit la respecter autant que faire se peut, mais si, par exemple, une mère monoparentale doit être hospitalisée, il est bien évident qu’elle doit alors confier son ou ses enfants à des proches. Ceux-ci doivent alors tenter de respecter les mesures de distanciation avec le ou les enfants pendant la garde, même si cela peut être très difficile. Tout ce beau monde devrait aussi se laver les mains régulièrement, de même que les surfaces et objets fréquemment touchés (jouets, poignées de porte, etc.).

Q: «Pourquoi certaines résidences pour aînés continuent de servir les repas en salle à manger où plusieurs personnes, pour ne pas dire une centaine, se côtoient à un moment où l’on prône pourtant la distanciation. Dans certains cas, si les résidents demandent à se faire servir leur repas dans leur chambre, on leur charge 300$ par mois !» demande Michèle Tassé.

R: Il n’est pas interdit d’utiliser la cafétéria dans les résidences pour personnes âgées, mais plutôt «recommandé» de le faire. Si cela n’est pas praticable, alors une résidence peut aussi «favoriser la distanciation spatiale, par exemple en limitant l’occupation de la salle à manger à 50 % de la capacité avec une distanciation de deux mètres entre les usagers», m’a écrit l’INSPQ.

Vos questions sur la COVID-19

Quelques clarifications sur le confinement

Les modalités fines du confinement semblent avoir créé une certaine confusion parmi la population, à en juger par le grand volume de questions que nous recevons à ce sujet. Les gens dans X ou Y situation peuvent-ils sortir marcher ? Doit-on reporter ses rendez-vous médicaux ? Les grands-parents peuvent-ils garder leurs petits-enfants si personne n’a de symptômes ? Voici quelques clarifications, en vrac.

Q : «Certaines personnes soutiennent haut et fort que l’on devrait proscrire même la marche et la course dans des rues où les trottoirs seraient trop étroits pour respecter les règles de la distanciation de 2 mètres. D’autres vont jusqu’à prétendre que le virus circule dans l’air. Alors pouvons-nous sortir faire notre jogging sans risque d’être contaminés ou de contaminer les autres ?», demande David Valentine, de Montréal.

R : Oui, la marche et la course à l’extérieur sont permises pour les personnes qui ne sont pas en confinement obligatoire, me confirme-t-on à l’Institut de la santé publique du Québec (INSPQ). Il va sans dire qu’on ne peut pas le faire en grands groupes et que la règle des 2 mètres s’applique, quitte à marcher/courir une petite distance dans la rue. L’INSPQ recommande de se laver les mains en revenant.

Cependant, la marche, la course et toute sortie à l’extérieur sont strictement interdites pour les personnes qui ont des symptômes grippaux (toux, fièvre, éternuements), ceux qui ont la COVID-19 ou qui sont en attente de leur résultat de test et ceux qui reviennent de voyage. Ceux-là doivent respecter leur quarantaine de 14 jours et ne sortir «sous aucun prétexte», insiste-t-on à l’Institut.

Enfin, au sujet de la propagation du virus par la voie des air, voir cette réponse de la collègue Valérie Borde.

Q : «Faut-il remettre son examen médical annuel à cause de la pandémie ou peut-on s’y rendre comme d’habitude ?», demande Pierre Chartrand, d’Ottawa.

R : De manière générale, oui, tout rendez-vous non-urgent devrait être reporté, que ce soit chez le médecin, le dentiste, l’optométriste ou d’autres professionnels de la santé, répond l’INSPQ.

Maintenant, il y a bien sûr des consultations qui, sans être «urgentes» à proprement parler, sont difficilement reportables — par exemple les suivis de grossesse, les suivis de jeunes enfants de 0-2 ans et les problèmes de santé mentale. Les «télésoins» (par Skype ou d’autres applications du genre) et les consultations par téléphone devraient être priorisés, mais il arrive que cela ne soit pas possible, pour une raison ou pour une autre. La décision de maintenir le rendez-vous en personne doit être évaluée au cas par cas par le médecin et l’équipe soignante.

Q : «Est-ce que les grands-parents de moins de 70 ans peuvent garder un petit-enfant (moins de 2 ans) pour une ou deux nuits si personne ne revient de voyage et si ni l’enfant, ni les parents, ni les grands-parents ne présente de symptômes ? Bien évidemment, on observerait les règles de distanciation entre les adultes lors du transfert de l’enfant», demande Vincent Campbell Allaire, de Montréal.

R : Il est *recommandé* de ne pas entrer en contact rapproché — moins de 2 mètres, passer plusieurs jours ensemble — avec les gens qui ne vivent pas sous le même toit que nous, tous âges confondus, rappelle l’INSPQ. Contrairement au confinement de 14 jours pour les gens qui sont atteints de COVID-19 ou qui en sont soupçonnés (voir les catégories dans la première question), il s’agit-là d’une recommandation, pas d’une obligation légale. Mais quand même, il faut essayer de l’éviter autant que possible.

Si les grands-parents doivent vraiment garder, alors il faut idéalement qu’ils aient moins de 70 ans. Et l’on doit tenter de respecter les mesures de distanciation non seulement entre adultes lors du transfert de l’enfant, mais aussi avec le ou les enfants pendant la garde — même si, on s’entend, cela peut être très difficile. Tout le monde devrait se laver les mains régulièrement, de même que les surfaces et objets fréquemment touchés (jouets, poignées de porte, etc.).

Vos questions sur la COVID-19

Désinfecter les lieux publics?

« Lorsqu’on regarde les nouvelles internationales, nous voyons des travailleurs vaporiser des produits désinfectants dans les lieux publics. Je n’ai rien vu de tel au Québec. Est-ce efficace et, si oui, pourquoi ce n’est pas utilisé ici? », demande Linda Lefort, de Gatineau.

Les images de nuages de désinfectants vaporisés dans les rues dans plusieurs pays sont impressionnantes, mais la plupart des experts qui se sont prononcés à ce sujet pensent qu’il ne s’agit pas d’une bonne manière de lutter contre le virus. « Personnellement, je ne vois pas l’intérêt de faire une telle chose », estime Caroline Duchaine, professeure à l’Université Laval et spécialiste en aérovirologie, qui étudie la manière dont les virus se propagent. « Les gouvernements ont raison de mettre leur énergie ailleurs », ajoute l’expert en décontamination Christian L. Jacob, président de l’Association des microbiologistes du Québec.

On sait que le virus se propage à partir des gouttes de mucus que les personnes malades expulsent de leur corps lorsqu’elles toussent ou éternuent, qui peuvent se déposer jusqu’à une distance d’un mètre. Il peut rester plusieurs jours sur des surfaces, comme l’a montré une étude réalisée en laboratoire. Mais en extérieur, cependant, le virus a toutes les chances de devenir inactif beaucoup plus rapidement, à cause du soleil, du vent ou de la pluie. Il n’est pas équipé pour jouer dehors! « La charge virale qui subsiste dans l’environnement est sûrement négligeable », affirme Caroline Duchaine.

Par ailleurs, comme le virus ne voyage pas dans l’air, il faut qu’il ait un « chemin » fait de différents contacts à partir d’une surface contaminée pour qu’il puisse rejoindre le système respiratoire d’une personne et l’infecter. Or certains de ces chemins sont bien moins probables que d’autres. On ne met pas souvent les mains par terre dans la rue juste avant de se gratter le nez. Et comme l’a dit le Dr Arruda en conférence de presse, habituellement, on ne « liche » pas les bancs. 

En Chine et en Corée, les autorités ont, d’après les médias, vaporisé une solution diluée d’eau de Javel. Un déploiement bien impressionnant et possiblement rassurant pour la population, mais que même des experts chinois ont condamné. En résumé, procéder de cette manière est à peu près inutile, très inefficace, potentiellement toxique, et dangereux dans le contexte actuel. Inutile, puisque les probabilités d’attraper le virus dans l’environnement extérieur sont très minces, au-delà de la distance de 2 mètres à respecter vis-à-vis des autres personnes. Inefficace, car la vaporisation dans l’air n’est pas un bon moyen de désinfecter les surfaces : une bonne partie de la solution vaporisée s’évapore dans l’air et, pour nettoyer quelque chose, rien ne vaut le frottage. Toxique, car rejeter des quantités massives d’eau de Javel dans l’environnement peut avoir bien des impacts, sur le milieu naturel mais aussi sur la qualité de l’eau (au passage, le virus ne se propage pas par l’eau). Dangereux, surtout, car cela mobiliserait des équipements de protection à haut risque de pénurie, qu’on doit avant tout réserver au réseau de la santé où la charge virale est en certains endroits infiniment plus élevée que sur du mobilier urbain extérieur, et les risques de contamination beaucoup plus élevés. Sans équipements de protection, les travailleurs chargés du nettoyage extérieur s’exposeraient à des risques élevés de maladies respiratoires, et à de possibles intoxications. Quand bien même on croulerait sous le matériel de protection, il n’est pas dit que faire parcourir la ville à des travailleurs pour aller s’équiper et désinfecter du mobilier urbain serait au final plus bénéfique que de leur permettre de rester chez eux. 

L’Agence de santé publique du Canada a mis à jour le 23 mars ses consignes de nettoyage et désinfection des espaces publics. Ses recommandations visent les lieux intérieurs ainsi que les poignées de porte sur lesquelles beaucoup de gens déposent leurs mains au même endroit. Plusieurs villes ont aussi décidé d’elles-mêmes de condamner des bancs publics, en plus des terrains de jeux qui, eux, constituent un risque beaucoup plus élevé car ils sont faits pour être touchés et favorisent les contacts étroits.

Là où les bancs sont encore utilisables, rien ne vous empêche, si vous voulez vous y asseoir, d’y passer avant un linge avec du nettoyant ménager ou une lingette imbibée (à condition de ne pas la jeter par terre après!), ou de laver vos vêtements en rentrant si vous voulez minimiser vos risques. Évitez d’y mettre vos mains, tout comme sur les rambardes des escaliers, sauf dans des situations périlleuses (vous n’avez pas besoin de vous blesser en tombant ces jours-ci!). Mais surtout, la consigne numéro un reste inchangée : quoi que vous fassiez, lavez-vous les mains régulièrement.

Vos questions sur la COVID-19

Qu’arrive-t-il «après» l’assistance respiratoire?

Q «Y a-t-il une statistique sur le taux de survie des patients atteints de COVID-19 qui sont sous assistance respiratoire? Une fois qu’on est rendu là, est-ce que ça vaut la peine?» demande Sylvain Marcotte, de Québec. Pour sa part, Marie-Dominique Rouleau, elle aussi de Québec, se questionne sur ce qui vient après l’assistance respiratoire : «Qu’arrive-t-il aux poumons de ces patients? Sont-ils endommagés de façon permanente?»

R Il n’existe pas encore de vastes études sur la survie des patients atteints de la COVID-19 qui se rendent jusqu’aux soins intensifs et/ou qui ont besoin d’assistance respiratoire, puisque la maladie est encore très récente, indique Dr Patrick Archambault, intensiviste et chercheur spécialisé sur les maladies respiratoires du CHU de Québec. Les quelques données que l’on a montrent, comme on peut s’y attendre, des taux de mortalité très élevés pour les patients qui doivent être envoyés aux soins intensifs. Ainsi, une toute petite étude faite par une équipe de Seattle sur 21 patients dans un état critique a montré que 11 d’entre eux sont décédés [bit.ly/2wSpR7q]. Une autre étude chinoise, dit Dr Archambault, a rapporté 6 décès sur 36 patients aux soins intensifs, mais cet article-là a été publié alors que certains patients étaient toujours hospitalisés — ses données sont donc incomplètes.

«C’est sûr que ces chiffres-là peuvent avoir l’air épeurant, mais il faut les mettre en perspective», insiste Dr Archambault. Ils ne concernent que les patients les plus mal en point, des personnes en moyenne très âgées et souffrant souvent de plusieurs autres graves problèmes de santé, si bien que leur taux de mortalité est forcément beaucoup, beaucoup plus élevé que la moyenne. Il faut garder en tête que l’on parle d’une maladie, ici, qui ne donne que des symptômes bénins (voire pas de symptômes du tout) dans au moins 80 % des cas, et dont le taux de mortalité général semble pour l’instant être de l’ordre de 1 % — même s’il peut varier d’un pays à l’autre.

Maintenant, la question de savoir si cela «vaut la peine» appartient à chaque patient. Mais l’aide respiratoire elle-même n’endommage pas vraiment les poumons, dit Dr Archambault : «ce sont plus les séquelles musculaires qui peuvent durer chez certains patients. Quand on maintient quelqu’un intubé et alité pendant trois ou quatre semaines, tous les muscles vont s’atrophier et cela peut demander une réadaptation importante par la suite.»

Chez de jeunes patients, la récupération musculaire est généralement rapide, mais passé 75 ou 80 ans, le corps humain fait moins de muscles. «L’autonomie et la capacité de reprendre sa vie comme avant peuvent être fortement affectées chez cette population-là», dit Dr Archambault. Précisons que cela n’a rien de particulier à la COVID-19 : tous les patients qui restent alités longtemps, quelle qu’en soit la raison, voient leurs muscles s’atrophier.

Vos questions sur la COVID-19

Une dépouille peut-elle transmettre la COVID-19?

Q : «Est-ce qu’un mort peut transmettre la COVID-19?», s’interroge Thérèse Bouchard.

R : Oui, mais les risques sont très faibles d’être infecté de cette façon. D’ailleurs, jusqu’à présent, l’Organisation mondiale de la santé ne rapporte aucun cas d’infection à la suite de la manipulation du corps d’une personne décédée de la COVID-19.

Cependant, le virus peut survivre même après le décès de son hôte. Le risque de contamination, même s’il est jugé faible, existe comme le souligne Richard Côté, médecin-conseil à l’Institut national de la santé publique (INSPQ). «Après la mort, les particules virales peuvent survivre dans le sang, les selles et les tissus pendant des heures selon la température et la partie du corps concernée. Le sang ou les selles contaminés, par exemple, peuvent à leur tour souiller les surfaces ou les mains.»

Le plus grand risque pour les professionnels qui s’occupent d’une personne décédée, selon le médecin-conseil de l’INSPQ, serait de manipuler la dépouille de telle sorte que le thorax soit comprimé et expulserait ainsi des gouttelettes contaminées vers le professionnel lui-même, mais aussi vers d’autres personnes à proximité, s’il y en a.

C’est pour minimiser les risques d’exposition que l’INSPQ a publié le document Mesures de prévention et de protection pour les entreprises de services funéraires le 24 mars. Les interventions permises y sont réduites au maximum. On ne peut donc pas procéder, par exemple, à l’embaumement et à la toilette funéraire de la dépouille. La famille du défunt ne peut pas non plus avoir un contact direct avec la personne décédée.

À la Corporation des thanatologues du Québec, la directrice générale Annie Saint-Pierre souligne que des mesures de protection supplémentaires sont appliquées lors de la manipulation d’une dépouille dont le décès est attribué à la COVID-19, au même titre que d’autres maladies infectieuses.

Vos questions sur la COVID-19

Quand le vaccin arrivera, sera-t-il déjà «périmé»?

Q : «Comme le virus se reproduit avec grand succès à travers le monde, il doit nécessairement changer quelque peu par mutation au fil du temps. Se pourrait-il qu’une forme encore plus agressive apparaisse ? Si oui, est-ce qu’un vaccin découvert pour combattre le virus serait toujours efficace contre cette forme mutée ?», demande Pierre Hudon, de Knowlton.

R : Effectivement, tous les virus «mutent», c’est-à-dire que d’une génération à l’autre, leur matériel génétique change petit à petit, ce qui va modifier les protéines à leur surface. Comme les anticorps que notre système immunitaire «apprend» à fabriquer visent justement ces protéines-là, ils deviennent inefficaces si le virus mute trop.

À ce petit jeu, certains virus sont plus rapides que d’autres : une étude parue en 2010 dans le Journal of Virology a trouvé des taux de mutation variant par un facteur de 10 000 d’un type de virus à l’autre. Mais il n’y a pas que le taux de mutation qui compte : les protéines de certains virus deviennent facilement «dysfonctionnelles» à la moindre mutation alors que d’autres virus se montrent plus «tolérants» aux mutations. La rougeole, par exemple, mute à un rythme environ deux fois supérieur à l’influenza, mais elle tolère beaucoup moins bien ces mutations, qui la rendent incapable d’infecter des cellules. En bout de ligne, c’est donc toujours la même «version» de la variole qui perdure, et c’est pourquoi le vaccin contre la variole reste efficace pendant toute la vie contrairement à celui contre la grippe, qui doit être renouvelé annuellement.

En ce qui concerne le virus de la COVID-19, ce qu’on sait pour l’instant est qu’il est un «virus à ARN» (l’ARN est une forme de matériel génétique moins stable que l’ADN), indique Dr Guy Boivin, de la Chaire de recherche sur les virus émergents de l’Université Laval, ce qui signifie qu’il mute rapidement. Ce qui n’est évidemment pas une bonne nouvelle.

Mais d’un autre côté, ajoute son collègue de l’UQAC, le virologue Tarek Bouhali, «certaines cellules, comme celles des humains, sont munies d’une sorte de «système de révision» qui fait des corrections quand des erreurs sont commises lors de la copie du matériel génétique [ndlr : ce qui prévient les mutations jusqu’à un certain point]. Et le virus de la COVID-19 possède lui aussi cette capacité-là. C’est pour ça qu’on pense qu’il ne change pas beaucoup. Ça reste seulement une hypothèse pour l’instant parce que ce virus-là, on est encore en train de le découvrir. Mais jusqu’à maintenant, on n’a pas trouvé des grosses différences entre les souches du virus en Chine et celles qui circulent ailleurs dans le monde».

Voilà qui est plutôt encourageant. On ignore toutefois si la COVID-19 est un virus dont les protéines peuvent rester fonctionnelles malgré un certain degré de mutation, indique M. Bouhali. «Nous sommes en train d’apprendre», résume-t-il.

En outre, ajoute-t-il, il reste une autre inconnue dans tout ceci. «En ce moment, nous sommes presque tous «naïfs» face à ce virus [ndlr : très peu de gens ont une immunité]. Mais à mesure que des gens seront infectés et auront des anticorps, ils vont développer une immunité, et un éventuel vaccin aura le même genre d’effet. À partir du moment où il y aura une immunité populationnelle, peut-être qu’il y aura une sélection naturelle qui va s’exercer sur le virus.»

Voilà qui, dit M. Bouhali, pourra faire évoluer le virus. À l’heure actuelle, la COVID-19 peut nous infecter facilement puisque très peu de gens sont immunisés. Il a donc moins besoin d’avoir des caractéristiques particulières pour se reproduire, ce qui signifie que la pression de sélection est faible. Mais une sélection plus intense pourra éventuellement le faire changer.

Reste à voir si cela arrivera — et si tel est le cas, comment cela le fera évoluer.

Vos questions sur la COVID-19

Comment gérer les conflits?

Q : Plusieurs lecteurs nous ont écrit qu’ils sont en conflit avec leurs conjoints, leurs adolescents ou leurs parents sur les comportements à adopter face à la pandémie. Comment trouver un terrain d’entente?

R :  Promiscuité, exacerbation des problèmes préexistants et augmentation de l’anxiété : voilà le cocktail toxique qui met nos nerfs à dure épreuve et fait éclore des conflits dans les couples et les familles. La recherche a clairement démontré que ces trois facteurs, même pris individuellement, augmentent les risques de dispute et de séparation, et leur combinaison est particulièrement lourde à supporter. En Chine, le nombre de divorces aurait déjà grimpé en flèche après le confinement.

La promiscuité est en soi un facteur de conflit, même lorsque tout va bien et lorsqu’elle réunit des gens qui s’aiment. L’argent est, chez les riches comme chez les pauvres, une des principales sources de mésentente dans les couples, et celle qui provoque le plus de conflits pernicieux et difficiles à résoudre. L’explosion du chômage et la dégringolade de la Bourse augmentent évidemment les incertitudes financières et les tensions.

Contrairement à la peur que l’on manifeste face à une menace définie et bien réelle, l’anxiété est une réponse à une menace vague ou inconnue telle que celle que l’on vit avec la COVID-19. « L’anxiété a ceci de particulier qu’elle s’exprime de manières très différentes d’une personne à une autre », explique Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue clinicienne et professeure associée à l’UQAM. Les manifestations de l’anxiété sont bien connues : on sait que certaines personnes vont se réfugier dans le déni, minimisant l’ampleur de la crise ou les risques, d’autres dans la colère, d’autres encore vont devenir fébriles en se lançant dans quantités de projets, d’autres encore vont s’inquiéter excessivement de risques pourtant jugés très minces par les spécialistes. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de réagir, mais les différences de réaction d’une personne à l’autre peuvent créer des tensions.

Dans ce contexte, comment éviter les disputes quand un jeune veut continuer de voir ses amis ou son amoureux mais que ses parents ne veulent pas en entendre parler? Comment s’entendre sur le fonctionnement au quotidien quand l’un fait un métier à risque pendant que l’autre fait l’épicerie pour ses parents âgés? Pour minimiser les conflits, les psychologues préconisent des stratégies basées sur ce que l’on connait des relations interpersonnelles en temps de crise.

 « Il faut d’abord essayer de garder à l’esprit que la réaction de l’autre à ce qui se passe est aussi teintée par son anxiété. Faire preuve d’empathie aide à diminuer les tensions », explique Geneviève Beaulieu-Pelletier. Elle conseille ensuite de regarder ensemble les faits rapportés par des sources d’informations crédibles, pour ouvrir un espace de discussion sur des bases communes. « Enfin, chacun doit aussi essayer de nommer précisément ses angoisses pour être capable d’expliquer, à soi-même et à l’autre, ce qui l’inquiète vraiment, ce qui va aider à trouver un terrain d’entente », ajoute-t-elle. L’idée est de sortir de la spirale infernale du « et si telle ou telle chose se passait… » en se demandant plutôt « qu’est-ce qui me fait vraiment peur là-dedans ». Mettre son angoisse en mots suffit à la faire baisser.

La crise actuelle est particulièrement difficile pour les adolescents, insistent les psychologues, qui préconisent de miser sur la responsabilisation. « À cet âge, comme on l’a vu récemment avec les manifestations pour le climat, les jeunes ont une grande capacité à se mobiliser. Il faut les aider à comprendre qu’en restant chacun chez soi, loin de ses amis ou de son amoureux pour une période qui ne durera qu’un temps, ils agissent en personnes responsables qui aident à dénouer la crise », dit Geneviève Beaulieu-Pelletier. Le message à passer : vous êtes ensemble, chacun chez vous, même si c’est ennuyeux et difficile, mais ce faisant, vous agissez. La chercheure a aussi produit, avec un de ses collègues, un guide pour aider les parents à expliquer la COVID-19 aux enfants en tenant compte de ses impacts psychologiques. 

Plus les semaines passent, plus malheureusement la détresse va augmenter, et plus il sera difficile de modifier les comportements familiaux. « C’est le moment, maintenant, de dire nos besoins aux autres, de revoir nos priorités ensemble, et de se construire de nouveaux repères», indique Geneviève Beaulieu-Pelletier. Se bâtir une nouvelle routine familiale va beaucoup aider à affronter les temps difficiles, mais ce n’est pas le moment d’appliquer des consignes strictes, au-delà de celles imposées par les autorités de santé publiques, car tout le monde a besoin de flexibilité.

Idéalement, chacun doit pouvoir compter sur un espace qui lui appartient et sur du temps qu’il peut passer seul. Puis ajouter à la nouvelle routine certaines des activités dont on sait qu’elles contribuent à diminuer l’anxiété: faire de l’exercice, être en contact avec la nature, faire de la relaxation, garder un temps pour les activités qu’on aime et qu’on peut toujours faire… En règle générale, agir fait baisser les tensions.

« Et puis, surtout, n’hésitez jamais à aller chercher de l’aide, car il y a de multiples ressources, même à distance », insiste Geneviève Beaulieu-Pelletier. L’Ordre des psychologues du Québec peut vous orienter, tout comme votre CLSC. Les lignes Tel-Aide (pour tous), Tel-Jeunes, Ligne-Parents, Tel-Écoute, Tel-Ainés, SOS Violence conjugale sont aussi là pour nous. Même si plusieurs de ces services sont débordés, cela vaut toujours la peine de s’essayer, car leur capacité d’intervention pourrait être accrues grâce aux aides gouvernementales et privées. 

Pour aller plus loin et comprendre les enjeux de santé mentale posés par la COVID-19, on peut aussi explorer les documents réunis par l’Ordre des psychologues du Québec et l’Association canadienne pour la santé mentale.

Vos questions sur la COVID-19

La vitamine C peut-elle aider?

Q: «On nous a enseigné depuis longtemps que la vitamine C constituait un bon moyen de maintenir notre système immunitaire alerte et efficace. Pourtant, personne ne semble en parler actuellement. Comment expliquer cela?» demande Bertrand Bouchard, de Québec.

R: Pour prévenir la COVID-19, il ne sert à rien d’augmenter vos apports en vitamine C ou de prendre des suppléments, à moins de faire partie de la toute petite minorité de gens qui en consomment moins que les recommandations nutritionnelles. Si vous attrapez le virus, la vitamine C ne vous aidera probablement pas à vous en débarrasser. Et même les malades aux soins intensifs à qui certains médecins injectent des doses massives de vitamine C ont bien peu de chances d’être sauvés de cette manière. 

Au Canada, moins de 3 % de la population a une carence en vitamine C, selon la dernière analyse de Statistique Canada. Si vous ne mangez jamais de fruits et légumes crus, ne buvez ni jus ni même de boissons à saveur de fruits et si vous fumez, alors peut-être faites-vous partie de cette petite minorité. Sinon, vous n’avez pas besoin de suppléments! La quantité de vitamine C que vous tenez de votre alimentation habituelle est parfaite pour votre système immunitaire. Même les gens âgés ne manquent pas plus de vitamine C que les jeunes.

Le système immunitaire n’est pas un muscle qu’on peut entraîner, mais un système ultracomplexe qui fait travailler ensemble de multiples cellules et molécules à l’intérieur de notre corps. Rien ne peut le «booster» : ni la vitamine C, ni le jeûne, ni quoi que ce soit d’autre. Les gens qui ont un système immunitaire qui réagit plus fortement aux infections ne sont pas avantagés : ils ont au contraire plus souvent des maladies inflammatoires et auto-immunes, liées justement au fait que leur système immunitaire est trop réactif. 

Certes, la vitamine C, comme de nombreux autres nutriments, est mobilisée par le système immunitaire lorsqu’il combat une infection. Mais en prendre plus ne dope pas la réponse immunitaire. Prendre des doses massives de vitamine C ne change d’ailleurs pas grand-chose aux quantités que le corps retient et utilise. Au-delà d’un gramme par jour, au moins la moitié de la vitamine C ingérée est évacuée directement par l’urine! Quand bien même vous auriez plus de vitamine C dans le corps, cela ne veut pas dire que votre système immunitaire fonctionnerait mieux.

De multiples études ont été menées sur l’effet des suppléments de vitamine C sur le rhume. Leur compilation par la collaboration Cochrane, une coalition internationale de scientifiques qui réalise des méta-analyses de toutes les études déjà publiées, a montré que la supplémentation ne diminue pas le risque d’attraper cette infection. Certaines études ont trouvé que la vitamine C pouvait diminuer la durée (et non l’intensité) des symptômes, mais d’autres n’ont vu aucun effet curatif. On n’a pas non plus de preuve que la vitamine C réduirait le risque de pneumonie, selon une autre méta-analyse de la collaboration Cochrane

L’idée que la vitamine C puisse aider à lutter contre le rhume et même contre les cancers a été lancée par le chimiste américain Linus Pauling dans les années 70. Prix Nobel de chimie en 1954 pour ses découvertes sur la nature des liaisons chimiques entre les atomes, Pauling s’est ensuite improvisé clinicien et a réalisé plusieurs études sur la vitamine C qu’il a réussi à publier en jouant de son aura de Prix Nobel. Ses prétentions ont rapidement été contredites, car ses études étaient très mal faites et ne prouvaient strictement rien.

Mais l’idée était lancée, et les fabricants et vendeurs de suppléments et de jus se sont jetés dessus comme la misère sur le pauvre monde, flairant la bonne aubaine. La vitamine C, c’est très facile à fabriquer, et très payant! Beaucoup, beaucoup de gens se sont fait avoir par leurs prétentions répétées ad nauseam.

De multiples études sur la vitamine C ont été publiées depuis, mais les résultats se suivent et se ressemblent : dès lors que les études deviennent assez crédibles pour fournir des preuves solides, elles ne trouvent pas d’effet bénéfique à la vitamine C autre que pour la guérison du scorbut – la maladie causée par une carence en vitamine C. Ni les infections, ni les maladies cardiovasculaires, ni les cancers ne peuvent être prévenus par la vitamine C. 

Aucune étude ne permet de penser que la vitamine C pourrait prévenir la COVID-19. Mais pourrait-elle aider à guérir les malades? 

En Chine, quelques médecins ont donné des doses massives de vitamine C à des malades de la COVID-19 dans un état critique. C’est maintenant au tour de médecins new-yorkais d’essayer. Mais dans les faits, aucune étude, même anecdotique, n’a rapporté de bénéfice à ce genre de traitement. Trouver que quelques malades se sont sentis mieux après ces injections ne prouve strictement rien, puisque l’amélioration de leur état de santé pourrait être liée à tout autre chose.

En février, des chercheurs chinois ont lancé un essai clinique sur les injections massives de vitamine C aux personnes en soins intensifs, essai dont les vendeurs et adeptes de la vitamine C se sont aussitôt fait l’écho. La rumeur a même couru que l’État de Shanghai avait rendu ce traitement obligatoire, ce qui est absolument faux! Lancer un essai clinique ne prouve pas que ce soit une piste particulièrement intéressante, surtout dans le contexte actuel ou des dizaines d’essais sur des médicaments et des produits naturels se sont mis en branle dans les dernières semaines, car le financement ne manque pas. Tant que les résultats n’ont pas été publiés, cela n’indique rien.

Si on se fie à une étude publiée en octobre dernier, les chances que cela fonctionne semblent même bien minces. Pour cette étude publiée dans le Journal of the American Medical Association, des chercheurs ont analysé les effets de l’injection de vitamine C à des patients en état de choc septique ou de détresse respiratoire aiguë, hospitalisés en soins intensifs dans sept hôpitaux américains. Aucun des 167 patients qui ont participé à l’étude n’était atteint de la COVID-19 puisque les analyses ont été menées entre 2014 et 2017, mais ils avaient le même genre de problèmes que ceux qui sont aujourd’hui frappés par le coronavirus. Du point de vue scientifique, c’est une expérience solide, puisqu’il s’agit d’une étude contre placébo, randomisée et en double aveugle. Résultat? L’injection de vitamine C n’a eu aucun effet. 

Vos questions sur la COVID-19

Si le SRAS est disparu en 2003, pourquoi pas la COVID-19?

Q: «Comment explique-t-on la disparition soudaine du SRAS en 2003 et pourquoi cela ne se produit-il pas avec la COVID-19? Il y a t-il une différence notable entre ces deux souches qui explique cela?» demande Guillaume Lemieux, de Québec.

R: On entend souvent dire que le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) qui a infecté 8000 personnes en 2002-2003, dont près de 800 sont décédées, est un proche parent de la COVID-19 — à raison d’ailleurs, comme l’ont montré des analyses génétiques. Alors en effet : comment diable a-t-on pu venir à bout du SRAS (aucun cas depuis 2003) avec des mesures de quarantaines localisées alors que la COVID-19 se propage malgré la quasi paralysie planétaire actuelle?

C’est que malgré leur parenté, ces deux virus ont des caractéristiques très différentes. D’abord, le SRAS avait tendance à infecter le bas des voies respiratoires alors que la COVID-19 reste dans le haut, ce qui la rend plus facilement transmissible. À cet égard, le fameux «R0» (le nombre moyen de personnes qu’un patient va infecter) de la COVID-19 semble pour l’instant être dans les mêmes eaux que celui du SRAS, soit entre 2 et 3 nouvelles infections par personne atteinte. Cependant, il y a fort à parier que les chiffres actuellement disponibles sous-estiment la contagiosité de la COVID-19, avertit Dr Guy Boivin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les virus émergents à l’Université Laval.

Les données «officielles» ne tiennent compte que des cas «confirmés en laboratoire», mais on sait qu’un grand nombre de cas sont passés inaperçus parce que chez bien des gens, le coronavirus n’a donné qu’un «petit rhume», pour ainsi dire. Une étude parue récemment dans Science a conclu que dans la ville chinoise de Wuhan avant sa mise en quarantaine le 23 janvier, seulement 1 cas sur 7 a été détecté. D’autres travaux encore non publiés, donc à considérer avec prudence, avancent le chiffre de 1 sur 4 dans la province chinoise de Hubei (où se trouve Wuhan, d’où est partie l’épidémie) en date du 11 février.

Il faudra de grandes études sérologiques, qui détectent les anticorps chez ceux qui ont été exposés à la COVID-19, pour savoir combien de gens exactement l’ont eu, dit Dr Boivin. (Ce qui fera également diminuer les taux de mortalité, mais c’est une autre histoire.)

Ce qu’on sait pour l’instant suggère que la COVID-19 est plus transmissible que le SRAS, confirme son collègue de l’UQAC, le virologue Tarek Bouhali : «Le problème avec ce nouveau virus-là, c’est qu’il se fixe dans le haut des voies respiratoires, c’est pour ça qu’il est si infectieux [...alors que] le SRAS, lui, descendait plus profondément dans les poumons.»

En outre, comme ce dernier était beaucoup plus virulent, il y avait beaucoup moins de cas qui risquaient de passer inaperçus. «La plupart des patients [atteints du SRAS] développent une pneumonie», lit-on sur le site de la santé publique américaine, et autour de 10 % en meurt. Par comparaison, au bas mot 80 % des gens qui contractent le coronavirus n’ont que des symptômes bénins, voire pas de symptômes du tout.

Sans compter, ajoute DBoivin, que «pour le SRAS, il n’y avait pas d’excrétion virale avant le début des symptômes alors qu’il semble y en avoir pour la COVID-19, ce qui complique les mesures de la santé publique». Mine de rien, cela fait potentiellement beaucoup de monde qui peuvent être des vecteurs de la maladie sans le savoir — beaucoup plus que dans le cas du SRAS, en tout cas.

Voilà pourquoi un de ces deux virus a pu être complètement endigué alors que l’autre court toujours, et possiblement pour longtemps...

Vos questions sur la COVID-19

De quoi meurent les gens happés par le coronavirus?

Q: «J’aimerais savoir précisément de quoi meurent les gens qui décèdent des suites du coronavirus. Comme c’est le cas parfois pour d’autres virus, se peut-il que celui-ci entraîne des complications, comme par exemple la pneumonie, lesquelles entraînent la mort chez les personnes affaiblies. Est-ce effectivement le cas ? Est-ce la même cause (par exemple, la pneumonie) pour tous les décès ou cela peut-il être différent selon la situation de la personne?» demande François Lefebvre, de Québec.

Rappelons d’abord que 80 % des personnes atteintes de la COVID-19 ont des symptômes légers. Pour le reste des malades, ce sont les complications pulmonaires qui surviennent en premier et nécessitent parfois une hospitalisation. Environ 5 % à 10 % des malades ont besoin de soins intensifs et d’une assistance respiratoire.

Lorsque le virus entre dans les cellules, il les «pirate» pour leur faire produire et assembler des copies de virus. Chaque cellule peut produire des millions de ces nouveaux «virions» avant d’éclater et de mourir. La destruction des cellules qui tapissent les voies respiratoires rend la respiration plus difficile. Les débris cellulaires et les fluides s’accumulent et un syndrome de détresse respiratoire aigu peut survenir. C’est la première chose.

Mais ce n’est pas tout. Cette destruction déclenche une réaction immunitaire locale, qui a elle-même des effets collatéraux et peut aggraver les symptômes.

En particulier, les cellules immunitaires activées relâchent de grandes quantités de cytokines, des substances qui jouent de nombreux rôles dans la défense contre une infection (il existe une cinquantaine de cytokines). Certaines «attirent» les renforts de globules blancs sur le site de l’infection, d’autres activent les macrophages (des cellules responsables du «nettoyage» des intrus et débris), d’autres encore inhibent la réplication des virus, etc. Si le «dosage» est mal contrôlé, le déferlement dans les poumons de cellules immunitaires elles-mêmes suractivées aggrave les choses.

C’est probablement cette hyperinflammation qui a tué beaucoup de malades atteints de la grippe espagnole, et elle est aussi observée dans les cas graves de COVID-19. On parle de «tempête de cytokines» ou d’orage cytokinique.

Pire, l’inflammation peut se propager à tout l’organisme. Peuvent s’ensuivre une septicémie voire un choc septique, qui sont associés à une mortalité élevée. Il s’agit de complications liées à une réaction inflammatoire qui devient systémique en réponse à l’infection (plutôt que d’être localisée aux poumons). Ce syndrome entraîne une baisse de l’oxygénation des différents organes, et peut provoquer une insuffisance rénale, des troubles hépatiques, et une hypotension artérielle très graves.

Les quelques études détaillant les causes de la mort des malades atteints de COVID-19 indiquent justement que le coronavirus peut jouer sur tous ces tableaux.

Une étude parue dans The Lancet et portant sur 54 décès à Wuhan rapporte que la septicémie était la complication la plus fréquente, suivie d’une détresse respiratoire, d’une insuffisance cardiaque et d’un choc septique. La surinfection était également très fréquente (50 % des cas).

Selon la même étude, les complications cardiaques (insuffisance cardiaque, arythmie, infarctus du myocarde) étaient aussi plus fréquentes chez les patients ayant une pneumonie grave et 3 % des patients n’ayant pas survécu ont fait un arrêt cardiaque.

Pourquoi certaines personnes ont des symptômes graves et pas d’autres? Hormis l’âge et l’existence de comorbidités, des facteurs génétiques pourraient expliquer pourquoi la réponse immunitaire est disproportionnée chez certaines personnes. Des variations individuelles dans le gène du récepteur ACE2, la «porte» par laquelle le virus pénètre dans les cellules, pourraient par exemple expliquer pourquoi certaines personnes sont plus vulnérables, pensent les chercheurs.

Vos questions sur la COVID-19

Le rince-bouche peut-il tuer la COVID-19?

Q: «J’ai lu que le virus pouvait rester en surface des tissus jusqu’à trois heures avant de s’y infiltrer. Alors est-ce que ce serait donc une bonne idée de se rincer la gorge avec un produit assez fort pour tenter de les tuer, comme du Listerine ou un autre gargarisant? Est-ce que ça peut réduire le risque d’infection?» demande Jacques Sauvé, de Gatineau.

R: Non, cela n’aide pas.

Il existe plusieurs sortes de rince-bouche, et tous n’ont pas des propriétés antimicrobiennes. Mais certains contiennent bel et bien des ingrédients qui tuent les germes — les fabricants n’ont d’ailleurs pas le droit d’inscrire de telles prétentions sans raison sur les emballages. Et l’on peut trouver facilement de nombreuses études qui prouvent que ces produits détruisent non seulement les bactéries comme celles qui donnent la mauvaise haleine, mais aussi des virus. Pour tout dire, une étude parue en 2018 dans Infectious Diseases and Therapy a même trouvé que certains rince-bouche semblent efficaces contre des coronavirus dans des tests en éprouvettes.

Cependant, pour tuer des virus le rince-bouche doit entrer en contact direct avec eux. Or le coronavirus se reproduit surtout dans les voies nasales et les voies respiratoires jusque dans les poumons, soit des endroits qui sont hors d’atteinte pour tout gargarisme. Et même si on parvenait à rendre le rince-bouche jusque là (ce qui serait probablement très désagréable, dans le meilleur des cas), une partie des virus se trouve à l’intérieur des cellules et ne seraient donc pas affectés.

Alors il est possible que des rince-bouche tuent les coronavirus qu’ils «croisent» dans la bouche et la gorge, mais c’est largement insuffisant pour combattre la COVID-19. En fait, a indiqué l’Organisation mondiale de la santé dans une récente série de «mythes à déboulonner», même avec des produits beaucoup plus forts (et dangereux pour les muqueuses) que des rince-bouche comme l’eau de Javel, se gargariser ne donne rien.

Vos questions sur la COVID-19

Attraper la COVID-19 dans l’air?

Plusieurs lecteurs s’inquiètent d’attraper le virus dans l’air, parce qu’il leur arrive de croiser des gens à moins de deux mètres de distance, ou que l’échangeur d’air des voisins diffuse vers chez eux. Alors qu’est-ce qui est sécuritaire?

Respirez un bon coup, on vous explique tout ça! Pour toutes les infections respiratoires comme la COVID-19, l’influenza ou la tuberculose, c’est dans les parties infectées du corps des malades —la gorge ou les poumons, par exemple — que l’on retrouve les plus grandes concentrations du micro-organisme qui cause la maladie, car c’est là qu’il se reproduit. Comme le corps se défend, il cherche à l’en expulser par diverses sécrétions : toux, éternuement, crachat, vomi… tout cela contient l’agent infectieux en quantité, et est donc susceptible de transmettre la maladie à une autre personne.

Toux et éternuements propagent un cocktail de particules dans l’air, qu’on classe en deux grandes catégories en fonction de leur taille. Les «grosses» gouttelettes de mucus, dont le diamètre dépasse la dizaine de micromètres, sont assez lourdes pour tomber au sol ou sur les objets environnants peu après avoir été expulsées. Selon l’Organisation mondiale de la santé, qui a compilé les études sur les modes de transmission des maladies respiratoires, les gouttelettes ne sont pas diffusées à plus d’un mètre de la personne qui tousse ou éternue.

Les plus petites particules, elles, restent en suspension dans l’air où elles forment des aérosols – littéralement, un mélange dans l’air. «Sitôt vaporisées dans l’air, qui est bien plus sec que l’intérieur de notre corps, ces particules se dessèchent et forment ce que l’on appelle des noyaux de gouttelettes», explique Caroline Duchaine, directrice du laboratoire de recherche sur les bioaérosols à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Les microorganismes survivent mal sans eau et seule une toute petite proportion des virus restent actifs dans ces bioaérosols, qui peuvent voyager sur de grandes distances, puisqu’ils restent dans l’air.

«On pourrait croire intuitivement que des maladies respiratoires hautement infectieuses voyagent facilement par la voie des airs, mais ce n’est vraiment pas le cas», insiste Caroline Duchaine. Parmi ces maladies, certaines se propagent presque exclusivement par les gouttelettes, d’autres, comme la légionellose ou la tuberculose, forment des aérosols suffisamment stables pour pouvoir transmettre l’agent infectieux.

Plusieurs études ont déjà établi que la COVID-19, comme l’influenza, est d’abord et avant tout transmise par les gouttelettes, même si des cas de transmission par des aérosols ne sont pas exclus. Les preuves sont déjà assez solides et résultent de deux types d’études.

D’une part, certains chercheurs ont regardé de grands groupes de malades et analysé par des études épidémiologiques comment le virus se propage dans la population. Une compilation réalisée début mars par l’OMS en Chine sur 75 465 patients n’a pas trouvé de preuve que l’épidémie ait pu se propager par des aérosols.

D’autre part, plusieurs équipes de chercheurs ont analysé l’air dans les chambres de malades pour voir si on pouvait y retrouver des aérosols contenant le virus. À Singapour, par exemple, des chercheurs ont recherché des traces de l’ARN du virus dans l’air et sur les surfaces des chambres où étaient isolées trois personnes infectées ainsi que sur le matériel médical utilisé pour les soigner et sur le sol de la chambre et de l’antichambre. Ils n’ont retrouvé aucune trace du virus dans l’air, alors qu’il était bien présent sur les surfaces fréquemment touchées par les malades, y compris sur la cuvette des toilettes. La désinfection avec des produits courants a toutefois suffi à éliminer le virus des surfaces. D’autres chercheurs de Hong Kong sont arrivés aux mêmes conclusions.

S’il n’y a pas de traces du virus dans l’air de la chambre d’un malade en confinement, il y a vraiment très très peu de chances qu’il y en ait ailleurs. «On ne peut pas exclure complètement qu’il puisse y avoir une transmission du virus par des aérosols, par exemple dans un avion ou via un échangeur d’air dans un immeuble, mais je crois que vous avez largement plus de chances de gagner à la 6/49 que d’attraper le virus de cette manière!» indique Caroline Duchaine. Si vous avez peur que l’air de chez vous soit contaminé, vous pouvez aussi aérer régulièrement, ce qui vous permettra en outre de garder une bonne qualité de l’air intérieur.

Pour plus de sécurité, et parce que ce n’est pas une grande contrainte supplémentaire, le Québec a décidé d’imposer une distance de 2 mètres entre les individus, qui nous donne de meilleures chances de couper rapidement court à toute contagion par les gouttelettes, et à nous éloigner des sources potentielles d’aérosols. Il faut respecter cette consigne, que Caroline Duchaine trouve justifiée. Si vous êtes malade ou à risque parce que vous rentrez de voyage, restez chez vous, c’est la loi. Mais si vous êtes en santé et qu’il vous arrive quelquefois de croiser dans la rue quelqu’un d’un peu plus près, ne paniquez pas! Un temps de contact très court, et le fait que les malades ne sont pas censés sortir de chez eux, font que le risque que vous courez est minime. Évitez autant que possible les lieux les plus achalandés, et bonne promenade!

Vos questions sur la COVID-19

Peut-on être certain de ne pas être atteint de la COVID-19 après 14 jours de confinement?

Q: «Une fois que l’on a fait nos 14 jours de confinement et qu’on n’a aucun symptôme, peut-on être certain qu’on n’est pas atteint de la COVID-19?» demande Pauline Leblond.

R: A priori oui, à moins que vous n’ayez contracté le virus pendant votre quarantaine de façon indirecte, en touchant à des objets contaminés, comme des articles d’épicerie ou des journaux (ce qui est très peu probable, comme nous l’expliquions).

Au début de l’épidémie, les chercheurs avaient peu d’informations sur le temps d’incubation de la COVID-19. Plusieurs études ont depuis été publiées et toutes concordent : les symptômes apparaissent en général entre 2 et 14 jours après l’exposition au virus. C’est ce faisceau de preuves qui justifie la durée de 14 jours imposée par plusieurs gouvernements aux voyageurs par exemple.

Une étude publiée récemment par des chercheurs de l’École de santé publique Johns Hopkins Bloomberg dans The Annals of Internal Medicine s’est penchée sur 181 cas en Chine dont la date d’exposition au virus était connue. La période d’incubation médiane était de 5,1 jours, et 97,5 % des personnes qui présentaient des symptômes les ont développés dans les 11,5 jours suivant l’infection.

Cela étant, il n’est pas complètement impossible qu’une personne ait des symptômes plus de 14 jours après la date de son infection. Toujours selon la même étude, et selon des estimations purement statistiques, seuls 101 cas sur 10 000 développeraient des symptômes après 14 jours. L’acceptabilité de ce risque peut être sujette à débat, selon les auteurs, qui assurent cependant qu’une durée de quarantaine de 14 jours est fondée sur des données solides.

Toutefois, «il pourrait y avoir des scénarios à haut risque (par exemple celui d’un professionnel de la santé qui s’est occupé d’un patient COVID-19 sans équipement de protection) pour lesquels il serait prudent d’étendre la période de surveillance», notent les auteurs dans leur publication.

Néanmoins, le fait que des personnes infectées, mais sans aucun symptôme puissent transmettre la maladie complique le tableau. En effet, «il n’y a pas besoin d’éternuer ou de tousser pour propager des gouttelettes contaminantes. Le simple fait de parler, en particulier de prononcer les consonnes plosives (comme le b et le p) génère des gouttelettes qui peuvent contenir le virus. C’est un phénomène bien documenté dans les études sur la grippe», explique Vincent Racaniello, du département de microbiologie et d’immunologie de l’Université Columbia, à New York (qui n’est pas impliqué dans l’étude citée).

Cela rend plus difficile de «retracer» les cas et d’estimer la date de contact avec le virus, et donc de déterminer à partir de quel moment doit débuter l’isolement de 14 jours.

Enfin, même si votre quarantaine est terminée, n’oubliez pas que les mesures de précaution et de distanciation sociale continuent de s’appliquer.

Vos questions sur la COVID-19

L’immunité collective peut-elle nous protéger?

Q: «Pourquoi la Suède adopte-t-elle une conduite différente de la nôtre alors qu’il y a un nombre plus élevé de cas pour une population qui ressemble à celle du Québec?» demande Suzanne Dionne, Lac Brome.

R: La Suède, comme quelques autres pays, n’a pas encore confiné sa population, même si elle multiplie les restrictions jour après jour. Le premier ministre Stefan Löfven pense encore le pays capable de faire face à l’afflux de malades (2275 cas confirmés et 36 morts en date du 25 mars), mais il est critiqué de toutes parts, y compris par ses propres autorités de santé publique. Les experts pensent plutôt que seul le confinement rigoureux va «aplatir la courbe» et éviter des millions de morts.

Le bruit court que le gouvernement suédois laisse libre cours au virus en espérant en venir à bout grâce au phénomène de l’immunité collective, qui fait en sorte qu’un virus ne peut plus engendrer d’épidémie. Voilà comment ça fonctionne et pourquoi, dans l’état actuel de nos connaissances sur la COVID-19, une telle stratégie est extrêmement risquée.

Quand quelqu’un attrape un virus, comme le coronavirus SARS-CoV-2 qui donne la COVID-19, ce sont ses globules blancs qui s’y attaquent. Certains participent à la réaction immunitaire innée, une sorte de guérilla tous azimuts contre l’ennemi, qui vise à détruire le virus en le découpant en petits bouts. Cette réponse inflammatoire donne les symptômes de l’infection : fièvre, douleur, enflure des tissus touchés, sécrétion de liquide, etc. L’infection déclenche aussi la réponse immunitaire adaptative : d’autres globules blancs se mettent à fabriquer des anticorps, des molécules qui ciblent spécifiquement le virus et l’attaquent de manière encore plus agressive. Un troisième bataillon de globules blancs va, lui, se charger d’emmagasiner cette réponse en mémoire, de manière à pouvoir la déployer illico si le micro-organisme pointe à nouveau son nez.

Si le système immunitaire remporte sa bataille, la personne devient alors immunisée, pour un certain temps et avec une certaine efficacité dépendamment des virus. Un vaccin déclenche le même processus de mémorisation de la menace, avec un gros avantage : il ne rend pas malade.

On ne sait pas pour combien de temps, ni à quel point, les personnes qui ont déjà eu la COVID-19 sont immunisées, pour une raison très simple : on ne sait pas encore doser leurs anticorps! N’oublions pas que le virus est nouveau, et qu’on ne comprend pas encore tous les détails de la réponse immunitaire qu’il provoque. Impossible donc de savoir, pour l’instant, si les gens qui ont déjà eu la COVID-19 peuvent l’avoir une deuxième fois, ni quand cela pourrait leur arriver, ni avec quels symptômes.

Si le nombre de gens vraiment immunisés augmentait dans la population, le virus pourrait – peut-être – finir par avoir de la difficulté à se propager. Au-delà d’un certain seuil, il pourrait donc ne plus trouver assez d’hôtes pour causer une épidémie. La population serait alors protégée par cette immunité collective : même les individus qui n’ont pas d’anticorps seraient à l’abri, car le virus ne circulerait plus.

Le seuil d’immunité collective n’est pas le même pour toutes les maladies virales. Il dépend entre autres du taux de reproduction de base du virus, qu’on appelle le R0, qui indique le nombre moyen de personnes qu’un individu infecté contamine. Pour l’instant, on estime que le RO de la COVID-19 est quelque part entre 2 et 3.

Pour la rougeole, une maladie ultracontagieuse avec un R0 situé entre 12 et 18, le seuil d’immunité collective est estimé à 85 %, un pourcentage qu’on essaye de maintenir grâce à la vaccination. Pour la COVID-19, le seuil d’immunité collective est inconnu. Selon les estimations encore très grossières réalisées par plusieurs équipes d’épidémiologistes, il se situerait quelque part entre 30 et 70 %. Il faudrait donc, croit-on, qu’au moins le tiers de la population soit immunisé pour que la pandémie soit contenue. Comme il n’y aura pas au mieux de vaccin avant 12 à 18 mois, cela signifie que d’ici là, les seules personnes possiblement immunisées seront celles qui auront eu déjà le virus SARS-CoV-2 et qui y auront survécu.

Combien cette stratégie ferait-elle de morts? On ne connaît pas encore le pourcentage de gens qui meurent parmi ceux qui ont contracté le virus, car les personnes infectées qui n’ont pas ou peu de symptômes passent pour l’instant sous le radar. Et comme on ne sait pas doser leurs anticorps, on n’a aucun moyen de les repérer! Chose certaine, les cas graves sont tellement nombreux qu’ils peuvent mettre KO des systèmes de santé comme celui de l’Italie, un des plus performants au monde selon différents classements. Pour le seul Royaume-Uni, qui a tardé à opter pour le confinement, le virologue Jeremy Rossman a estimé que la stratégie d’immunité collective pourrait faire un million de morts.

On y verra beaucoup plus clair quand on saura doser les anticorps et qu’on pourra tester le degré d’immunité de la population à grande échelle.

Plusieurs équipes de recherche à travers le monde sont en train de développer des tests à toute vitesse. Le 18 mars, des chercheurs américains ont par exemple publié une première étude à ce sujet, qui n’a pas encore été révisée par d’autres chercheurs et reste donc très préliminaire, mais qui est encourageante.

Entre temps, on n’a malheureusement pas le choix : on doit isoler les gens les uns des autres pendant un certain temps pour acheter du temps et sauver des vies.

Vos questions sur la COVID-19

Les tests de COVID-19 «échappent»-ils des cas?

Q: «Est-ce que le test sur la COVID-19 est fiable à 100% ? Est-ce qu’une personne peut l’avoir et le test ne pas le révéler?» demande Jean Côté, de Saguenay.

R: Les tests utilisés «cherchent» le matériel génétique du virus dans des secrétions prélevées dans le nez et la gorge, grâce à une technique nommée PCR, pour polymerase chain reaction, qui amplifie le matériel génétique afin d’en faciliter la détection et l’analyse. Il s’agit d’une technologie qui remonte aux années 1980, qui est largement utilisée pour la détection de nombreux virus et qui est considérée comme très fiable de manière générale, même s’il peut toujours y avoir un certain degré d’inconnu quand on l’applique à un nouveau pathogène.

«Comme dans tous les tests, il peut quand même y avoir des faux négatifs [ndlr : des tests qui disent que le virus n’est pas là alors qu’il l’est], si le spécimen est mal prélevé, par exemple, dit Dre Judith Fafard, médecin-conseil et microbiologiste-infectiologue au Laboratoire de santé publique du Québec. Il peut aussi arriver que la quantité de virus soit trop faible pour être détectée si les gens consultent très tôt ou très tard dans la maladie.»

Cependant, tout indique que c’est très rare. Quand un test revient négatif chez un patient que l’on soupçonne fort d’avoir la COVID-19 (quand on sait qu’il a des proches infectés, par exemple), le personnel soignant demande souvent un second test, histoire d’être sûr que l’on n’a pas affaire à un faux négatif. Or quand je lui ai parlé la semaine dernière, Dre Fafard disait qu’«on a presque 300 cas comme ça pour qui on a répété le test, et un seul s’est avéré positif. Quand on est retourné voir ce patient-là, il s’agissait d’une personne qui avait été testée moins de 12 heures après l’apparition des symptômes».

Vos questions sur la COVID-19

Non, il n’y avait pas de COVID-19 au Québec en janvier

Q: «Se peut-il que j’aie eu le coronavirus une semaine avant qu’on commence à voir la possibilité de contamination au Québec et que les médecins soignants, n’étant pas à l’affût à ce moment-là, m’ont soigné comme une simple inflammation pulmonaire, bronchite et grippe?» demande Jean-Pierre Arcand, de Sherbrooke.

Il s’agit-là d’une question qui nous a été envoyée plusieurs fois, certaines personnes se demandant même si des symptômes (toux sèche, fièvre, etc.) qu’elles ont eus en décembre dernier ne pourraient pas avoir été causés par ce fameux coronavirus.

R: Le premier cas officiellement détecté au Québec remonte au 27 février, et serait bien étonnant que la COVID-19 ait commencé à circuler chez nous beaucoup avant cela, répond Dre Judith Fafard, médecin-conseil et microbiologiste-infectiologue au Laboratoire de santé publique du Québec. «On n’est jamais à l'abri d’un cas anecdotique qui nous aurait filé entre les doigts, mais de notre côté, on teste depuis la mi-janvier et les hôpitaux font aussi des tests pour les pneumonies atypiques. Et malgré cela, nous n’avons trouvé aucun cas avant le 27 février», dit-elle.

Un autre signe convaincant que ce virus n’était pas présent au Québec jusqu’à grosso modo la fin de février est l’évolution du nombre de cas après la découverte du premier. Dans les pays où l’on soupçonne la COVID-19 d’avoir circulé pendant des semaines avant d’être détectée, les tests positifs se sont très rapidement multipliés après la découverte du premier cas «officiel». En Italie, par exemple, le premier test positif est survenu le 20 février, mais pas moins de 35 autres cas ont été découverts dans les 24 heures suivantes, ce qui suggérait fortement une propagation déjà large, lisait-on récemment dans le Journal of the American Medical Association. Des analyses génétiques rendues publiques par la suite indiquent que le virus aurait été présent dans le nord de l’Italie pendant environ un mois avant d’être décelé.

Au Québec, cependant, le nombre de cas confirmés n’a pas connu ce genre de progression. Après celui du 27 février, il a fallu attendre jusqu’au 5 mars avant la découverte d’une seconde personne infectée, puis jusqu’au 9 mars pour avoir les 3e et 4e cas. C’est entièrement cohérent avec l’idée que le coronavirus ne circulait pas ici avant la fin de février.

Vos questions sur la COVID-19

Pourquoi tant de tests négatifs?

Q  «Pourquoi y a-t-il tant de tests négatifs? Est-ce le signe qu’on teste trop? Est-ce parce qu’il y a panique et que des gens se font tester sans symptômes seulement parce qu’ils reviennent de voyage?» demande Josée Langlois, de Stoneham.

R  La vaste majorité des tests effectués pour dépister la COVID-19 sont effectivement négatifs, c’est-à-dire ils indiquent l’absence du virus recherché. Au Québec par exemple, en date de vendredi, sur près de 34 500 tests réalisés, seulement 2021 avaient trouvé la présence du coronavirus, soit 5,8 % — et à l’échelle canadienne, c’est seulement 2,5 % environ des patients testés qui s’avèrent avoir la COVID-19. Les taux de positifs varient d’un pays à l’autre selon la progression de la maladie et l’intensité des efforts de détection — en date du 20 mars, l’Italie avait près de 20 % de positifs et les États-Unis, autour de 15 % —, mais partout les tests sont très majoritairement négatifs.

On ne doit cependant pas en déduire que l’on teste «trop», explique Dre Judith Fafard, médecin-conseil et microbiologiste-infectiologue au Laboratoire de santé publique du Québec. De manière générale, on ne fait pas passer le dépistage à n’importe qui : ce sont surtout des personnes montrant déjà des symptômes «suspects» qui y ont droit (avec certaines clientèles plus à risque qui ont priorité sur d’autres, mais c’est une autre question).

Or justement, «les symptômes de la COVID-19 ne sont pas spécifiques du tout», signale Dre Fafard. On parle ici principalement de fièvre et de toux, soit des symptômes qui peuvent être causés par beaucoup d’autres microbes. Il peut d’agir de l’influenza, ou d’un coronavirus autre que celui de la COVID-19 (il en existe quatre autres types différents qui sont présents chez l’humain depuis longtemps qui causent le rhume), ou du virus respiratoire syncytial, ou d’autres pathogènes encore. Et comme ces virus-là sont très communs — littéralement des millions de personnes les contractent chaque année au Québec seulement —, particulièrement pendant la saison froide, il s’ensuit qu’en testant (grosso modo) ceux qui toussent et font de la fièvre, on ramasse forcément beaucoup d’autres choses que la COVID-19. D’où la forte proportion de tests négatifs.

Un autre facteur à considérer est l’état d’avancement de l’épidémie : on ne peut tout simplement pas détecter beaucoup de cas s’il n’y en a pas encore beaucoup dans une population donnée. À cet égard, mentionnons que Dre Fafard s’attend à voir la proportion de positifs augmenter au Québec au cours des prochains jours ou semaines, à mesure que la maladie se propagera.

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La COVID-19 suscite énormément de questions. Afin de répondre au plus grand nombre, des journalistes scientifiques ont décidé d’unir leurs forces. Les médias membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l’Est), Québec Science et le Centre Déclic s’associent pour répondre à vos questions. Vous en avez? Écrivez-nous. Ce projet est réalisé grâce à une contribution du Scientifique en chef du Québec, qui vous invite à le suivre sur Facebook, Twitter et Instagram.

COVID-19

COVID-19: des patients canadiens décrivent ce qu’ils ressentent

MONTRÉAL — Il y a une semaine jeudi, Mélanie Fournier s’est couchée dans son lit en se sentant choyée que malgré tout ce qui se passe dans le monde, sa santé était excellente.

Moins de 12 heures plus tard, la Montréalaise de 42 ans était aux prises avec une toux qui la laissait haletante et elle brûlait de fièvre.

Elle s’est alors rendu compte qu’elle avait besoin d’aide.

Mme Fournier, qui travaille dans le domaine de la santé et des services sociaux, fait partie des milliers de Canadiens ayant été déclarés positifs à la COVID-19.

Elle et plusieurs autres Canadiens ont partagé leurs histoires avec La Presse canadienne afin de démystifier la maladie et d’exhorter le public à respecter les mesures de distanciation sociale.

Dans les jours qui ont suivi le début de ses symptômes, Mme Fournier a ressenti de la panique quand elle tentait de communiquer avec n’importe qui sur les lignes directes de Montréal, qui la déconnectait constamment. Plus tard, elle a dû insister pour subir un test de dépistage, car elle n’avait pas voyagé récemment et qu’elle ne savait pas qui l’avait infectée.

Depuis qu’elle a été déclarée positive, lundi, Mme Fournier ressent des brûlures aux poumons, de la toux et de la fièvre. De plus, ses courbatures et ses douleurs sont pires que n’importe quelle grippe qu’elle a déjà eue.

Le pire s’est avéré la peur et l’isolement qu’elle ressentait après avoir été laissée seule à combattre une maladie grave à la maison, avec peu de conseils au-delà de prendre du Tylenol, de se reposer, de boire des liquides et d’appeler le 911 si elle ne pouvait pas respirer.

«C’est effrayant de vivre ça par soi-même», a-t-elle affirmé.

Kyla Lee, une avocate de 33 ans de Vancouver, est en désaccord avec ceux qui prétendent que la COVID-19 n’est rien d’autre qu’une mauvaise grippe.

Mme Lee, qui n’avait aucun problème de santé grave, dit qu’elle est tombée malade quelques jours après son retour d’une conférence en Ohio et elle a été diagnostiquée comme un cas présumé par un médecin après qu’elle eut commencé à ressentir de la fièvre, de la fatigue et une toux profonde.

L’avocate, qui prend rarement une pause dans sa journée et qui n’avait jamais pris plus d’une ou deux journées de congé en raison d’une maladie, a indiqué qu’environ une semaine plus tard, dans ses pires journées, elle cherche son souffle après n’avoir effectué que quelques appels.

«La grande différence, c’est la respiration, a-t-elle fait savoir dans un entretien téléphonique, la semaine dernière. C’est comme si mes poumons avaient des sacs de riz autour d’eux. Quand je prends une grande respiration, je ressens une pression.»

Mme Fournier et Mme Lee ont décidé de parler publiquement de leurs symptômes afin de montrer que même les jeunes personnes en bonne santé et sans problème de santé ne sont pas immunisées. Elles veulent aider ceux qui s’inquiètent pour eux-mêmes ou leurs proches.

Vos questions sur la COVID-19

Vers une seconde vague?

Q : «Une fois la pandémie passée au Québec, le virus n’aura pas disparu. Lorsque les activités normales reprendront, n’est-il pas logique de penser qu’elle reprendra de plus belle malgré qu’une faible proportion d’humains auront développés des anticorps ?», demande Pascal Renauld.

R : C’est une question qui a pris une tournure très concrète au cours de la dernière semaine. En effet, lit-on dans un rapport du College impérial de Londres, «pour la première fois depuis le début de l’éclosion, il n’y a eu aucun nouveau cas confirmé en Chine qui a été causé par une transmission locale [ndlr : l’arrivée de cas provenant de l’étranger est autre chose], et ce pour cinq jours consécutifs en date du 23 mars 2020».

Comme la Chine a levé au cours des dernières semaines une partie des sévères mesures de quarantaine qu’elle avait implantées au plus fort de l’épidémie, le document examine quels sont les effets d’une reprise au moins partielle des mouvements à l’intérieur de plusieurs villes chinoises ainsi qu’à Hong Kong. Sa conclusion est qu’il semble possible de reprendre un certain niveau d’activité économique (et donc de déplacements) sans relancer l’épidémie sur une croissance exponentielle dangereuse.

«Ces résultats n’écartent pas la possibilité de futures épidémies en Chine, ni n’indiquent le niveau maximal d’activité économique qui sera repris à moyen terme. Mais ils suggèrent qu’après une période d’isolement social très intense qui a permis de contenir la propagation, la Chine est parvenue à sortir de ses politiques strictes d’isolement social avec un certain degré de succès», conclut le texte.

Ce sont-là des résultats encourageants, mais il reste encore une inconnue de taille dans toute cette histoire, a commenté le chercheur en pathogénèse microbienne Brendan Wren, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine : «nous n’avons toujours aucune idée de la proportion de la population qui est immunologiquement naïve [ndlr : sans anticorps contre la COVID-19] et toujours vulnérable à une ré-éclosion potentielle du virus.»

Alors oui, une deuxième vague demeure possible. Selon le nombre de gens qui auront été infectés lors de la première, elle sera un peu ou beaucoup moins pire. Mais il faut dire ici que le but des mesures d’isolement en place n’est pas vraiment d’éviter une deuxième vague. C’est plutôt d’«aplanir la courbe», comme on dit sur les réseaux sociaux : étaler les cas dans le temps afin qu’il n’y ait pas, d’un seul coup, plus de malades que le réseau de la santé ne peut en prendre. Et de ce point de vue, il semble que l’isolement fonctionne bien.

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La COVID-19 suscite énormément de questions. Afin de répondre au plus grand nombre, des journalistes scientifiques ont décidé d’unir leurs forces. Les médias membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l’Est), Québec Science et le Centre Déclic s’associent pour répondre à vos questions. Vous en avez? Écrivez-nous. Ce projet est réalisé grâce à une contribution du Scientifique en chef du Québec, qui vous invite à le suivre sur Facebook, Twitter et Instagram.

Vos questions sur la Covid-19

Y a-t-il un risque de transmission de la COVID-19 lors d'une livraison ?

La question vous a peut-être traversé l'esprit quand vous avez récupéré une commande d'épicerie, un café lors d'une commande à l'auto ou encore une pizza livrée : le risque de contamination à la COVID-19 est-il important lorsque vous recevez une livraison de nourriture ?

Si les chances de transmission du virus par le livreur sont minces, les experts croient qu'un certain nombre de précautions peuvent aider à minimiser les risques et offrir une tranquillité d'esprit.

Lors de livraison à domicile, par exemple, il est fortement recommandé de garder une bonne distance entre le livreur et vous.

«Vous n'avez qu'à lui demander de laisser la commande à la porte, a dit un professeur en science alimentaire à l'Université de Guelph Keith Warriner. Vous avez plus de chances d'être infecté par une personne que par un paquet.»

Une recherche publiée dans un journal médical de la Nouvelle-Angleterre la semaine dernière suggérait que le virus peut vivre jusqu'à 24 heures sur du carton, et même jusqu'à 72 heures sur d'autres types de surface, dont le plastique.

S'il y a de faibles probabilités qu'une personne infectée ait éternué ou toussé tout en manipulant la commande de nourriture, les chances que le virus soit transmis par l'emballage sont minces, a insisté M. Warriner.

Il a ajouté que le lavage fréquent des mains, particulièrement avant ou après avoir manipulé la nourriture et le contenant, pouvait aussi réduire les risques. Manipuler la boîte de pizza ne devrait donc pas causer d'inquiétudes.

«Quand on parle de la survie du virus, ce n'est qu'un aspect. Il doit aussi être transmis, a rappelé M. Warriner. Le risque est relativement faible. Il ne faut pas s'en faire avec ça.»

En ce qui concerne la commande à l'auto, il y a aussi de minces chances qu'une personne infectée eut toussé ou éternué près de votre nourriture ou de votre breuvage, a noté M. Warriner.

Si vous êtes inquiets, vous pouvez prendre certaines mesures une fois rendus à la maison, a-t-il indiqué. La nourriture ou le breuvage peut être réchauffé et vous pouvez laver vos mains avant de les manipuler.

«Je crois que le risque est faible, a dit le directeur associé du centre pour les vaccins contre les maladies évitables de l'Université de Toronto, Jeff Kwong. Ils manipulent très peu la nourriture avant de vous la remettre. […] C'est probablement sécuritaire.»

La professeure adjointe à la faculté des sciences de l'agriculture et de l'environnement à l'Université McGill Jennifer Ronholm a mentionné que les résultats des recherches pour répondre à ces questions ne font que commencer à rentrer.

Mais comme les autres experts, elle ne croit pas qu'il y ait de risques importants.

«Il n'y a que très peu, ou pas, de preuves que les personnes sont infectées de cette manière, a-t-elle dit. Si c'était le cas, nous aurions probablement déjà découvert qu'il s'agissait d'un moyen de transmission majeur.

«En ce qui concerne la quantification du faible risque, il est présentement impossible de donner un chiffre exact.»

Vos question sur la COVID-19

COVID-19: le ralentissement économique a-t-il un effet sur les GES?

Q : «D’un point de vue positif, avec la réduction des activités due à la COVID-19, il y aura surement un impact favorable sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Commence-t-on à avoir de l’information à ce sujet? Et d’un point de vue négatif, le réchauffement climatique aurait-il un impact sur l’apparition de pandémies? Pensons au SRAS et au H1N1», demande Daniel Guilbault, de Saint-Augustin-de-Desmaures.

R : La pandémie paralyse la planète au complet et confine les gens chez eux. Du point de vue environnemental, il serait tentant de croire que l’important ralentissement économique aide à réduire le niveau de pollution. Dans les faits, oui… mais pour un moment seulement.

Des chercheurs de l’Université Bocconi, en Italie, ont rapporté une amélioration de la qualité de l’air en examinant les données du satellite Sentinel-5P de l’Agence spatiale européenne. Celui-ci a enregistré les concentrations en dioxyde d’azote (NO2), un gaz polluant émis notamment par les véhicules et les centrales au charbon. Entre décembre et mars, il y a eu une diminution de 10 à 30% des concentrations en NO2 au-dessus de la plupart des grandes villes en quarantaine de Chine et d’Italie, ainsi que des particules fines.

Claude Villeneuve, professeur et directeur de la Chaire en éco-conseil à l’Université du Québec à Chicoutimi, constate aussi ce ralentissement en étudiant les données compilées par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). «On remarque un plateau entre décembre et février correspondant à la diminution d’à peu près 25% des émissions de carbone en Chine. On est présentement à 414 ppm au niveau global alors qu’on devrait être à environ 415 ppm en se fiant aux tendances», explique-t-il.

Selon lui, dépendamment de la longueur de cette pause forcée, 2020 pourrait être une année où il n’y aura pas de hausse globale de nos émissions de gaz à effet de serre. Cependant, le chercheur souligne qu’il est très difficile de prévoir ce qui se passera au cours des prochains mois.

Lors de la récession économique mondiale de 2007, il y a également eu une diminution des émissions de gaz à effet de serre, rappelle M. Villeneuve. Mais ces périodes d’accalmie sont temporaires.

«La réaction semble unanime de la part des gouvernements : ils promettent de relancer la machine une fois la pandémie passée pour rattraper la croissance perdue». Cela reste à voir, mais la reprise frénétique des activités économiques devrait faire remonter les émissions polluantes au même point qu’avant la pandémie.

Effet des changements climatiques

Les changements climatiques ont un effet certain sur la façon dont les maladies infectieuses se propagent.

C’est surtout le cas pour les pathogènes transmis par des vecteurs (moustiques ou tiques), comme ceux qui causent la malaria, le Zika ou la maladie de Lyme.  L’aire de répartition de ces vecteurs s’agrandit avec le réchauffement climatique.

L’effet est différent pour les virus propagés par les humains comme ceux de la grippe et de la COVID-19. Il n’est pas possible d’établir de lien entre les changements climatiques et l’émergence de ce nouveau coronavirus.

Plusieurs études suggèrent toutefois que le risque d’épidémie augmente à mesure que des régions deviennent moins habitables, forçant la migration de certains animaux, comme les chauve-souris. La destruction des écosystèmes et en particulier la déforestation peut aussi accélérer la transmission de maladies, en augmentant les contacts avec la faune sauvage.

Enfin, dans une étude publiée en 2019 dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), des chercheurs japonais démontraient que l’exposition de souris à une température ambiante plus élevée (36 °C)  «altérait leur réponse immunitaire face à l’infection du virus de la grippe». Bien que l’étude ait été réalisée chez la souris, les scientifiques pointent vers de possibles problèmes de santé publique chez l’humain dans un monde de plus en plus chaud.

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La COVID-19 suscite énormément de questions. Afin de répondre au plus grand nombre, des journalistes scientifiques ont décidé d’unir leurs forces. Les médias membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l’Est), Québec Science et le Centre Déclic s’associent pour répondre à vos questions. Vous en avez? Écrivez-nous. Ce projet est réalisé grâce à une contribution du Scientifique en chef du Québec, qui vous invite à le suivre sur Facebook, Twitter et Instagram.

Vos questions sur la COVID-19

Par quoi remplacer le Purell?

Q «Pourriez-vous donner une recette pour fabriquer un gel hydroalcoolique à partir d’alcool et d’autres ingrédients disponibles à la pharmacie? On trouve toutes sortes d’informations plus ou moins fiables sur Internet et les ingrédients ne sont pas toujours disponibles. Par exemple : est-ce qu’on peut mélanger de la crème à main et de l’alcool 99 % dans un rapport 7:3? Est-ce que ça sera efficace?» demande Caroline Fortin, de Québec.

Voilà une question qui tombe bien puisque Magalie Lavoie, elle aussi de Québec, aimerait pour sa part savoir «si le parfum et l’eau de toilette ne pourraient pas être des bons produits de remplacement puisqu’ils sont composés d’alcool éthylique à 70 % [et que le Purell est lui-même un mélange d’alcool, de glycérine et de fragrance]».

R Il est vrai que le Purell est difficile à trouver sur les étagères des commerces par les temps qui courent. Mais la première chose à garder en tête à cet égard n’est pas une recette de désinfectant maison. C’est plutôt, dit le pharmacien d’hôpital et fondateur du site Questionpourunpharmacien.com Alexandre Chagnon, que «l’eau et le savon, eux, ne sont pas en rupture d’inventaire et sont au moins aussi efficaces que le gel hydroalcoolique [lorsqu’on savonne les mains pendant au moins 20 secondes]».

Cela dit, pour ceux qui tiennent à traîner leur petit contenant avec eux, l’Internet regorge de formules dont les auteurs assurent tous qu’elles fonctionnent à merveille —, mais ce n’est pas toujours vrai, comme le soupçonne avec raison Mme Fortin. 

La plus fiable, et sans doute une des plus simples puisqu’elle a été mise au point pour être fabriquée en grande quantité dans des pays qui ont peu de moyens, est sans doute celle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dit M. Chagnon. Elle consiste à mélanger :

  • 150 ml d’alcool à 90 %
  • 10 ml de peroxyde d’hydrogène
  • 5 ml de glycérine
  • huile essentielle

On peut trouver des instructions plus complètes (ainsi qu’une seconde recette) sur le site de l’OMS : bit.ly/2UGtdCz.

Il y a toutefois quelques petites choses à savoir à ce sujet, ajoute le chimiste de l’Université Laval Normand Voyer. 

«Dans cette recette-là, le peroxyde sert uniquement à dégrader les micro-organismes qu’il y a dans les récipients où on fait le mélange, parce qu’ils ne sont pas stériles. Et c’est important de laisser le temps au peroxyde de faire son travail, même si les instructions qu’on voit sur Internet ne le mentionnent pas souvent : il faut attendre de 24 à 72 heures avant d’utiliser le désinfectant maison.»

La glycérine, elle, n’a aucun pouvoir désinfectant. «C’est juste que ça rend le mélange plus visqueux et ça permet de se frotter les mains pendant 20 secondes, comme on est supposé faire», dit M. Voyer. La glycérine est habituellement disponible en pharmacie.

C’est l’alcool qui fait le travail de désinfection des mains, poursuit-il. Idéalement, on prend de l’éthanol (ou «alcool éthylique», soit le même qu’il y a dans les boissons alcoolisées) pur à 90 %, mais c’est un produit qui commence à se faire rare, lui aussi. «Et non, contrairement à la croyance populaire, la vodka et les autres “forts” ne sont pas des bons désinfectants, leur concentration en alcool n’est pas assez élevée pour cela. Il faut vraiment de l’alcool à 90-95 %», précise M. Voyer.

On peut toutefois remplacer l’éthanol par de l’alcool à friction (ou «alcool isopropylique»). «C’est moins efficace que l’éthanol, mais ça marche quand même et le reste de la recette reste pareil, dit le chimiste. L’essentiel, c’est qu’il faut s’assurer d’avoir une concentration d’alcool de 60 à 80 % une fois que c’est mélangé aux autres ingrédients. En bas de 60 %, l’effet antiseptique n’est pas suffisant parce que l’alcool est moins efficace que le savon pour dissoudre la membrane des virus. Et ça ne sert à rien d’aller en haut de 80 %, ça n’améliore pas l’effet antiseptique et comme on a de la misère à trouver de la matière première, c’est important de ne pas la gaspiller.»

Pour calculer la concentration finale d’alcool, il suffit de ramener le volume réel d’alcool sur le volume total. 

Dans l’exemple mentionné par M. Chagnon, la quantité réelle d’alcool est de 135 ml (soit 90 % de 150 ml). En supposant que l’on ajoute 10 ml d’huile essentielle, cela nous fait un volume total de 175 ml (soit : 150 ml d’alcool 90 % + 10 ml de peroxyde + 5 ml de glycérine + 10 ml d’huile essentielle). Le taux d’alcool du mélange est donc de 135 ml ÷ 175 ml x 100 = 77 %, ce qui est suffisant.

Cependant, dans l’exemple proposé par Mme Fortin de mélanger de la crème à main à de l’alcool 99 % dans un rapport de 7 pour 3, la part réelle d’alcool serait de 99 % x 0,3 = 29,7 %, donc pas assez.

Enfin, tout cela signifie que oui, en principe, la plupart des parfums ont une concentration suffisante en éthanol pour servir d’antiseptique. 

Mais il faut faire attention, car les recettes varient d’un parfum à l’autre, et dans tous les cas, les eaux de toilette n’ont pas assez d’alcool pour cela, dit M. Voyer. «Les parfums ont une concentration plus élevée, un bon 60-70 %. Mais je ne vois pas pourquoi on s’en servirait comme désinfectant, ce n’est tout simplement pas fait pour ça», tranche-t-il.

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Vos questions sur la COVID-19

Laver les masques «usagés»?

Q «J’ai entendu aux nouvelles que les hôpitaux manquaient de masques N95, mais j’ai vu une étude de Stanford disant qu’ils peuvent être lavés, est-ce que ce serait une solution à la pénurie?» demande Pierre Chartrand, de Montréal.

R Aux dernières nouvelles, il n’y a pas actuellement de pénurie de masques N95 au Québec, mais les autorités se préparent à cette éventualité, comme partout dans le monde.

Le masque N95 est utilisé pour protéger les professionnels de la santé en cas de contact avec des pathogènes présents dans les aérosols produits par des individus infectés par des virus ou des bactéries. Il est constitué de polypropylène. Il génère de l’électricité statique qui lui permet de retenir des très petites particules, jusqu’à 0,3 micromètre de diamètre. Un masque respirateur est appelé N95 quand il répond à la norme édictée par le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH) américain. Pour être approuvé, il doit pouvoir filtrer au moins 95 % des particules dans l’air exemptes d’huile (d’où le N) lors de mises à l’essai avec des particules de 0,3 micromètre de diamètre. Il doit être ajusté très fermement au visage et n’est pas efficace si la personne porte une barbe.

Le masque doit être remplacé au plus toutes les huit heures, ou quand on sort d’une zone à haut risque, ou quand il devient trop gênant pour la respiration. Selon le NIOSH, il n’y a pas de méthode permettant de déterminer si un masque est encore efficace ou pas, et de nombreux paramètres peuvent influencer la vitesse à laquelle il pourrait perdre de son efficacité : la contamination ambiante, la température et l’humidité, le fait que la personne qui le porte touche plus ou moins au masque avec des mains ou des gants plus ou moins contaminés, etc.

Dans le cadre de ses travaux de préparation à une pandémie, le NIOSH avait émis un avis détaillé sur les meilleures pratiques à adopter pour économiser des masques, qui sert aujourd’hui de référence à beaucoup de gens. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains proposent aussi une stratégie à adopter dans le contexte actuel.

L’étude dont vous parlez est en fait un bilan des connaissances réalisé en temps réel par des médecins chercheurs de l’Université Stanford, destiné à aider les anesthésistes dans leur prise de décision dans le contexte de la COVID-19. La version que j’ai consultée est celle du 25 mars, mais cela vaut la peine de vérifier les mises à jour. Leur premier conseil aux soignants : suivre les directives de leur hôpital.

Une méthode de lavage efficace pour les masques doit à la fois détruire le virus sur le masque, ne pas être toxique pour la personne qui va porter le masque nettoyé et ne pas endommager la capacité du masque à filtrer les particules.

Les chercheurs de Stanford rapportent dans un tableau les essais réalisés récemment par la compagnie 4C Air avec différentes techniques. Passer le masque 30 minutes à l’air chaud à 70 degrés, ou 10 minutes à la vapeur d’eau bouillante semble efficace pour éliminer le virus, et préserver la capacité du masque à filtrer l’air. La désinfection avec le chlore ou de l’alcool a par contre grandement réduit l’efficacité des masques, et les chercheurs disent aux anesthésistes de ne pas procéder de cette manière.

Ils rapportent aussi les résultats d’une étude publiée en 2009 sur cinq méthodes de décontamination des masques N95 — preuve que le sujet est dans l’air, si on peut dire, depuis déjà un certain temps. Les chercheurs avaient alors testé notamment la décontamination par des traitements aux micro-ondes, au chlore, au peroxyde d’hydrogène, aux UV et à l’oxyde d’éthylène, mais sans évaluer la charge virale résiduelle.

Tout ceci est cependant susceptible d’évoluer, car deux études ne constituent pas une preuve très solide.

Vendredi dernier, le Journal of the American Medical Association a lancé un appel à la communauté scientifique pour réaliser rapidement de nouvelles études à ce sujet et les publications scientifiques vont sans doute se multiplier rapidement, car l’enjeu est crucial.

En résumé, donc, oui, il y a probablement des méthodes efficaces pour réutiliser les masques, seulement, en date d’aujourd’hui, on n’a pas encore les données fiables qui permettraient d’identifier la meilleure technique, mais ça s’en vient. 

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Italie: non, ce n’est pas la faute aux immigrants chinois

Q: «J’ai entendu dire que la raison principale de la catastrophe italienne vient des usines de vêtements là-bas. La Lombardie, la région la plus touchée, a plusieurs de ces usines qui emploient des Chinois et ceux-ci auraient migré avec leurs familles vers l’Italie. Les autorités italiennes auraient réagi trop tard… Pouvez-vous vérifier cet info ?», demande Jean Parent, de Québec.

R : À la suite de ma chronique de mardi («Pourquoi est-ce pire en Italie ?»), plusieurs lecteurs ont soulevé la possibilité que ce seraient des immigrants chinois qui seraient responsables de l’épidémie de COVID-19 qui frappe si durement l’Italie depuis quelques semaines. Cette idée-là circule aussi très largement sur le web par les temps qui courent. Alors il vaut la peine d’y revenir.

Quand on y regarde rapidement, on peut être tenté de faire un lien entre les ressortissants de l’Empire du Milieu vivant dans le nord de l’Italie — la principale communauté chinoise du pays se trouve à Milan — et l’épidémie actuelle, puisque le coronavirus est d’abord apparu en Chine. Cela «plaît à l’esprit», comme on dit. Mais quand on y pense plus sérieusement, on se rend vite compte que la présence de citoyens chinois en Italie, même s’ils sont nombreux (environ 300 000), n’implique pas forcément que ce sont eux qui ont «ramené» la COVID-19 en Lombardie. Après tout, plusieurs autres pays du monde accueillent également de forts contingents chinois sans souffrir autant que l’Italie — que l’on songe notamment à l’Allemagne, où vivent 200 000 ressortissants chinois, ou au Canada, qui compte environ 650 000 immigrants provenant de Chine continentale.

En outre, rien dans les enquêtes des autorités sanitaires italiennes ne permet de croire que la communauté chinoise de Lombardie serait en cause. Ainsi, dans un article du 21 février au sujet des 15 premiers cas rapportés dans le nord de l’Italie, l’agence de presse Reuters indiquait qu’«aucune des personnes infectées n’aurait voyagé en Chine».

On ignore qui fut la première personne à l’origine de l’éclosion dans le nord de l’Italie, et il est fort possible que nous ne le sachions jamais. Le premier patient connu dans cette région est un homme de 38 ans admis à l’hôpital le 20 février, mais pas moins de 36 autres cas ont été trouvés dans les 24 heures suivantes, ce qui suggère fortement que cet homme n’a pas «importé» la maladie en Italie, mais l’a contractée parce qu’elle y circulait déjà, rapportaient des médecins italiens dans le Journal of the American Medical Association.

Cependant, les éléments d’information dont on dispose pour l’instant sur l’origine de l’éclosion ne pointent pas vers la Chine, mais plutôt vers l’Allemagne, d’après une étude disponible sur le site medRxiv. Comme celle-ci n’est pas encore passée à travers le processus de révision scientifique, il faut considérer ses résultats avec prudence, mais elle fut menée par des gens sérieux, notamment le spécialiste des maladies infectieuses de l’Université de Milan Massimo Galli. 

Les auteurs ont analysé le génome du coronavirus de trois patients parmi les premiers qui furent traités en Italie — apparition des symptômes à la mi-février — et les ont comparés avec d’autres génomes de la COVID-19 dans le monde. Le lien de parenté le plus proche qu’ils ont trouvé est avec une souche qui circulait en Allemagne.

Ces données génétiques ne donnent pas le sens de la transmission, lit-on dans l’article, mais Dr Galli a déclaré à Reuters que «la séquence [génétique] la plus proche du début de cette branche [généalogique du virus], qui a probablement précédé les autres, est venue d’une personne qui a été infectée à Munich probablement entre le 19 et le 22 janvier».

Fait intéressant, il s’agit-là d’un cas qui avait déjà été décrit dans la littérature scientifique, au début mars dans le New England Journal of Medicine. C’est un homme d’affaire allemand dans la trentaine qui a développé des symptômes (fièvre, toux, mal de gorge, etc.) à partir du 24 janvier après avoir participé à des réunions avec une partenaire d’affaires de Shanghai au cours des jours précédents. La femme en question ne montrait à ce moment aucun symptôme de la maladie, et ce cas-là avait soulevé la possibilité (inquiétante) d’une transmission lors de l’incubation. On ignore comment cette souche-là se serait ensuite frayé un chemin jusqu’en Italie, mais il semble qu’elle serait d’abord passée par l’Allemagne.

Évidemment, le fait que cette femme d’affaires venait de Shanghai établit un lien avec la Chine — lien qui est de toute manière inévitable puisque le virus est apparu là-bas il y a à peine plus de trois mois. Mais tout cela montre bien que, jusqu’à preuve du contraire, la communauté chinoise de Lombardie est pointée du doigt bien injustement dans cette histoire.

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Dois-je désinfecter... pitou et minou ?

Q : « Nos animaux de compagnie sont-ils des vecteurs de transmission? », demande Sylvie Guertin, de Saint-Lambert.

R : La question inquiète beaucoup de gens! Mais jusqu’à présent, les experts sont unanimes : les animaux domestiques comme les chiens et les chats ne sont pas des vecteurs de transmission de la COVID-19. Le plus récent avis à ce sujet a été publié en fin de semaine par l’Organisation mondiale de la santé animale. 

Le 5 mars, le Département de l’Agriculture, des pêcheries et de la conservation de Hong Kong avait signalé avoir trouvé des petites quantités de l’ARN du virus dans le nez et la gueule d’un chien qui vivait avec une personne atteinte de la COVID-19. Mais il ne faut pas interpréter ça comme un signe que les animaux peuvent tomber malades ou transmettre la maladie.

Le coronavirus est un virus à ARN, ce qui signifie que son matériel génétique est fait d’acide ribonucléique et pas d’ADN, comme le nôtre. L’ARN du virus est enfermé dans ce qu’on appelle une capside, une espèce de coquille de protéines qui forment des piquots à sa surface, que l’on voit sur l’image de boule grise à pointes rouges qui circule un peu partout. Le virus a besoin d’avoir son ARN et sa capside intacte pour être contagieux et pouvoir éventuellement infecter des cellules d’autres êtres vivants.

Avoir trouvé quelques petits bouts de l’ARN du virus dans la gueule et le nez du chien ne signifie pas que le virus y était en entier. Des petits bouts d’ARN tout seuls ne sont pas contagieux.

D’après les chercheurs qui ont fait ces analyses, il est probable que le virus ait effectivement été transmis au chien par la personne malade. Le chien était cependant très peu infecté et il n’était pas malade. 

Les chercheurs qui ont fait cette découverte, ainsi que les autres experts, ont insisté pour dire que ces analyses ne signifient aucunement que les mammifères comme les chiens et les chats peuvent contracter ou transmettre de la COVID-19. 

On n’a cependant pas encore de certitude totale à ce sujet, car la propagation du virus est trop récente pour que des études probantes aient été développées sur tous les impacts qu’il peut avoir dans nos vies. Il convient donc d’être prudent, même si tout indique que l’épidémie se propage par les humains. Aucun cas d’animal domestique malade de la COVID-19 n’a été rapporté sur la planète.

Si votre chat ou chien sort dehors, peut-il avoir des virus qui se déposent sur ses poils et vous rendre malade avec? Improbable. Le virus ne peut pas se multiplier en dehors du corps d’une personne. Or dans la rue ou sur nos murs, il n’y a pas de fortes quantités de virus, même là où des gens malades auraient pu tousser récemment. Dehors, la brise, la pluie et le temps qui passe diminuent très rapidement le nombre de virus intacts et donc aptes à contaminer éventuellement quelqu’un. Transporter le virus sous ses chaussures en marchant dehors et tomber malade avec est aussi hautement improbable.

Pour que Pitou ou Minou puisse vous contaminer en sortant dehors, il faudrait que tout ceci se produise :

  • qu’une personne malade tousse longuement tout près du sol du bas d’un mur, et pas dans son coude évidemment; 
  • que votre animal passe très peu de temps après pile à cet endroit, s’y frotte et que des grandes quantités de virus s’accrochent à ses poils;
  • ou bien que quelqu’un de malade tousse directement sur lui, ou le flatte longuement avec ses mains sales;
  • que vous le flattiez peu de temps après pile à l’endroit sur son pelage où aurait atterri le virus, à condition que celui-ci ne se soit pas décomposé entre temps et que l’animal ne se soit pas léché pour se laver;
  • que vous ne vous soyez pas lavé les mains avant de les porter à votre visage;
  • que le virus passe de votre visage à vos voies respiratoires;
  • que vous développiez une infection.

Bref, il y a très peu de chances que cela arrive, surtout si vous appliquez les consignes de base : rester loin des gens qui n’habitent pas avec vous, lavez-vous souvent les mains et ne sortez pas de chez vous si vous avez le virus.

L’Association canadienne des médecins vétérinaires rappelle par ailleurs que « les animaux de compagnie contribuent à notre bonheur et à notre bien-être, surtout en période de stress. Si vous vous sentez bien (pas de symptômes de COVID-19) et n’êtes pas en auto-isolation en raison de la COVID-19, le fait de faire des promenades avec votre chien et/ou de passer d’autres temps avec votre animal de compagnie peut contribuer à garder à la fois vous et votre animal de compagnie en bonne santé. » Profitez-en!

Les services vétérinaires d’urgence restent ouverts; plus de détails et de conseils sur la page de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec.

Pour suivre l’évolution de la situation et la mise à jour des recommandations : https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/coronavirus-2019/

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